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i/j/Y'- M^^^^/ù^^irnM^
ÎX4MEN CRITIQUE
DE LA
DIVERGENCE DES OPINIONS ACTUELLES
EN PATHOLOGIE CUTANÉE
Paris -- (raprimerie Moquet, rue des Fossés-Saint Jacques, It".
EXAMEN CRITIQUE
DE LA
DIVERGENCE DES OPINIONS ACTUELLES
EN PATHOLOGIE GOTÂNÉE
LEÇONS PROFESSÉES EN 18G4,
Piir le Docleur B.iaBIJH, Médecin dft l'Hôpital Sainl-Louis,
RÉDIGÉES ET l'DBLlÉES
l'ar le Docteur LANGRONNE, Ancien Interne des Hôpitaux
Revaes c( npprouTCCs» par le professeur
PARIS
ADR!l!:N DI:LAHAYE, LlBRAlRE-ÉDlTKUll
VLME DE L'ÉCOLli-DE-MÉDECINt:
1866
■/^^
PRÉFACE
Les leçons que je soumets, aujourd'hui, à l'appré-
cialion du public médical, ont été faites à riiô[>ital
Saint-Louis, en 1864 et imprimées dans la Revue médi-
cale de 1865. Les deux épidémies cholériques, qui
viennent de se succéder à une année d'intervalle^ en
interrompant mes travaux ordinaires^ m'ont empêché
de les colliger plus tôt sous forme de brochure. J^ai
pensé d'ailleurs que le moment de les livrer à la publi-
cité serait mieux choisi à une époque oii l'atfendon
ne serait plus détournée des études sérieuses par la
fatigue et les ennuis de toute sorte, que causent aux
praticiens les ^3xigences de la clientèle en temps d'épi-
démie.
Dans ces leçons, j'ai eu pour but de relever les cri-
tiques de mes principaux adversaires Aussi, me suis-je
le plus souvent borné à me défendre sans adaquor les
autres. Toutefois, dans les questions graves, eî surtout
dans celles qui intéressent les doctrines et les méthodes,
il m'est arrivé de sortir de mon rôle de défenseur pour
devenir agresseur à mon tour ; mais n'ayant d'autre in-
térêt (|ue celui de la vérité, j'ai dans mes attaques aussi
bien que dans ma défense, gardé la mesure qui convient
VI
à (ouïe discussion scientifique, ne mêlant jamais à mon
argumentation de blessantes personnalités ou des insi-
nuations malveillantes.
Comme on !e verra, j'ai été dans la nécessité de ré-
pondre à des criliques portant sur des points très diffé-
rents de mon ensuignement :
r Critiques sur les d(irlrines et la méthode;
2° Criliques sur l'arthritis et la dartre ;
3° Critiques sur les affections parasitaires.
Nos leçons sur les affections parasitaires ont fait le*
tour du monde et ont reçu partout l'accueil le plus
favo^rablei Elles ont été traduites dans toutes les lan-
gîUfis:en Allemand, en Anglais, en îtalien, etc.; j'aurais
pu par conséquent me dispenser de répondre aux
attaques du docteur Chausit qui, seul, proteste encore,
au nom de son maître M. Cazenave contre l'existence
des parasites végétaux et contre le rôle qu'ils jouent
dans la production désaffections cutanées.
Mais, écrit plutôt pour les gens du monJe que pour
les médecins, le mémoire de M. Chausit renferme tant
d'arguments de mauvais a!oi, tant de subtilités propres
à séduire les demi-savants que j^ai cru devoir, dans
l'intérêt de la vérité, réduire à sa juste valeur toute
cette piteuse argumentation.
De t'.'jiles les erreurs que l'en peut commettre, il n'en
est pas qui nuisent plus aux progrès de la science que
les erreurs de doctrines et de méthodes. Aussi, me
suis je appliqué non-seidement à répondre aux objec-
tions qu'on nous a faites sur la partie de notre ensei-
gnement qui a trait aux idées générales, mais encore à
mettre à nu les vices des doctrines et les imperfections
VII
des méthodes de nos adversaires. J'ai combalhi les
théories fausses par des arguments sans réplique : € était
le seul moyen de convertir à nos doctrines pathologiques
tous ceux qu'une éducation médicale profondément
viciée n'entraîue pas irrésistiblement dans le sentier de
l'ei'reur. - iv..>,- .u ,
Quant à nos opinions sur l'arthritis" et" la dartre
couisidérées comme maladies constitutionnelles et sur
les caractères distinctifsdes arthritideset des herpétides,
on sait qu'elles ont rencontré une vive opposition chez
cei tains auteurs, ce qui m'a déterminé à prendi-è dans
les écrits de mes adversaires chaque argument en parti-
ticuîier, afin dû. le contrôler et de montrer le peu de cas
qu'il fallait en hùvb.
Toutes les questions que soulève ce point si contro-
versé de pathologie spéciale peuvent se réduire à deux :
r L'arthritis et l'heipétis existent-elles comme ma-
ladies constitutionnelles?
2° Le's arthritides, les herpétides et les scrofulides
forment' elles trois familles distinctes, trois groupes
d'affections cutanées, ayant chacun des caractères ob-
jectifs suffisants pour les faire reconnaître au lit du
malade, malgré la communauté de genres qui les tra-
duisent sur la peau?
Le sentiment public, bien qu'il y ait encore confusion
dans les esprits entre maladie constitutionnelle et dia-
thèse, s'est prononcé sur la première question en faveur
des opinions que noi s avons émises; il n'en est peut-
être pas de même de la catégorisadon des dartres.
Beaucoup de médecins hésitent encore à voir des groupes
différents ti affections ci.lauétfs dans ces manifestations
vin
(jue nous désignons sous les noms de scrofulides béni-
gnes, arlliritides et herpétides.
Mais, je le dis avec l'accenl d'une conviclion pro-
fonde, cette hésitation de leur part ne tient qu'à
l'ignorance des caractères objectifs des affections cuta-
nées propies à en déceler l'origine ou la nature.
J'ai partagé les arthrilides en trois sections :
PREMIÈRE SECTION, arthritides primitives, pkin-
TAjiiÈREs, siiB-AiGUËs évy thème noueux, papula-
tuberculeux, marginé, circiné, etc.
DEUXIÈME SECTION, arthritidks vulgaiues, com-
munes, CiRCoiNscRiTEs acué YOsêe, lichen lividus,
eczéma sec, circonscrit, hidrosadénite exulcérative de la
pâme de la main, etc.
TROISIÈME SECTION, arthritides malignes, irré-
gulières, GÉNÉRALISÉES, PSEUDO-DARTRES Eczéma
dispersé par larges placards, avec ou sans poussées hui-
leuses, eczéma nummulaire simulant le psoriasis her-
pétique, etc.
Cl-, de ces trois seclions il n'y a que la dernière qui
puiss(^ faire naître qiieUfucs difiicuUés pour le diagnos-
tic. Par leur dispersion sur un grand nombre de ré-
gions, par la sécrétion séro-puruienfe à laquelle par-
fois elles donnant lieu, les urlhiilidc.s irréj^ulières peu-
vent en imposer pour di^ vraie.^ herj)élides ; mais b;
mode de développemen!^ la marche et la «lislributifui
des placards éiuplifs suithoiit toujours à un médecin
judicieux etexpériiuenté pour l'empêcher de commettre
une semblable erreur.
C'est du reste à l'exposé des caractères communs et
différentiels de chacune des sections d'affeciions cuta-
nées qui traduisent sur le tégument externe les évolu-
tions successives de l'arthritis et de l'herpétis que j'ai
consacré les leçons de 1865. Recueillies par M. Besnier,
ces leçons paraîtront prochainement et formeront la
seconde partie de l'ouvrage dont nous livrons aujour-
d'hui la première au jugement de nos confrères. Elle^
compléteront mon programme de 1864 en faisant
connaître les modifications que j'ai cru devoir apporter
dans le classement comparatif des arthritides et des
herpétides.
Je ne puis terminer sans remercier M. le Dr Lan-
gronne du soin qu'il a mis dans la rédaction de ces
leçons et de la fidélité avec laquelle il les a recueillies.
Octobre 1866.
E'. Bazin.
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EXAMEN CRITIQUE
DE LA
DIVERGENCE DES OPINIONS ÊCTUELLES
EN PATHOLOGIE CUTANEE.
PREMIÈRE LEÇON.
Messieurs,
De 18S4 à 1862, j'ai enseigné dogmatiquement la patho-
logie cutanée, et, l'année dernière, je suis revenu sur les
syphilides. Cette année, je me proposais de vous entretenir
des arthritides et des herpétides, ainsi que des petites modi-
fications que le temps et l'expérience m'ont engagé à intro-
duire dans ces deux classes d'affections.
Mais, depuis quelque temps, les attaques contre mes prin-
cipes de médecine générale et contre mes doctrines en patho-
logie cutanée s'étant multipliées et même étendues à des
sujets que je croyais ne devoir plus être l'objet d'aucune
contestation^, j'ai résolu de consacrer les leçons de cette
année à la réfutation des écrits qui ont été publiés contre
moi. Je veux, une fois pour toutes, répondre à mes contra-
dicteurs, en prenant dans chaque auteur ses principaux argu-
ments contre mes doctrines, c'est-à-dire les phrases qui,
pour moi, sont les plus choquantes, afin de les discuter et de
les réfuter avec vous. D'ailleurs, comme le groupe des affec-
tions arthritiques n'a pas manqué de détracteurs, en répon-
dant aux objections que l'on m'a faites à ce sujet je vous par-
lerai des modifications que j'ai été amené à admettre dans la
famille des arthritides.
Dans la guerre qui nous a été faite, on n'a pas toujours été
6 PREMlÈhK LEÇON.
fort scrupuleux sur le choix des moyens. Nos adversaires
n'ont pas toujours gardé la mesure qui convient à toute dis-
cussion scientifique sérieuse et ne nous ont épargné ni les
injures, ni les dénigrements, ni les insinuations perfides ou
mensongères qui sont les armes des mauvaises causes : je n'u-
serai pas de représailles à leur égard, persuadé que la modé-
ration, la bonne foi constituent les meilleurs moyens de faire
triompher la vérité.
Gomme les idées générales dominent les faits particuliers,
et qu'on doit avoir des notions d'ensemble avant d'aborder
l'étude des détails, je suivrai le même ordre que dans mes
précédentes leçons, c'est-à-dire que je commencerai par la
réfutation des attaques dirigées contre mes principes de
médecine générale : viendront ensuite les critiques sur les
doctrines en pathologie cutanée. C'est à M. Devergie, le plus
sérieux et le plus constant de mes contradicteurs, le seul
qui m'ait directement attaqué sur mes principes de médecine
générale, que je vais répondre aujourd'hui.
On lit dans le Traité pratique des maladies delà peau^
de M. Devergie, 3^ édition, p. 686 :
« Dès la première édition de cet ouvrage, nous avons cherché
à rapprocher intimement les maladies cutanées des maladies des
autres tissus. Nous nous sommes attaché à les assimiler. »...
Suit un résumé de la doctrine de M. Devergie, qu'il for-
mule ainsi :
« Les maladies de peau, communément désignées sous le nom
de dartres, ne sont autres que des états morbides tout à fait iden-
tiques avec ceux des autres tissus. »
Plus loin :
« Depuis quelques années, les choses ont bien changé de physio-
nomie. Un grand réformateur de mots, et par suite de choses, a
fait de toute la pathologie un ensemble nouveau, en donnant à la
maladie, à V affection, au symptôme une signification que personne
ne leur donne, et il faut bien ajouter, que tout le monde repousse.
Puis il a rattaché toutes les maladies à cinq causes différentes :
V hermétisme, Varthritisme, la scrofule^ la syphilis, le parasi-
RÉPONSE A M. DEVERGIE. 7
tisme. De sorte qu'aujourd'hui, il n'est pas nécessaire de poser
un diagnostic pour traiter une affection cutanée ou autre, il suffit
d'en rechercher la cause, car la cause étant connue, la thérapeu-
tique en découle naturellement ; qu'importe qu'un malade ait
un eczéma, un herpès, un lichen, un rupia ou un pemphigusl la
question n'est pas là : le tout est de savoir si la cause en est ^er-
pétique, arthritique, parasitaire j etc., et dès lors à chaque classe
se rattachant un agent thérapeutique, le médecin applique cet
agent.
« 11 n'est même pas nécessaire d'étudier les maladies de peau.
11 suffit que l'on constate une maladie ou une affection à la peau;
alors on rattache l'affection à l'une des cinq causes, et le tour est
fait. Ce n'est pas que M. Bazin en agisse ainsi. Loin de nous cette
pensée ; il pose parfaitement et fortement un diagnostic. Mais ce
que je viens de dire est une conséquence forcée de ses doctrines.
« Notre collègue, M. Hardy, a adopté les mêmes idées; il les
professe à l'exclusion de l'arthri tisme, dont il n'admet pas l'exis-
tence. Seulement la dartre de M. Hardy n'est pas la dartre de
M. Bazin, comme Varthritis de M. Bazin n'est pas l'arthritis aux
yeux de Al. Hardy. Voilà les doctrines du jour, doctrines très
heureusement homogènes ! elles servent d'enseignement à la gé-
nération actuelle.
« Ainsi, tandis qu'Alibert s'est efforcé de chercher à établir
des groupes de maladies plus ou moins homogènes, d'en spécifier
les caractères, et de donner une forme scientifique et pratique à
tout ce que l'on désignait avant lui sous le nom banal de dartres;
tandis que Biett, en introduisant en France la méthode de Willan,
a cherché à faire reposer sur l'anatoraie pathologique les carac-
tères de chacune des maladies de la peau; alors qu'il s'est appli-
qué à rechercher si ces formes morbides ne nécessitaient pas cha-
cune une médication spéciale, et il faut bien le dire, contrairement
aux assertions de MM. Bazin et Hardy, qui ont fait fi de Biett et
l'ont traité de Willaniste, Biett était le plus fort thérapeutiste de
son époque; c'est à lui que l'on doit les grandes médications de
notre temps : l'arsenic, la teinture de cantharides, l'aconit, etc.,
et MM. Bazin et Hardy n'y ont rien ajouté ; c'est, dis-je, lorsque
ces résultats acquis ont été étendus depuis ces grands maîtres par
leurs successeurs, que MM. Bazin et Hardy viennent ramener la
science avant son point de départ, et la conduisent pe à peu à
8 PREMIÈRE LEÇON.' ' "
l'état d'enfance, d'ignorance' ïnëmë/^ôU>èMUë.îV-^\6i^^èêfm\
ce siècle. -'- ' ' '^m'^h^<nm'b stjpilfoqBiorfj
« Le tout, pour avoir fait revivre des mots ouWiiés^iqBéijjetCfeni
une perturbaticnnidraio dans. l^egprit; des malades,; qi]i,>à^i'pigj,^f
dn mot dartre, primilivoiïiiant C'«li.pîoyOoip::>J:ACiWaiOTi"'(i?a,<'#ji¥?if
sorte do, réprobation sur l!'j;nflivid>iflmaJ|î4P].r;^i^s^i^5%j j^i^ \\
bioiilôî, aperçu de ce résultat i'aial, et;„ s'est-il empre^^^-(^e rpra-
plucer la darlro par r/ier/;éif(/e,,.son synony,me ,çpmm,g '^^^
dartre et herpès siffoifiaient la 'même chose, yi -, \ \ . \
Suit une critique des diafcljièses sur laquelfeiinbusîi^îviirfe
drons plus taM. Puis l'auteur termine son attaque. s^ioteépiJir
trines, en ajoutantiiu/ -^wa -"'mIm -.^-i: >;i;i.i) ti;i':»j_ j*^* i^ijjod-lcî
« M. Baumes (dd^E*^ôt]yMWMM^^BÊ?^lfi^-'éïyH«pâ|,9^^^
ché à élablir des généralisations du même genrô^.'i/îq.affJJ.'f) 'éoblid
» Pour lui, lout.es les maladies dérivent de la fluxibnjàÉ®^ ,41
admet 7 espèce^ : 1° fluxion de cause externe; 2° iluxionj ir^llgcii]^
ou sympathique de la fluxion d'un autre organe p ri i>jiîti,Yei;qi^pt
malade; 3° fluxion déplacée; k° fluxion excentrique, tenant, à; un
trouble introduit loui à coup ou plus ou moins lentement .dans le
système nerveux, dans l'ensemble de l'organisation; 5° fluxion par
j. „ , r^ » ■ ■^■ , • r, n • . • !.. j; iiji ima
diatnese; 6° fluxion iGiopathique; 7° fluxion complexe. » ,, ,,
• • ■ rrie'/orT .M
Ces phrases vont nous fournir le sujet de cette première
leçon. Mais avant toute discussion, je crois deyqir,,déclç^rjep
ici;, publiquement, que dans cette polémique sqr, des dlv^^çri
gences d'opinions, je mets complètement de côté fa personne
de M. Devergie, dont je respecte infiniment le caractère , et
pour lequel i'ai toujours eu et ne cesserai ianiais d'avoir lu
plus profonde estime. V.^o^rftRihonu'b Jcionè^ ifijy
Entrons donc immédiatement en matière et C3;npa^|:|ns ^^
peu ma pathologie générale à celle de M. Devergie, ^ , ,;.
M. Devergie est le dermatologiste qui s'est le plus préoc-
cupé de mes principes ea pathologie générale. Je dirai plus :
lui seul en a compris la véritable importanc>^. et a osé lèâ'ktta-
quer directement. ' ' "i" -u;
Dans la première et la seconde édition de son ouvrage,
M. Devergie regarde la pathologie générale comme un préli-
minaire indispensable à l'étude de la pathologie spéciale et
REPONSE A M. DEVERGIIJ. \)
prfyfesse.qid'un médecin sans doctrines ne peut avoir qu'une
thérapeutique d'empirispie et de tâtonnement. Aussi, les
li70 premières pages de son traité sont-elles uniquement
ôoïisacrées à la pathologie générale et à l'exposé de ses doc-
Iffft^S^'^éïi! "^dermatologie. 'Mais, dans la troisième édition il
ti'âccôrdc plus àla pathologie générale la même importance
èï îa rejette à la fin de son livre- C'est à mon avis un grand
fort; 'c'est, permettez-moi l'expression, mettre la charrue
devant les bœufs. Il semble que dans l'intervalle qui a séparé
ces deux dernières éditions, quelque événement soit venu
ébranler profondément les opinions du médecin de l'hôpital
St-Louis et jeter, dans ses idées, une véritable perturbation.
jQIe&t,i -en effet, pendant cet espace de temps qu'ont été pu-
bliées d'une part, nos leçons sur les affections génériques de
la peau, et d'autre part, la thèse inaugurale de M. Baudot, oii
îeè d'ôêtrines de notre collègue se trouvent discutées et appré-
Idlêës à leur juste valeur.
"^Prenons acte, pour commencer, du fait singulier que je
Sl|rikf'e, 'quelle que soit d'ailleurs l'explication qu'on veuille
len lui donner. - .
M. Devergie tenant dire : « Voilà ce' que '] avais fait; mais
(1 aujourd'hui leschoses sont bien changées » il importe
àè 'rechercher avec vous ce qu'il avait fait. Or, ce qu'il avait
faïi se résume en cette phrase : Les maladies de la peau ne
diffèrent pas des maladies des autres organes ; ce qui veut
dire, par les développements qu'il donne ensuite, que lesdar-
^tre!3',''pRi^'ex'emple, ne dépendent qu'exceptionnellement d'un
état général, d'une diathèse, et que c'est dansle tempérament
du sujet, sa constitution, l'hérédité, les milieux ambiants,
les circonstance^ ■ physiques qu'il'' faut' éri rechercher les
: -oli] 'iriili -d, .'ifmôn'''2 '■!i2M(,ir[.ti;',i w
Cette doctrine repose sur un théorème composé des quatre
propositions suivantes :
,'vjt l?La généralité des maladies de la peau, a, pour forme mor-
ijiida çrdipaii^e, l'élément inflammatoire. » .,^ ..r......
t9 «^j^^iLes maladies de la peau peuvent être déterminées par toutes
10 PREMIÈRE LEÇON.
les causes qui produisent les maladies des autres tissus ou organes;
causes physiques, causes morales; hérédité, climat sous lequel vit
l'individu, tempérament, constitution du sujet, âge, organisation
spéciale de la peau
« 3» Les maladies de la peau suivent dans leur évolution la
même marche et présentent les mêmes terminaisons que les ma-
ladies des autres organes. »
« i" Si les form.es morbides sont beaucoup plus variées dans
les maladies cutanées, c'est que le tissu de la peau est le plus
complexe de tous les tissus de l'économie, »
Ces quatre propositions ne supportent pas l'examen. Démon-
trer qu'elles sont fausses, c'est ruiner, du même coup, la
doctrine à laquelle elles servent de base. Or, rien n'est assu-
rément plus facile, et il suffit d'un seul coup d'œil pour aper-
cevoir aussitôt le peu de solidité des arguments de M. De-
vergie.
Première proposition. La généralité des maladies de la
peau «, pour forme morbide ordinaire^ l'élément inflamma-
toire.Et d'abord M. Devergiene semble pas se rendre un com-
pta bien exact de ce qu'il faut entendre par inflammation.
S'il est vrai que dans l'érysipèle, par exemple, il y ait un élé-
ment inflammatoire incontestable, je crois que, pour être
dans le vrai, il faut renverser sa proposition, car dans lagéné-
ralité des cas^cet élément n'existe pas. Mon éminent confrère
prend, pour de l'inflammation, la simple congestion et con-
fond ainsi deux états morbides très-différents; delà son erreur
et les déductions fausses qu'il en a tirées.
Il lui suffit que dans une affection cutanée, il y ait de la rou-
geur et du gonflement, qu'il y ait du prurit pour déclarer un
état inflammatoire des parties. C'est ainsi qu'il voit de l'in-
flammation dans le psoriasis oii, dit- il, la peau est rouge et
tuméfiée, dans le pityriasis oii il y a du prurit et quelquefois
de la rougeur, dans le porrigo decalvans, dans l'albinisme ac-
cidentel et partiel, dans le pityriasis versicolor ! Ne sait-il
pas que l'inflammation est essenticflement caractérisée par
la stase du sangdansles capillaires et l'extravasation d'unpro-
RÉPONSE A M. DEVERGIE. Il
duit nouveau, la lymphe plastique; que rinflammation pré-
sente quatre phénomènes locaux (douleur, rougeur, tumé-
faction, chaleur) qu'on devrait retrouver constamment dans
un organe aussi accessible à nos sens que la peau ! Oi^i a-t-il
jamais vu ces caractères réunis dans les affections qu'il nous
cite? Certes je pourrais, à bon droit, renvoyer à M. Dever-
gie le reproche qu'il me fait de tout confondre. Plus loin il
ajoute :
• Certes, si vousprenez ces formes morbides, quand elles datent
de plusieurs mois, de plusieurs années, vous n'observerez phis les
phénomènes de l'inflammation ; mais il nous suffit de constater
qu'il est une période d'invasion de la maladie, où cette période
inflammatoire a existé, pour que nous n'isolions pas ces maladies
des autres. »
"Quoi! parcequ' une affection de peau aura présenté pendant
une très minime partie de sa durée un élément inflamma-
toire, (et nous venons devoir ce que M. Devergie entend par
là), on devra se déclarer satisfait et rapprocher cette affection
des inflammations des autres organes, sans tenir aucun com-
pte des autres caractères plus importants qui lui donnent un
cachet spécial.
D'ailleurs, nous ferons remarquer quel'élément inflamma-
toire n'est pas unemaladie, comme le croit M. Devergie; c'est
•Vin mode pathogénique, et qui n'est pas plus ordinaire dans
les affections de la peau que la simple congestion ou la fluxion,
que les vices de sécrétion qui sont aussi des modes pathogé-
niques.
Cette proposition est inadmissible.
Deuxième proposition. Les maladies de lapeati joeiivent être
déterminées par toutes les^ causes qui produisent les maladies
des autres tissus ou organes: causes physiques ^causes morales^
hérédité^ etc.
Evidemment, il y a là confusion entre la cause efficiente
et les causes prédisposantes et occasionnelles. De toutes les
causes énumérées par M. Devergie il n'en est pas une seule
qui soit capable de produire ou d'expliquer la maladie. Gom-
i'2 ■ PREMIÈRE LEÇON.
méÂfr^ admettre, par exemple, qu'une émotion morale ,pijii^f§
engendrer un psoriasis ou toute autre affection; du; jiijlmjg
tKrôïe?'Â' Gêiêémptev rien - n Régalerait; à Qoup sûrila, f^éqi^^i^fl^
dupsbriasis', car il est peu de causés qu'on retrouve plus, soiir
Yent en pathologie que les causes morales. Qui-ne;yait,i!en_fe,
'l|Û^!la<ïâyise' morale n'agit, dans ce cas^ qu'à la /iina.piè?ft^'5y,|i
^tiMiiilànt moAidepour éveiller la cause intei'P'e/0U]l9,|)râdi&-
"posten latente^' ' ^■■•'' '' ■ :-^>i^.:'>-^'>umdnïtp'i qo
Troisième PROPOsrriow . Les màlacdes dk'tà'pîedu ^èïâêè'Hfdé^s
leur évohdion la même marche et présentent les' mêntéstèf-
niinaisons que les maladies itek autres orgtcéés'. '"-'^'■^ J&lio/
rMais les dartres sont lentes dans leiir marcli'ë;'eîlës^î'éë^
cliyent opiniâtrement.... Savez-\'ous comment M. Dëvérg'ie
explique ces conditions' exceptionnelles f par le cbhïàfefâe l'air
sur la peau ! par sa mobilité sur les parties sous-jacentés.-^pâr
le frottement continuel des Yêtements, mais' alors' pôlifquoi
tant de différences entre les affections de caLisë externe èi
celles de cause interne ? Pourquoi les unes guérisSérit-'élfés
par le simple repos et dans un temps fort court, tandis ;que
les autres se perpétuent presque indéfiniment^ 'malgré-les
traitements les mieux dirigés? Et cependant la situation de
la peau restjfelarmérrieid^nstous les cas; i les rnèmes influenpes
extérieures viennent agir incessamment sur eUe^Jij^jî a.i^onc
autre chose que n'a pas vu M. Devergie. ; ,■, k-,] .-Jr;!
"^1 QIjItrième proposition. Si les formes morbides sont biBau-
''^hoûjf''^plU's~\M'H'èmd6ms les inaladies cutanées^ œ'est'^U&.ie
^ti^sû'''dê' la peaM'^eW l& plus complexe dé' 'toumies'fàsmide
ïéconbrnie. ' ' ' •''''•'î '' ' ':=!"nTv— ::;;, jùm/,.^,!. a<;
Cette proposition repose tout entière sup'Hî^ei'îerreur
'ariatdmiqtié 'dés plus évidentëè'/^js auonan^r ^imh suïï
' 'i'Gertès, là peaii offre une organisation très-complexe; 'mais
"l'estomac, le foie, les reins, ne lui cèdent nullement sous ce
rapport. On trouve dans ces organes des éléments extrême-
meiit divers : ùii parenchyme, de l'épithélium, des glandes,
des artères, des veines, des vaisseaux lymphatiques, des
nerfs, du tissu conjonctif, et si l'on pouvait tenir compte de
RÉPONSE A M. DEVERGIE. 13
chaque circonstance an atomique (forme de vascularisation,
hypertrophie, produits sécrétés, etc.), on aurait tout autant
de variétés dans les maladies de l'estomac, du foie, des reins
que dans les affections de la peau oii toutes ces circonstances
a-Hàtomiques sont des caractères objectifs accessibles à nos
ttioyens d'investigation. C'est en effet ce qui est arrivé pour
l'œil dont l'exploration est devenue si facile depuis l'emploi
de l'ophthalmoscope, et il suffît d'ouvrir les traités d'ophthal-
mologie pour se convaincre de l'infinie variété qui existe dans
les maladies des yeux.
Voilà donc ce que M. Devergie avait fait et ce qu'il résume
en cette phrase : « Les maladies de la peau, désignées com-
pte ^lunément sous le nom de dartres, ne sont autres que des
« états morbides tout-à-fait identiques avec ceux des autres
« tissus. ))
Mais ces propositions de M. Devergie, dont nous venons
d'établir le peu de fondement, avaient pour but de dé-
montrer :
1» Que la pathologie cntanée doit rentrer dans la patho-
logie commune ;
2° Que les maladies de la peau ne doivent pas former une
catégorie à part, isolée du reste de la pathologie.
Or, si les prémisses sont fausses, interprétées d'une cer-
taine façon, les conséquences sont vraies.
Je suis d'accord avec M. Devergie, quand il dit que la pa-
thologie cutanée doit rentrer dans la pathologie générale. Je
suis d'accord avec lui lorsqu'il dit que les maladies de la peau
ne doivent pas former une catégorie à part, isolée du reste de
la pathologie.
Tous deux, nous nous sommes proposé de rattacher à la
pathologie commune les dermatoses qui en avaient été sépa-
rées par les doctrines Willaniques et Alibertistes et de les
replacer sur le cadre nosographiquc.
Mais, cette bonne pensée est comprise d'une manière bien
différente par M. Devergie et par moi. Suivant, mon hono-
rable adversaire, les maladies de la peau sont identiques aux
!J4 PREMIÈRE LEÇON.
autres, parce qu'elles sont, comme ces dernières, des
phlegmasies : elles doivent leur être assimilées parce qu'elles
ont les mêmes causes, la même marche, les mêmes terminai-
sons. On tire de là cette conséquence qu'il n'y a qu'une seule
maladie, quant à la nature, la phlegmasie et des variétés sui-
vant le siège :phlegmasies de la peau, du foie, de l'estomac, etc. ,
variétés encore selon que tel ou tel élément constitutif de la
peau est atteint ; comme déduction logique qu'un seul traite-
ment, le traitement antiphlogistique, doit être mis en usage
pour toutes les maladies. Mais M. Devergie n'est pas sysié-
matique, et, sans donner autrement ses raisons, il ne veut
des antiphlogistiques que pour le début des dartres, comme
si elles n'étaient pas, selon lui, des phlegmasies à la fin
aussi bien qu'au début. Vous voyez, Messieurs, que, quoi
qu'il en dise, M. Devergie est en principe plus Broussaisien
que Broussais lui-même.
Oui, dirons-nous, les maladies de la peau doivent être
rattachées à la pathologie commune parce qu'elles ne sont
que des affections qui, comme celles des systèmes muscu"
laire, nerveux, digestif, etc., procèdent souvent d'un même
état* morbide qui est la maladie ou la source commune de ces
affections simultanées ou successives de la peau, des muscles,
des nerfs, du foie, de l'estomac, du cerveau. Je n'assimile
point les maladies de la peau à celles des autres systèmes :
les identifier serait absurde; mais je les fais dépendre les
unes et les autres d'un même principe : Tétat morbide de l'inn
dividu ou la maladie.
M. Devergie ne fait que rapprocher les maladies de la peau
des autres maladies; il leur laisse leur indépendance, leur
autonomie, tandis que moi je les associe les unes aux autres,
sous le nom d'affections, pour constituer la maladie consti-
tutionnelle, assignant à chaque groupe la place ([u'il doit
occuper dans l'évolution de cette maladie.
[Jn exemple vous fera mieux saisir ma pensée : un scro-
fulcux a été successivement atteint de kératite, de lupus, de
tubercules pulmonaires : voilà trois affections successives
RÉPONSE A M. DEVERGIE. IS
qui, pour M. Devergie seront trois maladies différentes, tan-
dis que pour moi elles ne feront que marquer trois termes
d'une seule et même nnité pathologique, la scrofule.
Vous savez maintenant ce que M. Devergie avait fait : un
simple rapprochement, déduit d'une fausse doctrine, des
maladies de la peau et de celles des autres organes.
Revenons à ses attaques.
Je vais analyser avec vous le long extrait de son ouvrage
que je vous ai lu au commencement de cette leçon.
Et d'abord vous avez pu remarquer que l'on ne ménageait
pas les expressions.
« Il n'est pas même nécessaire d'étudier les maladies de la
«peau. Il suffit que l'on constate une maladie ou une affection
« à la peau, alors on rattache l'affection à l'une des cinq causes,
et le tour est fait ! ! ! ■
On m'accuse presque de prestidigitation et d'escamotage ;
il est vrai que l'on ajoute un léger correctif, en daignant
accorder quelque valeur à mes diagnostics. C'est vraiment
fort heureux !
Que me reproche donc tant M. Devergie ?
D'être « un grand réformateur de mots )) mais oii sont
donc les mots que j'ai réformés ? je l'avoue, j'ai donné au
mot teigne par lequel Alibert désignait les maladies les plus
diverses du cuir chevelu, une signification plus précise, plus
en harmonie avec les progrès de la science, en appliquant
exclusivement cette dénomination aux affections parasitaires
des poils. Méritaije pour cela l'expression dédaigneuse de
noire honorable confrère ? le public médical a répondu suffi-
samment en acceptant ma définition.
Si j'ai réhabilité le mot hydroa en lui donnant un sens
précis, qu'il était loin d'avoir dans les œuvres de Joseph Frank,
je pense qu'on ne saurait non plus m'en blâmer. Il y avait,
dans la science un3 confusion' regrettable sur lliorph iris.
La description que MM. Gibcrt et Gazenave donnent de cette
affection montre qu'ils entendent par là une variété d'herpès
circîné, caractérisée par l'existence d'iui cercle herpétique,
ié VKEMIÈRE LEÇON.
autour duquel s'en développe un second et quelquéfôîd'itn
troisième. Ces divers groupes concentriques peuvent offrir
dés'lfiiiances variées, dues à l'évolution succe'ssi'xpe'de ciSâ'di"^ .
Yers cercles. Cette affection est purement pâi'àfeïlair^.' Elle
ne doit pas, par conséquent être confondue avec l'herp6's"iris
de Batemaii, quipour moi est une affeetîôtti'àkktiti^W^
présente des caractères bien distincts. Dans mèè'Iéçcnîé su^r
les affections génériques de la peau, j'ai insisté sur les diffé-
rences capitales de ces deux affections. Permettez-moi^ de.
vous les rappeler succinctement. ' ^^ J^^^^/ ^^^^ ■cîî^iip
L'herpès iris de Bateman est un herpès a grosses ^Yésictil'ëfe""
ces dernières sont presque imperceptibles dans l'herpès îii'î's
parasitaire. Dans l'un, il va souvent des prodromes; îa'l'fikr-
cMteiesli' rapide; l'affection' "ôcétfpetotijoùrs lèspieiaèyîêfe iMim)
les^-^ehoux, la niuqueusé buccale, et présente dés pi a(:îlies"^ta'^
tiombreuses que dans l'herpès iris parasitaire, mais hedépa^r
sant pas la largeur d'une pièce de un fràrtc,'si lîë'tire'^tMfâWs
quelques cas' exceptionnels, comme surlèniaMdëdù''ri^^'è^du
^PaVlHon' Saiht-M'athieu. Enfin si Ton obsèi-Ve T'évëlllttopëri
voit que la plaque est continue, qu'elle est d'abbkl fornl'éiï^'dr
uae vésicule, qui se déprime et présente ùhe crblàt'é'fe'ënt'ràlfefy
§'^ntoure d'un premier cercle blanchâtre, formé par, fd^iL'ç.^i-
derme macéré, puis d'un deuxième, qui n'est qu'une aréole
inflammatoire. En dehors, a lieu une seconde poussée d&ivési»
cules |)resséesles unes contrôles autres, de raanièreMorlmëi'f'tiw
bourrelet circonférentiel, s'entourant également d'une aréole
inflammatoire. L'affection guérit par les alcalins quand i^jlq
pst successive et chronique, et par la seule expectatiofl ,gu^i)d
eJlleps^,a,ig,^ë et p^eudo-ex-^i'ïi thématique. Da)[isl|^u$î'|e,^]aU;.f^f^f
l,rc^ire, on ne voit rien de tout cela. La durée est longue; r,af-
iççtion pei^t,, siéger sur, tous les points, du.fîOiiips, , iEllejÇM
Ifjçpmpagnée de légère^ ;, démangeaisons .Çjl; ijoq, jd^pjfiQ^fSrr
nc^esnt^. Elle est presque tonJQurs suivip de; furfuratioq ,(piityi7
riasis alba) et de sycosis, quand la région, est velue., Elle dis-
parait^^parr^pilatipn et jes parasJti.Qides., Dç plus, les cariactères
objectifs j riÇ) §pnjt]., j)jas A^s j ja^iê^ies;; ^ Jgg iflaqiU^s - s^pt jpao^ns
RÉPONSE A M.\DEyERGIE. 17
sailli^^teg5*^ll^fl^nj^afLQ^S; ^loips .tranchées. Lacent^;^ ide lapla-
queiesi]eplus souvent vide, quelquefois occupé par un groupe
d.e,ti:ès-p,eti,te,a vésicules ou par les squames qui les rempla-
ç^i^iiijt. L§§ a;npe!aux concentriques, sont gouges,; érythémateux,
¥^}iiiQ4.îlpjit^j QUi.sqjuaipeuXj , iSépa-yési ijes; uns; de^_ autres pan de^
gro4)i(P|C^ii Viésipuleu^. Voilàj certes, deux affectioQs bien dis-
tiHiçt<?S_4jl?ioiiïjif|uoi, donc^ .leur, donnerait-on le inême nom.?
-oiîlft Q%$i^T!e'-epcoxe> si j'ai.ré^l^abilité lesj:^qisçnid^-fi^Q.\i^p,om.-i
/y/^o/z/^ç^ que j'applique à l'urticaire et au pempliigus chroni-
ques, cela tient à ce que, pourmoi qt pour tous ceux qui
oji.lîibiiii'^ / ab,ser,yé les faits. r,urtiqairQ,eti ],« pempliigus diffè-
i'çi]tte&^çflfipll,çment à l'état aigu et, ^.l'état), chronique 'f)[j ;,y.j
^! jl)ans le pi'emier cas, on a affaire à des pseudo^exanthème^
(û,^yi^,ç^ .jo^rti^e ^t, buHeuse), c'est-^i-çlire ,à, fies affections .pi^é-
pf^(il(f)eS), f[^: jp^r^o^rqirQes, .fébriles, af apt, i^i§ , çwJ^t,e; du,i^éfi,v disf
pai;aissmii; sans, traitement et n'aya,nt a^pun retent,issemei>t
f^çljie|,ix,svu-, l'économie. ;, ;■ . ■ . : ,. ,,i ,;,,i;.
j[,l<)i(^;i^.lç,;, deuxième cas^ il rs'figi t. d'affections,, tQujpur$,[lQ^7
glie^p,,^Gj]fjcp?y dilficiles à guérir. L'urticaire chronique résistç
$p,^vent aux niédications les plus rationneliie§,i,Leipi^niphir
ç^^Ml^W^^fïM^ Çsyvè^: SQuyent, m/^i;^ . . . ..,hj „.-i/ -hju
-f(tVyjê%rtMdë«Mté"*Uip'a'Ch©^'4'î^^
'àUimiMni''à>i\i inalddlê, à V affection, 'a\\ sympt p me, W)ië?^\^n\^\(i?i-^
<< -l'i'on: '(^'Lie personne ne leur donne, et, il fuut bien ajouter, ^U6
wi.lioutiite monde repousse? »).,, , ; ,, , ., j.'i.j
''^'{Iïïe''dWJse 'ïïï'étdmrè, em^^ É!'DëVé^^ië;'iîliï'k'ëittà^
(jl'i'è kit 'le ^éiis ' \\xé ' 'je' 'dôA'rië ' àtix' teïôts' ' 'hiîtladîè, ' àfféètion',
kyiWpIfô'iÏÏè',' éï i^Mî a's'ÔLÏvent l'ocCasiM d'employer les ttêmes
rhôts, n'ait 'paè daigné nous en donner une définition dans
son olivrâgë. Apres un reproche aussi nettement formulé
qu'e''ée!lur'i(^u6'jVorf^''^ne'z'd'ètitêndre, vous pourMei^"Vbtt^
attendre à voir mon lionoraHe collègue exposer les raisons
qui lui font rejeter ma définition. Il en donne une seule,
c'6st''que 'ttiut le monde la repousse. Vous me permettrez,
Messieurs, de ne pas trouver cette raison aussi péremptoire
que M. Devergie. D'abord, il n'est pas juste de dire que tout
18 PREMIÈRE LEÇON.
le monde repousse ma définition ; un grand nombre de mé-
decins l'ont adoptée. Ensuite, en admettant comme parfaite-
ment fondée l'assertion de M. Devergie, est-ce que tout le
monde ne peut pas avoir tort? Avant Galilée, tout le monde
admettait la rotation du soleil autour de la terre immobile.
Est-ce à dire pour cela que Galilée avait tort de soutenir le
contraire ?
Voyons un peu les différentes manières de considérer la
maladie qui ont cours dans la science.
Admettrons-nous la doctrine organique, galénique, dans
laquelle les maladies ne sont que des lésions d'organes? Evi-
demment non. Il n'est pas vrai que la maladie ne soit qu'une
lésion d'organes ; car, malgré les progrès de l'anatomie
pathologique, on connaît beaucoup de maladies sans lésions.
Dire avec d'autres que la maladie est un désordre notable
des fonctions, c'est la confondre avec le symptôme. Les
hippocratistes anciens et modernes qui ont assimilé la mala-
die à une fonction, ont confondu la pathologie et la physio-
logie.
Pouvons-nous trouver dans la lésion et le trouble de la
fonction réunis les éléments nécessaires pour définir la ma-
ladie? Pas davantage; nous supprimons ainsi le moyen
terme, qui rend compte des rapports entre les lésions et les
symptômes dont les disproportions ne s'expliquent que par
l'intervention de la maladie.
Pour moi, la maladie est un état accidentel et contre nature
de l'homme, qui produit et développe un ensemble de désor-
dres fonctionnels et organiques, isolés ou réunis, simultanés
ou successifs.
L'affection, c'est l'état morbide d'une partie du corps com-
prenant l'ensemble des lésions et des troubles fonctionnels
qui reconnaissent pour cause la maladie.
Le symptôme est une modification morbide de l'action or-
ganique, de la fonction, ou un changement perceptible aux
sens dans les qualités physiques de l'organe ou des matières
excrétées.
KÉPONSE A M. DEVERGIE. 19
Quoi de plus simple, et en même temps quoi de plus vrai que
ces définitions ?Ellesdomient en quelques mots une idée aussi
complète et aussi juste que possible des mots maladie, affec-
tion, symptôme.
« Puis il a rattaché toutes les maladies à cinq causes dilfé-
M rentes : l'herpétisme, Varthritismc, la scrofule, la syphilis et
« le parasitisme, »
M. Devergie confond la maladie avec la cause. L'herpé-
tisme, l'arthritisme, la scrofule, la syphilis et le parasitisme
ne sont pas des causes; ce sont tout autantde maladies.
Quant aux affections, je les ai partagées en deux classes,
conformément à la division des maladies.
Affections de cause externe.
Affections de cause interne.
Dans les premières, j'ai établi des subdivisions suivant le
mode d'action delà cause externe.
; J'ai eu ainsi une première section d'aflections déterminées
par une cause physique ou mécanique (action des instruments
vulnérants, morsures d'animaux non venimeux, action de la
chaleur, du froid, de l'électricité, de la pression lente).
Et une deuxième section d'affections provoquées soit direc-
tes (circumfusa et applicata, contact de substances irritantes,
inoculation de substances putrides, vénéneuses, virulentes;
produits d'une sécrétion normaleou anormale agissantcomme
corps étranger, parasites), soit indirectes ou pathogénétiques
(aliments, poisons et médicaments).
Quant aux affections de cause interne, je lésai divisées en
huit sections :
1° Affections pestilentielles ;
2" Fébriles;
. ..S" Exanthématiques ;
4° Pseudo exanthématiques ;
5° Phlegmasiques ;
. ,6° Hémorrhagiques ;
„.,7° Symptomatiquesd'uneiarthritis, herpétisme, scrofule^
maladie constitutionnelle ( syphilis, lèpre.
20 PREMIÈRE LEÇON.
S** Symptomatiqiies de \ à produits inflammatoires,
diathèses > — homœmorphes,
j — hétéromorphes.
Pour chaque maladie, j'admets une prédisposition ou cause
interne. N'y a t-il pas là plus de cinq causes ?
« De sorte ([u'aujourd'hui il n'est pas nécessaire déposer un
diagnostic pour traiter une affection cutanée ou autre; il suffit
d'en rechercher la cause, car, la cause connue, la thérapeutique
en découle. »
C'est toujours la même idée, M. Devergie confond la cause
instrumentale avec la cause interne, la maladie avec l'affec-
tion. Il a bien mal compris mes doctrines, s'il en a tiré la
conséquence qu'il n'est pas nécessaire de poser le diagnostic
de l'affection, puisque je reconnais, au contraire, que cela
a une grande importance. Je suppose, par exemple, que j'aie
à traiter un malade atteint d'eczéma. En l'interrogeant, j'ap-
prends que son affection est survenue à la suite d'un refroidis-
sement. Je connais donc la cause occasionnelle. Mais est-ce
que cela suffit? Pourrai-je traiter mon malade sur cette
simple donnée? Evidemment non. Il faut que je complète
mon diagnostic, car je sais que l'eczéma peut être rapporté à
la dartre, à l'artliritis, à la scrofule, au traumatisme, et c'est
seulement quand je connaîtrai la nature de l'affection, que je
pourrai commencer un traitement rationnel.
« Qu'importe qu'un malade ait un eczéma, un herpès, un li-
chen, un rupia ou un peraphigus, la question n'est pas là : le tout
est de savoir si la cause en est herpéli-que, arthritique, parasitaire,
etc., et dès lors, à chaque classe se rattachant un agent thérapeu-
tique, le médecin applique cet agent. »
Ici M. Devergie complète sa pensée; il confond le genre
avec la nature.
Dans la doctrine de M. Devergie, un seid problème se pré-
sente, c'est le diagnostic du genre : on cherche si le malade
a un eczéma, un herpès, un lichen. . . . Les antécédents
du malade, les rapports des affections entre elles, la simili-
tude du traitement général pour plusieurs d'entre elles ne sont
rien pour mon savant collègue. Il suffit de savoir que le ma-
RÉPONSE A M. DEVEKGIE. 21
lade a, un herpès ou un rupia ; sur ce diagnostic repose toute
la thérapeutique.
itE^ans ma doctrine, il y a toujours trois problèmes à résou-
dre : On doit rechercher : ^ ( /. .ainyiia
j,,Jja lésion élémentaire ; , ., aj-io^ sQ »
jilla'affection générique; rjoq i)!Jso((:r!r.ii-
'^^utia nature de l'affection ; . jdo'jofj'j-; ^
Quoi qu'en dise M. Devergie, le diagnostic de la nature de
Taffectionest le plus important, et quelquefois le seul possible :
qui ne sait que, dans les syphilides, il est souvent difficile de
dire quelle est la lésion élémentaire primitive ? Du reste, a-t-
on besoin de le savoir pour rattacher l'afTection à la syphilis?
Nullement, on a assez d'éléments de diagnostic dans les anté-
cédents, la forme, la couleur, le siège, la marche de 'L'érup-
tion. Toutes les syphilides d'une même époque guérissent par;
le même traitement. n .i,!,,..
^'''Qu'importe alors desavoir si l'on a eu affaire à unepapule^
îi due vésicule, à une pustule ? tuii-Uu'i VJii !).;>. .i,!o) siip
Dans la scrofule, l'arthritis, l'herpétisrtfe,^ c'esUlà' niêmè-
chose. Les affections de même nature présentent des carac-
tères communs qui permettent de les rattacher à la maladie i
dont elles émanent; cependant le diagnostic de la lésion élé-^-
mentaire est alors plus important que dans la syphilis, ■ et;' î
quoi qu'en dise M. Devergie, je fais une très juste apprécia-
tion de son importance. J'en tire même des conséquences
pourle traitement local. (Gonspersion de poudres desséchan-
tes et astringentes dans les affections vésiculeuses , hui-
leuses ; application d'huile de cade dans les affections squ'à-'
metises).' '»'">'i"'' " /•■ •' .rv^mj .U. m
11 en est de môme pour le genre. Quand je vôîè'ti'ri'hiÉllfidé''
atteint depuis plusieurs années d'unsycosis rebelle, avant do
chercher si l'affection est parasitaire ou arthritique, j'ai ùhe'
indication locale pressante a remplir. Je fais d abord épiler
mon malade. Pourquoi ? parccque dans les sycosis anciens,
de quelque ^ilature iqu'ils soient, l'affection est entretenue pal'
l'irrîÉatîolïl^uè produisent sur les follicules pileux les poils ou
2
22 PREMIÈRE LEÇON.
débris de poils altérés qui font l'effet d'épines enfoncées dans
la peau. Par l'épilation je fais cesser cet état de choses. C'est
alors seulement qu'il est important de reconnaître la nature
du sycosis, car il se présente une autre indication, c'est d'em-
pêcher que le poil ne repousse altéré. Si l'altération dépend
delà présence de champignons, il suffira de tuer ces végé-
taux par des lotions parasiticides. Si, au contraire, on juge le
sycosis arthritique, (je "vous ai donné les caractères différen-
tiels des différentes espèces de sycosis dans mes leçons sur
les affections génériques), on attaquera la maladie constitu-
tionnelle par les alcaHns.
De même quand un malade se présente avec un lichen,
on peut, avec avantage, faire disparaître l'affection locale
par des applications réitérées d'huile de cade. Ensuite on
empêche l'affection de récidiver, en prescrivant un traitement
général approprié à|la maladie constitutionnelle qui a produit
le lichen.
Vous voyez donc bien que mes doctrines sont tout autres
que ne le dit M. Devergie et que, pour moi, l'état local est
apprécié à sa juste valeur.
« Il n'est même pas nécessaire d'étudier les maladies de la peau.
Il suffit que l'on constate une maladie ou une affection à la peau?
alors on rattache l'affection à l'une ^ des cinq causes, et le tour est
fait. »
C'est toujours la même insinuation : faire croire que la
maladie est la cause. Ondirait que c'est par simple fantaisie,
par pur caprice que je déclare une affection arthritique ou
dartreuse. G^est une grande erreur.
Dans tout ce que j'ai dit à ce sujet, je n'ai jamais procédé
par l'hypothèse, mais toujours par l'observation. Ce sont les
nombreux faits que j'ai vus qui m'ont appris le déroulement
des maladies constitutionnelles^ les rapports des affections entre
elles, leur évolution toujours la même, leur ordre de succes-
sion, et enfin les caractères objectifs qui font qu'elles portent,
pour ainsi dire, l'empreinte de la maladie qui les produit.
Mais M. Devergie se sent très mal à l'aise sur ce terrain.
RÉPONSE A M. 1>EVERG1E. 23
et au lieu de continuer à attaquer mes doctrines seules, il
revient à son ancien système qui consiste à m'associer
MM. Hardy et Baumes, et à faire peser sur moi les vices des
doctrines des autres. Je ne saurais trop protester contre cette
manière de faire de la critique scientifique.
Voici le passage de M. Devergie.
« Notre collègue M. Hardy a adopté les mêmes idées; il les pro-
fesse, à l'exclusion de rarlhritisme, dont il n'admet pas Texistence.
Seulement la dartre de M. Hardy n'est pas \a.dartre de M. Bazin,
comme l'arthritis de M. Bazin n'est pas Varthi^itis aux jeux de
M. Hardy. Voilà les doctrines du jour, doctrines très-heureuse-
ment homogènes 1 Elles servent d'enseignement à la génération
actuelle 1 »
« Ainsi, tandis qu'Alibert s'est efforcé de chercher à établir des
groupes de maladies plus ou moins homogènes^ d'en spécifier les
caraclères et de donner une forme scientifique et pratique à tout
ce que l'on désignait avant lui sous le nom banal de dartres; tan-
dis que Biett, en introduisant en France la méthode de Willan, a
cherché à faire reposer sur l'anatomie pathologique les caractères
de chacune des maladies de la peau; alors qu'il s'est appliqué à
rechercher si ces formes morbides ne nécessitaient pas chacune
une médication spéciale, et il faut bien le dire, contrairement aux
assertions de MM. Bazin et Hardy qui ont fait fi de Biett et l'ont
traité de Willaniste, Biett était le plus fort thérapeutiste de son
époquej c'est à lui que l'on doit les grandes médications de notre
temps : l'arsenic, la teinture de cantharides, l'aconit.., et MM. Ba-
zin et Hardy n'y ont rien ajouté; c'est, dis-je, lorsque ces ré-
sultats acquis ont été étendus depuis ces grands maîtres par leurs
successeurs, que MM. Bazin et Hardy viennent ramener la science
à son point de départ et la conduisent peu à peu à l'état d'enfance
et d'ignorance même où elle était plongée avant ce siècle. Le tout
pour avoir fait revivre les mots oubliés, qui jettent une perturba-
tion morale dans Tesprit des malades^ qui, à l'instar du mot dar-
tre primitivement employé par eux, impriment une sorte de ré-
probation sur l'individu malade. Aussi M. Bazin s'est-il bientôt
aperçu de ce résultat fatal et s'est-il empressé de remplacer la
dartre par ïherpétide, son synonyme, comme autrefois dartre et
herpès signifiaient la même chose... »
24 PREMIÈRE LEÇOM.
« M. Baumes de Lyon, avant MM. Bazin et Hardy avaient cher-
ché à établir des généralisations du même genre.... Pour lui, tou-
tes les maladies dérivent delà fluxion... . »
Qu'ont de commun mes doctrines avec celles de M. Bau-
mes, qui est organicien, et par conséquent se sépare de moi
dès le principe, qui confond l'affection etla maladie, et groupe
les affections cutanées d'après un mode patliogénique varia-
ble, la fluxion ?
Quant à M. Hardy, de grandes différences d'opinions lesé-
parent demoi. Et d'abordM. Devergie secontrediten disant :
{( La dartre de M. Hardy n'est pas la dartre de M. Bazin. » Il
est bien évident alors que M. Hardy n'a pas adopté les idées
de M. Bazin et ne peut les professer.
S'il est vrai que M. Hardy a admis mon traitement de la
gale et Ta rendu plus rapide, mais moins sûr en rapprochant
les frictions insecticides; s'il est vrai qu'ilpartage mes idées sur
les maladies parasitaires et sur le traitement de la teigne, il
est juste de dire que là s'arrête l'analogie entre nos doctrines.
Tout cela n'est qu'un très petit coin du tableau, et, pour les
affections de cause interne, il y a entre nous des divergences
capitales, comme vous le verrez dans une des leçons suivan-
tes. Je ne vois donc pas de quel droit M. Devergie associe
toujours, dans son argumentation, deux doctrines aussi dif-
lérentes.
M. Devergie se contredit encore en m'accusant d'avoir
réhabilité le mot dartre et en disant plus loin que je l'ai rem-
placé par le mot herpétlde. Si je n'emploie pas le mot darti"c,
ce n'est pas, commedit M. Devergie, parcequ'il entraîne une
flétrissure morale des individus et des familles et porte la
désolation dans leur cœur. A ce compte, j'aurais encore bien
des mots à changer et avec plus d'apparence de raison, comme
par exemple les mots scrofule, syphilis^ que l'on emploiejour-
nellementau litdes malades, et qui, à mon avis, sont bien plus
terribles et mieux compris. J'avais une raison plus sérieuse,
c'e^^t que le mot dartre me semblait très vague et en le rem-
plaçant [lar hcrpclismc pour la maladie constitutionnelle et
RÉPONSE A M. DEVERGIE. 2o
par /ierpéfides^onv\es affections cutanées (mots que M.Dever-
gie veut bien trouver gracieux), j'ai cru que l'on avait immé-
diatement une idée plus nette des objets à désigner, surtout
si on les compare aux termes syphilis et svphilides.
Glissons sur cette magnifique épopée et sur les phrases à
effet où mon savant collègue me reproche d'être ingrat envers
Biett et de l'avoir traité de Willaniste. Que M. Devergie le
sache bien, je me glorifie d'être Willaniste, parceque je trouve
que Willan, en fondant les ordres et les genres des affections
cutanées sur la lésion élémentaire et les caractères constants
qu'elle présente àsa période d'état, a rendu un immense ser-
vice à la dermatologie. Mais pour moi la connaissance de la
lésion élémentaire et de l'affection générique n'est pas tout;
il faut y joindre celle de la nature des affections.
Que dirai-je de ce reproche si dur, de ramener la science à
l'état d'enfance et d'ignorance oii elle était plongée avant ce
siècle? je le repousse formellement, parceque :
r J'ai admis le progrès réalisé par Willan; j'ai adopté en
grande partie ses formes élémentaires pour établir les genres
qu'il importe de connaître dans toutes les phases de leur évo-
lution; je les ai complétées en y ajoutant le furoncle, l'hyper-
trophie crypteuse, le godet favique, les tumeurs du mycosis
fongoides qu'elles ne comprenaient pas.
2° Parceque M. Hardy et moi, nous nous sommes occupés
delà solution d\m problème important et difficile, la nature
de l'affection, problème qu'avant nous on ne posait môme
pas.
Quand M. Devergie vient nous dire : « Voilà les doctrines
du jour très-Z/eureuseinent homogènes] Elles servent d'ensei-
gnement à la génération actuelle, » je réponds à M. Dever-
gie : Quand, il y a quinze ans, vous étiez à la tête de l'ensei-
gnement de la pathologie cutanée, pensez vous que vos doc-
trines étaient plus homogènes avec celles des autres médecins
de Saint-Louis?
La classification que vous donnez, est-elle homogène ?
Une bonne classification repose sur un principe unique. La
2è PREMIÈRE LEÇON.
Yôlre repose sur des principes essentiellement différents.
Vous classez les affections cutanées tantôt d'après l'iden-
tité de cause et de traitement, tantôt d'après la forme
morbide, tantôt d'après le produit morbide et l'accident mor-
bide, tantôt d'après l'origine climatérique. Peut-on trouver
une classification plus dissonante?
Les formes cliniques admises par M. Devergiene sont pas
plus homogènes. C'est lui qui est l'inventeur des formes
composées (herpès rupiforme, psoriasiforme, pemphigoide;
impétigo ecthymatiforme, sycosiforme) et autres monstruo-
sités pathologiques que l'on ne trouve, heureusement pour les
malades, que dans l'ouvrage de M. Devergie.
Parlerai-je de l'homogénéité de sa thérapeutique ?
Qui de vous, Messieurs, n'a entendu parler de ce fameux
sirop composé oii le fer, l'iode, le potassium, l'arsenic et le
mercure se donnent rendez- vous dans la même bouteille et
^ avec lequel M. Devergie semble se dire : La nature plus habile
que moi saura bien choisir ce qui lui convient.
De tout ce qui précède, j^ crois être en droit de conclure :
1° Que la doctrine de M. Devergie est radicalement fausse ;
2° Qu'il fallait en proposer une autre qui fût plus en rapport
avec les progrès de la dermatologie.
3° Que les attaques dirigées contre mes doctrines par M. De-
vergie, dans la dernière édition de son ouvrage, n'ont aucune
valeur et ne sauraient entraîner la conviction dans les esprits
qui considèrent les choses avec impartialité et sans préven-
tion.
DEUXIÈME LEÇON.
Messieurs,
On lit, dans le programme du cours de Pathologie interne
fait à la Faculté de médecine de Paris, par M. Monneret, les
phrases suivantes :
On a dit que les dermatoses scrofaleuses n'excitaient pas de
démangeaisons, ce qui est faux (?) ainsi qu'il est aisé de s'en con-
vaincre dans le prurigo des vieillards (2""^ année, page 143).
Vous entendez, Messieurs, dans le prurigo des vieillards!
Ahuno disce omnes.
Et plus loin pag. 147, à l'article Historique et hiUiogra-
phie :
« Bazin, Leçons sur la scrofule, in-8°. 1861. Rien de nouveau
dans ce livre. »
A propos de la diathèse dartreuse (pag. 169) :
« Caractères des dartres de la peau. — Incertitude complète à
ce sujet. — Les prétendus caractères assignés aux dartres nulle-
ment fondés. — Les livres récents sont pleins d'assertions; rien de
plus ! »
Au sujet du rhumatisme (pag. 129).
« Les caractères tirés du siège et de la forme des éruptions
rhumatismales sont fort incertains. On les a réunis aux éruptions
goutteuses, mais à tort; nous admettons qu'elles sont distinctes
des rhumatismales. Rien dans les signes qui les fasse reconnaître,
quoi qu'en aient dit M. Bazin et d'autres. »
A l'article goutte (pag. 137).
« Goutte de la peau. — On a inventé un mot nouveau dans ces
derniers temps (arthritide). La chose est très ancienne ; le mot est
mauvais ; il confond deux maladies très distinctes en ime seule —
28 nET'XiÈaiK Li:(jON,
Les maladies cutanées goutteuses n'ont rien qui puisse les diffé-
rencier des autres, si ce n'est leur origine. — Caractères spécifiques
assignés à tort par M. Bazin à ces maladies -, pas un seul de réel ;
on ne peut faire une pathologie cutanée à part avec les maladies
goutteuses de la peau ; toutes s'y retrouvent de même que dans les
autres diathèses. »
A l'article Maladies de lapeau (S"" année,pag. 115).
« Sont-ils (les parasites) cause ou effet de la maladie ? Il leur
faut un" terrain approprié; il est possible qu'ils ne soient que
l'effet, mais ils deviennent, à leur tour, cause de toutes sortes
d'accidents et pénètrent dans les bulbes et les follicules. »
Ainsi, pour M. Monneret, aucun progrès n'a été réalisé en
dermatologie depuis quinze ans.
Voulez-vous savoir oii M. Monneret place le progrès ? c'est
dans le programme. Ecoutez-le :
« Le jour où chacune des sciences qui constituent la médecine
sera complètement exposée dans un programme, un immense pro-
grès sera réalisé, marquera l'enseignement et facilitera les études. »
Je suis de sou avis, et je pense même que ce sera un pro-
grès non seulement dans l'enseignement, mais encore dans la
science.
Cependant M. Monneret a des scrupules ; il doute, il a
quelques craintes; il se demande ingéniiment si la faiblesse
des élèves ne doit pas lui être imputée.
Après avoir lu attentivement le programme du cours de
pathologie interne et quatre gros volumes de pathologie dite
générale, je déclare que les œuvres de M. Monneret justi-
fient ses craintes.
Mais il n'entre pas dans le plan de ces leçons d'attaquer les
ouvrages de M. Monneret, et, puisque ce sont les résultats de
mes propres recherches qui font le sujet de la contestation,
je dois me borner à me défendre.
Laissant momentanément de côté les attaques de M. Mon-
neret sur les affections cutanées dartreuses^ arthritiques et
parasitaires, dont il sera parlé prochainement, je consa-
RKl'ONSE A M. MON^ERET. 29
crerai la leçon d'aujourd'hui à celles qui concernent la scro-
fule et j'espère vous démontrer :
1° Que l'expression diathèse scrofuleuse est mauvaise,
parce que la scrofule est une maladie constitutionnelle et non
une diathèse; que la théorie de M. Monneret sur les dia-
thèses est une théorie fausse qui ne diffère en aucune façon
de celle des localisateurs absolus.
2° Qu'on ne peut sans injustice affirmer que les leçons de
M. Bazin sur la scrofule ne renferment rien de nouveau.
Elles ont au contraire imprimé un véritable progrès à la
symptomatologie, au diagnostic et à la thérapeutique des
affections cutanées scrofuleuses.
3° Enfin que le but principal de ces leçons a été précisé-
ment de démontrer les caractères propres et différentiels des
manifestations cutanées de la scrofule; que par conséquent
il n'est pas vrai de dire que « la diathèse scrofuleuse a une
« dermatologie très variée dont il est impossible de tracer les
« caractères. »
Premier point. — Examinons d'abord ce que c'est qu'une
diathèse en général, puis nous prendrons la diathèse scrofu-
leuse en particulier. .
La question des diathèses est grosse d'intérêt. Elle domine
l'étude des affections de la peau, et je dirai même de la patho-
logie tout entière. Aussi, les médecins de tous les temps et
de toutes les écoles en ont-ils bien compris l'importance, et
voit-on chacun d'eux lui donner une signification en rapport
avec ses doctrines ou l'idée qu'il se faisait de la maladie.
Je n'ai pas le dessein de vous faire l'historique des diverses
manières de comprendre la diathèse, qui ont été professées
depuis Hippocrate ; ce serait une étude fastidieuse et inutile.
Je veux seulement vous dire, en quelques mots^, les opinions
qui ont cours dans l'état actuel de la science et le rôle que les
différents auteurs font jouer à la diathèse dans la production
des maladies de la peau.
Ces opinions peuvent se réduire à trois principales :
Première opinion. — Les uns, comme le professeur Hébra,"
30 DEUXIÈME LEÇON.
de Vienne, et le professeur Lebert, repoussent complètement
de fait ,ladiatlièse. Ce sont des localisateurs. Pour M. Lebert,,
par exemple, il n'y a pas d'entité morbide distincte appelée
scrofule ; il n'y a que des scrofules, c'est-à-dire une série de
maladies locales, reliées entre elles par une disposition spé-
ciale de l'organisme, à laquelle il veut bien conserverie nom
de scrofuleuse. Mais il n'admet pas la scrofule en tant que
maladie constitutionnelle ; il l'a démembrée, en décrivant
comme autant de maladies distinctes des affections tubercu-
leuses qui s'y rattachent évidemment.
Sa classification des affections cutanées est entièrement
fondée sur la physiologie pathologique : " ' ^-^ ~ .' ^^
A. Maladies dues à une altération de la circulation. ,- .f r
B. Maladies dues à une altération de la sécrétion et delà nutri-
tion.
C. Maladies dues à des parasites du règne animal et végétal
vivant sur la peau.
Deuxième opinion, — D'autres n'admettent la diathèse
que dans certains cas, pour expliquer certains groupes d'af-
fections cutanées, et la repoussent dans les autres cas. A cette
deuxième opinion se rattachent MM Devergie et Monneret :
« Toutefois en dehors de ces conditions les plus généralement
observées (tempérament, constitution, hérédité, climat, profes-
sions, causes morales, privations), il faut convenir que lorsque la
même affection se généralise à la peau sans cause appréciable, il y
a là dans le sang, dans les tissus, dans toute l'économie, une in-
fluence occulte, un principe morbide dont la nature nous fuit, nous
échappe, et que nous attaquons quelquefois avec bonheur par un
seul et même agent. Ce principe, qui constituait le virus des an-
ciens, est appelé diathèse par les médecins modernes qui se rat-
tachent volontiers à ces anciennes idées.
Pour nous, tout disposé que nous sommes à admettre des dia-
ttîèses, nous ne sous-entendons pas par ce mot un état occulte né
d'un principe général morbide toujours le même, qui aura son
antidote, comme le pourrait être un virus. La disposition morbide
pourra avoir ses sources diverses et se rattacher à des conditions de
tempérament, d'âge, de constitution, d'hérédité.
RÉPONSE À SI. MONNERET. 31
Ainsi la disposition strumeuse n'est que la conséquence de la
prédominance exagérée du système lymphatique, de même que la
diathèse iichéno'ide n'est que le résultat de la prédominance exa-
gérée du système nerveux général et de celui de la peau en parti-
culier, de même encore, en dehors de ces conditions, il peut
exister des diathèses dont la nature et la cause ne peuvent pas être
saisies et que nous apprécions seulement par l'agent propre à les
combattre, agent dont l'expérience nous a montré l'efficacité. Mais
il y a loin de ces idées à la pensée qui rattache toujours à une
seule et même cause le principe morbide de plusieurs maladies. »
(Devergie, 3 édition, page 688.)
M. le professeur Monneret (programme du cours de pa-
thologie interne, 3' année^ page 116 et suivantes) divise les
maladies de la peau ainsi qu'il suit :
1° Maladies idiopathiques locales, c'est-à-dire formant à elles
seules des entités morbides bien déterminées.
— A des fièvres.
■ B des affections virulentes.
— G des maladies venimeuses.
— D des intoxications.
I — E des diathèses. Parmi celles-
2- Maladies symptomatiques.<^ " '\f^,^^ rhumatisme et la
•' ^ IN goutte, la scrofule et la dar-
tre, comme se manifestant
par des éruptions cutanées,
mais dont il est impossible de
déterminer les caractères
spécifiques.
3° Maladies tégumentaires(~ d'un état gastrique elbilieux.
sympathiques, ) — d une maladie chronique de
( l'estomac, du gros intestin.
Troisième opinio?i. —La diathèse existe pour tous les cas.
Ainsi, pour M. Hardy, la diathèse est commune à plusieurs
maladies; aussi, abstraction faite des syphilides et du groupe
des scrofulides malignes, toutes les affections cutanées de
cause interne sont-elles, pour ce médecin, les produits d'une
seule diathèse, la diathèse dartreuse.
Aucune de ces opinions ne saurait me satisfaire, Messieurs,
car je suis de cette école qui admet une distinction capitale
entre la maladie, l'affection, la lésion et le symptôme; et
32 DEUXIÈME LEf;OX.
je VOUS ai dit que la question des diatlièses se trouvait entiè-
rement subordonnée à la manière de comprendre et définir
la maladie.
Que nous dit Chôme! dont les idées sont acceptées par la
plupart des auteurs contemporains?
« La maladie est un désordre notable survenu, soit dans
« la disposition matérielle des parties constituantes du corps
(( vivant, soit dans l'exercice des fonctions. »
Il rejette la distinction de l'affection et de la maladie.
Il admet une disposition latente, inconnue dans son es-
sence, propre à chaque maladie interne.
Pour lui « la diathèse est une disposition en vertu de la-
{( quelle plusieiu's organes ou plusieurs points de l'économie
(( sont à la fois ou successivement le siège d'affections spon-
(( tanées dans leur développement et identiques dans leur
u nature, lors môme qu'elles se présentent sous des appa-
(( rences diverses. »
Elle est commune ii plusieurs maladies.
Vous voyez que le symptôme et la lésion sont confondus
avec la maladie; par conséquent cette définition est inaccep-
table pour moi.
La prédisposition latente commune à plusieurs maladies,
dont parle Ghomel, n'ex.iste pas; car ce qu'il appelle des
maladies n'est qu'un ensemble de symptômes et de lésions.
Du reste, cette définition est essentiellement vicieuse; en
effet, puisqu'il faut, pour qu'il y ait diathèse, que plusieurs
organes de l'économie soient affectés, on serait amené à éli-
miner des affections diathésiques, le cancer, par exemple,
quand il reste localisé dans un seul organe, ce qui est évi-
demment inadmissible.
M. le professeur Monneret adopte aussi la définition de
Galien et fait consister la maladie dans une lésion appréciable
de la matière organisée et vivante, de ses propriétés physi-,
ques et vitales, ou dans un trouble de ses fonctions. On ne
doit pas, dit-il, s'embarrasser de l'étude mystérieuse d'enti-
ItÉKOASE A M. -MU>.^EMEr. 3o
tés que nous ne pouvons saisir, et perdre de vue l'observa-
tion pure et simple des phénomènes morbides.
De ce que nous ne pouvons saisir Tentité qui est au dessus
du phénomène sensible, il ne s'ensuit pas que cette entité
n'existe pas. C'est, permettez moi la comparaison, comme si
l'on disait au mathéraacien qu'il doit supprimer de ses calculs
]'iniini, parceque notre esprit est impuissante lecomprendre.
Or cette notion sïmpose à nous, présente et lumineuse dans
son obscurité, avec toute la force d'une vérité démontrée.
Ainsi en est-il de la maladie selon moi ; désignez la. si vous
voulez, par une inconnue, para:..., mais au moins ne la sup-
primez pas. Pour M. Monneret, la diathèse est un état géné-
ral de l'organisme héréditaire ou inné, rarement acquis, tout
à fait latent, jusqu'à l'tipoque oii il détermine une maladie
générale caractérisée par des lésions ou des troubles fonction-
nels, disséminésdans un grand nombre de points, mais iden-
tiques par leur nature et cédant à la même médication.
La diathèse constitue, pourle môme auteur, une sorte d'in-
cubation analogue à l'incubation des maladies virulentes, et
qui aboutit à un état pathologique qu'il appelle maladie dia-
thésique.
Cette définition est passible de plusieurs reproches; on peut
demander à M. Monneret, comme à Cliomel, comment il
reconnaît l'identité de nature; car nous verrons plus loin
qu'il n'admet pas de caractères spécifiques aux: maladies dia-
thésiques. De plus, la diathèse, comme il la comprend, ne
ditTère pas de la prédisposition qui doit cependant en être
séparée.
D'autres ont fait consister la diathèse dans une altération
du sang; ils l'ont donc confondue avec la lésion.
En résumé, pour les organiciens, tous les groupes de phé-
nomènes observés, tous les syndromes sont autant de mala-
dies différentes. Or, l'observation démontre que ces mala-
dies, si différentes qu'elles paraissent dans la forme, ne sont
pas toujours complètement isolées les unes des autres;
qu'elles sont fréquemment rattachées par un lien comnnui
34 DEUXIÈME LEÇON.
facile à saisir ; qu'elles peuvent disparaître soiis l'influence
des mêmes moyens thérapeutiques : c'est à ce lien commun
que les auteurs ont donné le nom de diathèse, chacun selon
sa manière de voir.
On comprend pourquoi une semblable doctrine ne peut
être la nôtre. Toutes ces maladies, qui sont dominées par un
même principe, ne sont pas, pour nous, des maladies diffé-
rentes, mais des affections que nous rapportons à une seule
unité pathologique.
Mais, dira-t-on scrofule ou diathèse scrofuleuse, qu'im-
porte? N'est ce pas une seule et même chose? Il importe beau-
coup, Messieurs, en théorie comme en pratique; il y a là plus
qu'une simple dispute de mots. Non, votre diathèse scrofu-
leuse n'a rien de commun avec l'unité pathologique que nous
appelons scrofule ; ici;, tout se tient, tout s'enchaîne, tout se
succède avec un ordre déterminé et constant ; là au contraire,
rien de fixe, rien de précis, tout est soumis au hasard ; votre
diathèse est là comme un principe caché toujours menaçant,
comme une sorte d'imminence morbide sans cesse suspendue
sur la tête du malade.
Et puis, voulez-vous connaître les conséquences prati-
ques de votre doctrine ? Voici un malade qui a été atteint
de gourmes en son enfance, d'ophthalmies, d'écrouelles sup-
purées, qui a un lupus, des tumeurs blanches, des caries os-
seuses et même des tubercules dans les poumons, c'est-à-
dire qui a parcouru toutes les phases de la scrofule. Un eczéma
survient chez ce malade, comme il arrive journellement ;
vous partisan de la diathèse, vous direz aussitôt : eczéma
scrofuleuX;, et en cela vous commettrez une grossière erreur.
C'est qu'en effet l'heure des scrofulides superficielles est de-
puis longtemps passée; le malade en est aux affections viscé*-
ralesj à la quatrième période de la scrofule, et la maladie
constitutionnelle ne parcourt jamais une seconde fois le même
cercle. — Si donc, chez un tel malade, vous observez un eczéma^
cette affection est nécessairement d'une autre nature; elle est
RÉPONSE A M. MOISNEKET. 3S
arthritique ou dartreuse, mais \ous ne la guérirez pas par la
médication anti-scrofuleuse.
Pour moi, la diathèse est une maladie aiguë ou chronique,
pyrétique ou apyrétique, contagieuse ou non contagieuse,
caractérisée par la formation d'un seul produit morbide qui
peut avoir son siège indistinctement sur tous les systèmes
organiques (exemples : tubercule, cancer).
Je regarde donc les diathèses comme une classe de mala-
dies bien distinctes et qui diffèrent des maladies constitu-
tionneUes, en ce que celles-ci sont caractérisées par un en-
semble de produits morbides et d'affections très variées. Le
mot diathèse acquiert ainsi un sens précis; il signifie mala-
die et non, comme dans l'école organicienne, tout à la fois
cause et maladie.
Il est en médecine de ces mots qui ont une très grande va-
leur, et auxquels on doit attacher un sens rigoureux, sous
peine de ne jamais s'entendre; tel est le mot affection, dont
la signification varie pour la plupart des auteurs qui l'em-
ploient. Un de nos anciens internes, M. Louis Fournier,
dans sa thèse inaugurale sur la synthèse pathologique (thèse
de Paris, 1861) pense, contrairement à nous, qu'il faut con-
server au mot affection le sens traditionnel que lui donne
l'école de Montpellier.
Pour lui, l'affection est une modification générale survenue
dansl'organisme et constituée elle-même par une série demo-
difications qui se succèdent en produisant des actes morbi-
des, c'est-à-dire fonctionnels ou organiques, isolés ou réunis,
simultanés ou successifs. La maladie est l'acte morbide par
lequel se traduit l'affection; de plus il croit inutile de faire
deux classes différentes des maladies diathésiques etconstitu-*
tionnelles.
M. Fournier j j'ai le regret de le dire, n'a pas compris mes
doctrines.
L'affection, dans le sens que lui donne l'école de Mont-
pellier, signifie l'état morbide général du corps vivant, des
humeurs et des parties solides. Elle ne diffère de la maladie
30 iti:i \ij:.mi<: ij:(;(»i\.
que par son étciitliie, sagùnéralisuLiuii; c'est comme si nous
disions affection générale et allection locale. C'est toujours
le sens galéniqiie : de locis a//'cclis.
La maladie, pour nous, est un état abstrait, une con-
dition j)arti('uli(3re de l'être ù la([uelle on ne peut assigner ini
siège déterminé^ pas plus qu on ne j»eut assigner un siège
à la santé : appeler cet état afleclion, c'est conlbndre la doc-
trine organopatliique avec la doctrine andropatliique, (pas-
sez moi cette expression), c'est nielti'e toujours la soutlVance
dans les organes au lieu de la mettre dans riionnue.
M. Monneret, lui aussi, entend l'aH'ection connue l'école
de Montpellier. Il la considère comme un état morbide du
corps, comme l'état général, (pii jH'ovoqne l'état local ou la
délermiiuition Diorhidc locali' ([\i\\ a[)[)elle maladie. Il réha-
bilite la doctrine al)surde des éléments morbides et compare
les maladies aux corps inorganicpies dont l'association peut
donner lieu à des combinaisons plus ou moins complexes, bi-
naires, ternaires, quaternaires, etc. ; il admet la génération des
maladies parles affections, des allections par. les éléments
morbides; les lésions cugendi'ent les lésions, les [thénomènes
))rocijdent des phénomènes et les symptômes des synptômes.
— Pour M. Monneret, l'alTection, ladiathèsesont de sinqiles
éléments; aussi, en jiarle-t-il à peine dans sa Pathologie
générale.
Assurément, Messieiu's, cette doctrine des éléments est
encore bien au-dessous de celle de (.Ihomel, ([ui repose au
moins sur un l'ait d'observation vrai, le ra[)port des allections
entreelles. Celle de M. Monneret ne repose que siu* des hyi>o-
tlièses et sur l'axiome : Post /toc, crgo proplcr hoc.
(^e système a un grand inconvénient, c'est de l'aire en-
gendrer les unes par les autres les nombreuses allections
([ui ont un ]K)int de dé[)art conmum dans la maladie.
N'allez pas croire, toutefois, Messieurs, qu'en rapportant
à la maladie, connue à une source commune, tous les phé-
nomènes morbide?, nous rejetions conq)létement le synq)-
tôine du ^Miiptome : non, on l'ttbserNC l'réquemmenl,
liKl'OiNSE A M, MONiNKi;i;i'. H7
mais alors la relation est facile ù établir, Facile à ex[)liqiier
entre le symptôme et les j)li6nomènes qui lui sont sub-
ordonnes. Le rapport est ici toujours proportionnel et fa-
cile à saisir. Ainsi la pfdeur, la fatigue, l'abattement, la dé-
pression momentanée des forces, qui accompagnent et sui-
vrnt \i\ vomisseincnt sont des symptômes du symptôme;
ils cèdent avec la cause ([uiles a déterminés et leur intensité
est j)ro[>ortionnelle à l'intensité de la cause; mais en est-il de
mûrac entre certaines al'iections que l'on rencontre, parfois,
simultanément sur le même sujet?
L'urticaire, la gastralgie et l'acné rosée sont trois affec-
tions ([ui se trouvcMit souvent réunies sur le même malade.
Les [)artisans do la doctrine des éléments vous diront que
c'est la gastralgie qui produit l'iu-ticaire et l'acné par une
sorte de sympatliio morbide, et ils vous donneront comme
preuve que, si l'on guérit la gastralgie, on fait disparaître»
aussi l'urticaire et l'acné.
Au premiei- abord, l'argument paraît sans réplique, car le
l'ait est vrai. Mais, Messieurs, il faut voii; comment on guérit
cette ('s|i('ci' de gastralgie. C'est par un traitement appro-
prié' à la in;dailie cDustitutionnellc qui produit les trois affec-
tions, je veux dii'e, par les alcalins. Or, ce n'est 1)lis seule-
ment la gastralgie (jue l'on attaque ainsi, on attaque aussi
l'artliritis de la([uelle dépendent gastralgie, m'ticaire, et
acné rosée, delà est si vrai que si l'on traite la gastralgie
artbritique [lar l'opiimi ou ])ar les arsenicaux, qui réussis-
sent souvent dans la gastralgie simple, non seulement on ne
guérit pas l'urticaire et l'acné rosée, mais on les exaspère.
Ija gastralgie ne produit donc pas plus l'urticaii-e et l'acné
rosée, ([ue les accidents du tube digestif ne produisent les
lâches rosiies de la lièvre typhoïde, ce que personne n'admet
aujourd'hui.
K\I)li(pie-t-(ai davantage la production des symptômes
|)ar la foniie des éléments anatomiques ? Pas le moins du
inonde. Prenons une alfectiou [)apuleuse, le lichen par exem-
ple. Vous saveii ([ue, dans cette affection; les démangeaisons
3
38 DEUXIÈME LEÇON.
sont tantôt atroces, tantôt faibles, tantôt nulles. Croyez -yous
que c'est le volume ou la forme des papules qui vous ren-
dront compte du plus ou moins de prurit?Non; l'observation
démontre qu'il n'y a aucun rapport entre le prurit et la pa-
pule, (prurigo sans papules). La seule explication ration-
nelle, c'est que le lichen est une affection générique pouvant
dépendre de plusieurs maladies différentes et qu'il se pré-
sente dans ces maladies avec des caractères différents : c'est
ainsi que le lichen syphilitique n'est accompagné d'aucune
démangeaison. Dans le lichen arthritique, la démangeaison
est faible et se présente plutôt sous forme de picotements et de
fourmillements ; elle est atroce et constitue un véritable
supplice pour le malade dans le lichen dartreux.
La diathèse, pour M. Monneret, est un simple élément
producteur de maladies. Ainsi la diathèse scrofuleuse, par
■ exemple, est un élément morbide engendrant toutes les dé-
terminations morbides locales ou maladies scrofuleuses. Mais,
dit-il, ces maladies scrofuleuses, les dermatoses, par exemple,
ne diffèrent pas des dermatoses dues à d'autres causes. La
preuve qu'il donne de son assertion, il la trouve dans le pru-
rigo des vieillards :
« On a dit que les dermatoses scrofuleuEe? n'excitaient pas de
démangeaisons, ce qui est faux, ainsi qu'il est aisé de s'en con-
vaincre dans le prurigo des vieillards. »
M. le professeur Monneret a bien mal choisi son exemple,
et il était impossible de mieux nous montrer son incompé-
tence en dermatologie.
Qui a jamais dit que le prurigo des vieillards était scro-
fuleux? Personne assurément. Le prurigo, chez les scrofu-
leux, est une affection légère, et, si on devait le ranger par-
mi les dermatoses scrofuleuses, il faudrait le placer dans les
scrofulides bénignes. Or, les scrofulides bénignes sont l'apa-
nage delà jeunesse; elles constituent une des manifestations
les plus précoces de la scrofule, et on ne les rencontre jamais
chez les malades avancés en âge.
L'identité des caractère? des affections prouve l'identité de
RÉPONSE A M. 4H01SJNKKET. 39
nature. C'est un l'ait fondamental qui domine toute la patho-
logie cutanée. Pourquoi M. Hardy n'admet-il qu'une seule
nature, la dartre? C'est qu'il ne reconnaît pas aux affections
leurs caractères spéciaux, et qu'il est ainsi forcé de les rappor-
ter à la même maladie. Il est entraîné à faire une seule entité
morbide de trois maladies bien distinctes : la scrofule, l'ar-
thritis, l'herpétisme. Aussi est-il bien embarrassé pour don-
ner un nom à certaines éruptions psoriques qui^ pour tout le
monde, constituent de l'eczéma. L'eczéma étant pour lui tou-
jours dartreux, il est réduit à désigner ces éruptions sous le
nom impossible d'erytlième vésiculo-pustuleux.
Comme nous venons de le dire, M. Monneret refuse tout
caractère spécifique aux manifestations de la diathèse scrofu-
leuse; dans ce cas pourquoi admettre ce genre de dermatoses?
Comment et à quels signes le savant professeur peut-il re-
connaître que telle éruption est en effet une maladie scrofu-
leuse? pourquoi ne serait-ce pas une maladielocale intercur-
rente, une coïncidence ou une complication?
Se fondera-t-il sur le tempérament l}mphatique du ma-
lade? Le tempérament lymphatique ne peut faire naître la scro-
fule; tout au plus peut-il en appeler les manifestations sur le
système lymphatique. D'ailleurs il suffît de parcourir nos
salles pour voir que les tempéraments lymphatiques sont en
minorité.
Est-ce la faiblesse de la constitution qui décèlera le scrofu-
leux? Vous êtes à même de remarquer que beaucoup de nos
scrofuleux sont au contraire d'une forte constitution.
Enfin, est-ce la connaissance de la diathèse scrofuleuse qui
conduira le médecin au diagnostic delà nature? Non, car en
supposant qu'il arrive à reconnaître la diathèse en dehors de
toute manifestation (ce qui n'est autre chose, pour le dire en
passant, qu'une pétition de principe) on pourra toujours lui
soutenir que l'affection qu'il observe n'est pas dénature scro-
fuleuse, qu'elle peut appartenir à toute autre diathèse; à quoi
il n'aura certes rien à répondre si, comme M. Monneret, il
n'admet pas de caractères propres pour les dermatoses de
40 DEUXIÈME LEÇON.
cause iiilernc. 11 n'aura «Jonc, s"il est logique^ aucune raison
pour employer les anli-scrofuleux plutôt que toute autre
médication générale, et il ne pourra adresser son traitement
qu'à l'affection générique.
En résumé, nous devons conclure que la théorie de
M. Monneret ne rend aucun service dans la pratique, et
qu'elle ne diffère pas, de faif, de celle des localisateurs.
Deuxième point. — Est-il vrai que mes leçons sur la scm-
fule ne contiennent rien denouveau ? Je prétends au contraire
([u'elles ont éclairé la symptomatologie, le diagnostic et la
thérapeutique delà scrofule.
Avant moi, on admettait bien des maladies 6c^)fuleuse^,
mais l'unité pathologique, la maladie constitutionnelle delà-
quelle dépendent les affections scrofuleuses, la scrofule en un
mot, était méconnue.
Je ne puis vous rappeler tous les ouvrages éci-its jusqu'à
notre époque sur la scrofule; presque tous sont remplis de
confusion el; d'erreurs, et, quand par hasard l'auteur admet
des dermatoses strumeuses, il ne leur donne pns des ca'-nc-
tères suffisants pour les différencier des autres affections
cutanées.
Les dermatoses scrofuleuses admises avant moi se rédui-
saient à ])eu près au lupus, et encore voyons-nous AliLert
admettre troisespèces delu|)us, un lupus scrofuleux, un lupus
syphilitique et un lupus idiopathique. Il faut arriver jusqu'à
M. Devergicpour voirlclupus rangé définitivomeut dans les
affections scrofuleuses.M.Devergie avait également soupçonné
kl nature scrofulcusc de l'eczéma, de l'impétigo, dans certai-
nes conditions qu'il a eu le tort de ne pas déterminer. Pres-
([ue tous les auteurs regardaient les affections cutanées scro-
fuleuses comme dos complications, comme des dartres sur-
venant chez des scrofuleux.
Un seul médecin, M. Milcent, auteur d'une monographie
remarquable, a admis la scrofule comme unité [)athologique,
et a eu la gloii'e de tracer le cadre de cette maladie. Mais je
r.Él'OîVSE A M. MONNERET. 41
n'oloniierai pei\>o;ine en disant que, clans le livre de M. Mil-
cent, h pathologie cutanée manque complètement.
Les choses en étaient là lorsque parurent nos Leçons surla
scrofule, en l'année 1856;] c'est alors que je traçai les yéri-
tables caractères de la scrofule cutanée, d'une part en en dis-
trayant les teignes, et, d'autre part, en y faisant rentrer un
certain nombre d'affections génériques qui en restaient sépa-
rées. Je divisai les dermatoses scrofuleuses en deux classes :les
scrofulidcs bénignes et les scrofulides malignes; je décrivis
les caractères généraux et particuliers de ces deux classes,
leurs rapports, la place qu'elles occupent dans l'évolution de
la maladie constitutionnelle.
Or, je le demande;, en présence de tels résultats, que devons-
nous penser de cette affirmation de M. Monneret : ne?i de
nouveau clans ce livrel Je crois au contraire avoir présenté
la scrofule sous un jour nouveau et essentiellement pratique.
M. Gailleton, chirurgien de l'Antiquaille, auteur d'un mé-
moire sur l'eczéma, tout en ne partageant pas mes opinions,
me rend justice, quand il dit :
(1 M. Bazin a eu le raéritede bien décrire la série des symp-
tômes de la scrofule cutanée » (Bulletin de la Société mé-
dico-prat'que de Paris, années 18G0, Gl, G2, page ij6).
M. Ameuille, rapporteur du précédent mémoire, réclame
pour son maître M. Hardy: « L'auteur du précédent mé-
« moire, dit-il, pense que d'avoir fait une classe de maladies
«de la peau sous la dépendance de la scrofule, comble une la-
ce cune importante et porte un coup aux doctrines de M. Har-
«dy. Mais ce dernier n'admet-il pas une classe entière sous
« le nom de scrofulides. »
Il est vrai de dire que M. Hardy admet une classe de scro-
fulides, mais il la réduit à quelques affections malignes, au lu-
pus, tandisqu'il en rejette toutes les affections superficielles,
eczémateuses et autres, qui ne sont pas les moins nombreu-
ses ni les moins importantes. D'où il résulte que si quelque
progrès a été réalisé dans cette partie de la science, c'est à
moi seul qu'il appartient d'en revendiquer tout l'honneur.
42 riEUXIÈME LEÇON.
Je n'ai pas seulement reconstitué la scrofule, j'ai introduit
dans la thérapeutique des affections cutanées scrofuleuses
deux médicaments nouveaux: le chlorhydrate de baryte
qui, malgré le dire de M. Monneret, rend d'incontestables ser-
vices dans le traitement des scrofulides bénignes exsuda-
tives, et l'huile de noix d'acajou, que l'on peut aujourd'hui
considérer comme un des agents les plus utiles dans le trai-
tement local des scrofulides malignes.
De tout ce qui précède, je suis en droit de conclure que si
mes leçons sur la scrofule n'ont pas su plaire à M. le pro-
fesseur Monneret, ce que je regrette sincèrement, il ne s'en-
suit pas pour cela qu'elles ne contiennent rien de nouveau,
ainsi qu'il a cru devoir l'avancer.
3™' Point. Les affections cutanées de nature scrofuleuse
ont des caractères propres à les faire reconnaître.
Mettons de côté les scrofulides malignes. Il est aujour-
d'hui généralement admis que le lupus est une affection
scrofuleuse, que l'impétigo, l'ecthyma et le rupia sont éga-
lement, dans certaines circonstances, des ir anifestations de la
scrofule : il n'y a doute que pour le groupe des scrofulides
bénignes.
Sur ce sujet trois opinions sont en présence :
1° Pour les localisateurs, parmi lesquels nous placerons
M. Monneret, les scrofulides superficielles n'ont pas de ca-
ractères distincts. Ce sont des maladies purement locales, ou
plutôt de simples complications.
2" Elles sont le produit d'une diathèse; mais celte diathèse
n'est pas la scrofule. M. Hardy les considère comme des dar-
tres modifiées par le terrain ou le tempérament.
3" Enfin, ce sont des affections symptomatiques de la scro-
fule; elles ont des caractères propres^ et qui permettent d'en
établir le diagnostic.
Examinons chacune de ces opinions :
A. Ce sont des maladies locales, de simples complications. —
Singulières complications, en vérité, qui se rencontrent neuf
fois sur dix, qui existent ensemble, qui' offrent dés relations
RÉPONSE A M. MONNERET. 43
évidentes entre elles, qui se succèdent dans un ordre cons-
tant, se montrent à une période toujours la même, qui plus
tard disparaissent pour faire place à des manifestations plus
avancées de la maladie constitutionnelle! — Singulières com-
plications, enfin, qui toutes réclament aux mêmes titres les
moyens thérapeutiques reconnus utiles contre la scrofule à
son début.
M. Lebert, imbu des doctrines organopathiques, n'a vu
partout que des maladies locales, et poussant la méthode ana-
lytique à ses dernières limites, il a méconnu les rapports des
affections et le principe commun qui les domine et les relie
entre elles. — Tout en reconnaissant la valeur des données
anatomo- pathologiques dont il a doté la science, je ne puis
trop déplorer l'erreur quia conduit un esprit d'un ordre aussi
élevé à démembrer une entité morbide aussi distincte que la
scrofule.
B. Les scrofulides superficielles, dit M. Hardy, ne sont
que des dartres survenues chez des sujets scrofuleux.
Et pourtant notre collègue admet que ces dartres présen-
tent des caractères spéciaux assez marqués pour les différen-
cier des autres affections du môme ordre et qu'elles exigent
un traitement anti-scrofuleux. Voici des dartres assurément
bien transformées, bien peu semblables à elles-mêmes I
Mais qui leur a fait perdre ainsi le cachet de leur première
origine? M. Hardy va nous l'apprendre. Le terrain et la
constitution, dit-il^ ont le pouvoir de modifier les dartres ;
c'est en agissant sur le terrain qu'on arrive à les guérir. A
quoi je répondrai simplement : A-t-on vu jamais le tempé-
rament et la constitution modifier les syphilides au point de
les rendre méconnaissables I Suffît-il, pour les faire dispa-
raître, de changer la nature du terrain oij elles ont pris
naissance ! Nul n'oserait le soutenir. Que deviendrait la pa-
thologie, je vous le demande, si chaque affection pouvait
ainsi se dépouiUer, suivant les cas et les organisations, des
caractères originels qui la distinguent I
• A l'appui de ce qui précède je vous citerai le fait suivant:
44 T)ErXlftME LEÇON.
Il y a quelque temps^ M. Hardy avait institué un traitement
mercuriel contre une scrofulide qu'il avait cru devoir consi-
dérer comme une syphilide. Voyant que son malade se trou-
vait fort mal de ce genre de médication, il dut abandonner
le mercure pour en venir aux anti-scrofuleux,etle malade ne
tarda pas à guérir. Ce fait était significatif. Mais croyez-
vous que M. Hardy en fut pour cela tenu à confesser son
erreur ? Pas le moins du monde. Si la médication anti-
syphilitique avait éolioué, nous dit-il, c'est qu'il fallait tout
d'abord modifier le terrain, et ce résultat une fois obtenu au
moyen des anti-scrofuleux, la manifestation syphilitique
n'ayant plus de raison d'être, dut disparaître spontané-
ment I
J'ai dit que M. Hardy avait méconnu les rapports des
affections. L'observation nous montre, en effet, que les scro-
fulides bénignes et les scrofulides malignes coexistent sou-
vent sur le même sujet. Vous en avez sous les yeux un bel
exemple, au n" 30 du pavillon Saint-Mathieu, sur un indi-
vidu qui présente à la fois de l'impétigo des narines et une
scrofulide ulcéreuse du poignet.
De plus, il n'est pas rare de voir une scrofulide bénigne se
transformer in situ en scrofulide maligne, et il est impos-
sible d'admettre que l'affection a été dartreuse pendant la
première moitié de sa durée, et scrofuleuse pendant la se-
conde.
M. Hardy répond en disant qu'il y a eu erreur de dia-
gnostic. Gela est facileàdire; mais cela ressemble assezà une
fin de non-recevoir. L'eczéma impétigineux, l'impétigo, qui
dans aucun cas ne laissent de cicatrices, sont faciles à re-
connaître, même pour les médecins peu exercés, et il est im-
possible de les confondre avec une scrofulide maligne à son
début.
G. Il me reste à vous démontrer que les scrofulides bé-
nignes ont des caractères propres.
Gomme je viens de vous le dire, ces affections sont, dans
la majorité des cas, les premières manifestations delà scro-
nÉro.Nsi; a m. monneret. 45
ftile; elles disparaissent spontanément dans les dernières
périodes de la maladie constitutionnelle. Leur existence est
à peu près constante, et elles ne manquent guère que dans
la forme fixe primitive. Un de leurs caractères les plus im-
portants est de s'accompagner d'un engorgement des gan-
glions qui correspondent à la région où elles siègent, engor-
gement qui n'est que sympathique, et qu'il faut bien se gar-
der de confondre avec les écrouelles ; il en diffère en ce qu'il
dépend d'une manière évidente de la scrofulide, et disparaît
quand celle-ci est guérie. Les scrofulides bénignes ont une
prédilection marquée pour la tête ; elles ne s'accompagnent
que de faibles démangeaisons^ à moins qu'il y ait complica-
tion de parasites animaux ou végétaux ; elles guérissent sans
cicatrices; elles coïncident souvent avec des kérato-conjonc-
ti\ites, qui sont des manifestations de la même période.
Enfin il y a pour chacune d'elles en particulier des caractères
spéciaux que j'ai longuement exposés dans mes leçons sur la
scrofule, auxquelles je renvoie ceux d'entre vous qui auraient
le désir d'en faire une étude approfondie.
Un dernier caractère de ces affections, c'est de guérir par
les antiscrofuleux. On pourra m'objecter qu'elles ont pu dis-
paraître sous l'influence des arsenicaux (Bouchut) ; mais, à
mon avis, il n'y a pas là une véritable guérison, et j'ai sou-
vent été appelé à donner des soins à des malades chez les-
quels la disparition d'une scrofulide bénigne sous l'influence
de l'arsenic avait hâté la marche de la maladie constitution-
nelle, et amené des manifestations plus profondes et plus
graves rie la scrofule.
<-rx:.B-
TROISIÈME LEÇON.
Messieurs,
Dans cette troisième leçon, je vais vous entretenir des ob-
jections que l'on a faites à mes classifications dermatologi-
ques, et vous démontrer combien ces objections sont peu
fondées et soutiennent peu un examen sérieux.
Vous connaissez tous le principe de ces classifications qui
reposent sur les notions de pathologie générale que je vous
ai exposées, c'est-à-dire sur la distinction de la maladie, de
l'affection, du symptôme et de la lésion.
Pour moi, il n'y a pas de maladies de la peau ; il n'y a que
dès lésions et des affections cutanées.
Quand un malade se présente à moi, j'ai trois problèmes à
résoudre : je recherche successivement la lésion élémentaire,
l'affection générique, et enfin la nature de l'affection. Cela
m'a conduit à donner deux classifications parallèles.
La première qui comprend tous les symptômes organiques
de la peau, aussi bien les lésions élémentaires primitives
que les lésions consécutives, se divise en taches, boutons^
EXFOLIATIONS, ULCÈRES ; c'est par elle qu'on arrive à la con-
naissance du genre.
La seconde rattache l'affection générique, une fois connue,
aux différentes maladies dont elle peut dépendre. Cette der-
nière partage les affections spéciales de la peau en deux
classes : l'une comprenant les affections cutanées en voie
d'évolution, l'autre les difformités ou affections cutanées
arrêtées dans leur évolution. La première classe, de beaucoup
SUR LES CLASSIFICATIONS DERMATOLOGIQUES. 47
la plus intéressante pour le praticien, est divisée en deux
ordres: affectioiis de cause externe, affections de cause in-
terne. Chacun de ces ordres comprend lui-même plusieurs
sections sur lesquelles je n'insisterai pas davantage, me con-
tentant de vous renvoyer à mon traité delà scrofule, oii vous
trouverez ces classifications avec tous les détails que jene puis
vous rappeler ici.
Arrivons donc immédiatement à l'argumentation de mes
adversaires et commençons parles attaques contre ma clas-
sification des symptômes organiques de la peau.
« L'objection capitale, dit M. Hardy, que nous ferons à la
doctrine de M. B^zin, c'est d'avoir créé une pathologie générale
à lui, pathologie qui n'est ni celle de Paris, ni celle de Montpel-
lier. » (Leçons sur la scrofule et les scrohilide?, et sur la syphilis
et les syphilides, page 11).
L'objection ne me paraît pas aussi capitale qu'à M. Hardy ;
si je ne me trompe, on me reproche d'avoir négligé les erre-
ments de deux écoles célèbres pour ce que je crois être
l'expression de la vérité. Est-ce à dire qu'il n'y a point de
salut hors de Paris ou de Montpellier, et la médecine est-elle
condamnée à ne jamais sortir du cercle de ces deux doctri-
nes ? je suis trop ami du progrès pour le croire, et je pense
qu'il importe peu qu'on soit de Paris ou de Montpellier; ce
qui importe au contraire beaucoup, c'est de ne pas dire qu'on
vient de chez soi quand on vient de chez le voisin. Or, je me
propose de vous faire voir que M. Hardy n'est pas, sous ce
rapport, à l'abri de tout reproche. Les preuves de ce que j'a-
vance abondent dans sa nouvelle publication :
1° M. Hardy ne veut pas de ma classification des lésions
cutanées élémentaires. Il prétend qu'en voulant simplifier,
j'ai trop confondu, et que du reste mes quatre classes ne sont
pas toutes admissibles. Je soutiens, moi, au contraire, que
cette classification est àla fois très commode et très pratique ;
qu'elle facilite et abrège le travail, et conduit par la voie la
plus sûre au diagnostic du genre. Et, en effet, ce qui frappe
48 THOISIÈME LEÇON.
de suite l'observateur, c'est l'aspecl et la forme de la lésion ;
et, ce qu'il doit rechercher tout d'abord, c'est de savoir s'il se
trouve en présence d'une tache^ d'un bouton, d'une exfolia-
tion, d'un ulcère. Supposons une tache, par exemple; cette
tache, une fois reconnue, il aura à rechercher si elle est for-
mée par du sang' ou par de la matière pigmentaire. Est-elle
formée par du sang'?si elle disparaît sous la pression du doigt
pour reparaître immédiatement après, ce sera une tache hé-
maleuse intra-vasculairc, qui pourra être congestive ou in-
flammatoire; si elle persiste malgré la pression, ce sera une
tache hémateuse extra-vasculaire (pétéchie, purpura). Quoi
de plus simple ! de môme pour les taches pigmentaires ; y
a-t-il une plus grande proportion de pigment qu'à l'état nor-
mal ?ce sera une tache pigmentaire hvperchromateuse (éplié-
lides, nigritie, mélasma). Y a-t-il moins de pigment ?ce sera
une tache pigmentaire achromateuse (achromie vraie, pelade) ;
enfin le pigment est-il disposé irrégulièrement, de manière
à ce qu'il y ait certaines parties complètement décolorées, et
d'autres plus foncées ? on aura affaire à une tache pigmen-
taire dyschromateuse (vitiligo).
M. Hardy veut bien, h la rigueur, accepter ma première
classe des taches! mais est-il donc plus difficile de voir si un
bouton est séreux ou s'il est purulent, s'il est hypertrophique,
ou parasitaire ? il ne faut pas avoir étudié longtemps la derma-
tologie pour faire ce facile diagnostic?
M. Hardy repousse le mot exfoliation\)RTce que, dil.-il, le
sens grammatical est produit foliacé] or l'acné sébacé ne
présente pas de feuillets ! je ne suis pas abusé par ce purisme
outré de mon excellent collègue, dont l'objection me semble
puérile et ne sert qu'à déguiser l'origine de sa classification,
qui est tout à fait calquée sur la mienne. Voyez plutôt.
u Comme ces huit formes élémentaires (celles de Willan) ne
renferment pas toutes les formes, nous avons ajouté les quatre
suivantes : 9° taches hématiques, 10* excroissances; 11" produits
exagérés des sécrétions cutanées, sébacées et sudorales; 12* les
productions parasitaires. » (Hardy, loco cit., page 2).
SLK LES CLASSincATlOlSS DEliMA lOLOGIQUES. 49
Qu'avais-je dit? j'avais modilié la classilicatioii de Willan,
précisément parce qu'elle ne contenait pas toutes les lésions
cutanées élémentaires, par exemple : l'hypertrophie crypteuse,
les tumeurs de la peau grosses comme des tomates (mycosis
fongoïdes) que l'on ne peut ranger dans les tubercules, le
furoncle, l'abcès dermique, le godet faviquc (Cours de sé-
méïotique cutanée, pages 13 et 'J6. Paris, I80G). 11 est facile
devoir qu'avec des noms un peu différents, la classification
de M. Hardy ressemble beaucoup à la mienne.
Il est vrai qu'à ce classement AVillanique, complété par
l'addition de nouvelles lésions élémentaires, j'ai encore
ajouté une quatrième classe de lésions consécutives, les
ulcères, et même une classe supplémentaire composée des
cicatrices.
M. Hardy critique ma classe des ulcères, qui ne sont pas,
dit-il, deslésions élémentaires primitives, maisla conséquence
d'autres lésions.
Cette objection. Messieurs, est plus spécieuse que solide.
S:uis doute ma classification des symptômes organiques delà
]ieui comprend des lésions consécutives; mais pourquoi n'en
coinpi'eiidrait-cllc pas? est ce que les lésions cor);écutives ne
Gont pas des symptômes aussi bien que les lésions primitives,
et des synqitômes qui frappent tout d'abord l'observateur, et
dont il a besoin de connaître la signification pour arriver au
diagnostic : 1" de la lésion élémentaire; 2" de l'affection gé-
jiérique?
Tout classement doit être considéré comme un guide pour
le diagnostic. Quel est le but de notre classification séméïoti-
que? c'est de conduire au diagnostic delà lésion élémentaire
et du genre par la voie la plus simple et la plus sûre. Quel
est le but de la classification de Willan, qui ne comprend que
des lésions primitives ? c'est de nous mener au diagnostic de
la lésion primitive, à la période d'état, ou ce qui revient au
môme à la forme générique (eczéma, impétigo, lichen, etc) ;
classement important pour un Willaniste, mais qui n'est d'au-
cune valeur pour un Alibertiste. Est-ce qu'Alibcrt nous a
50 TROISIÈME LEÇON.
donné une classification des lésions primitives ? assurément
non. Et ne voyez-vous pas que, dans le livre de M. Hardy, ce
classement des lésions élémentaires constitue tout simple-
ment un liors-d'œuvre ou une superfétation ? En effet, quel
besoin peut-il en avoir pour arriver au diagnostic de son
eczéma, qui débute tantôt par des vésicules, tantôt par des
pustules, tantôt par des papules, et d'autres fois par des
squammes ?
2" M. Hardy réclame pour lui la création du mot scrofu-
lide : « J'ai fait encore, sous le nom descrofulides, une classe
« des affections scrofuleuses, qui peuvent se présenter sous
M diverses formes élémentaires, comme les syphilides, mais
« conservanttoujours des caractères communs qui impriment
« à ces éruptions un air de famille (Hardy, dartres, scrofuli-
(( des, syphilides, 1860, p. XII.)
M. Hardy devrait se rappeler une petite brochure sur
l'acné varioliforme que j'ai publiée en 1851, c'est-à-dire neuf
ans avant que ses leçons sur la scrofule eussent paru, et dans
laquelle le terme de scrofulide est créé pour désigner les
affections cutanées qui sont sous la dépendance de la scro-
fule.
Du reste, dans sa dernière publication, mon honorable
collèguo rabat un peu de ses prétentions en disant:
(( M. Bazin et moi, toics deux à peu près en même temps,
« nous avons donné le nom de scrofulides aux manifestations
(( de la scrofule sur la peau.» Il faut espérer que, dan s les pro-
chaines éditions, M. Hardy fera encore un pas vers la vérité
et me rendra complètement ce qui m'est dû.
3° Dans le classement des syphilides, j'ai critiqué la mé-
thode de Willan, parce que je trouve irrationnel de prendre,
pour base de ce classement, la lésion élémentaire seule. On
arrive à rapprocher ainsi des syphilides qui apparaissent h.
des phases très différentes delà maladie. J'ai établi qu'il y
avait grand avantagea prendre, pour principe de classifica-
tion de ces affections, l'ordre de leur évolution : J'ai donc
divisé les syphilides comme il suit :
SUR LES CLASSIFICATIONS DERMATOLOGIQUES. Ol
A Syphilides résolutives exanthématiques , lesquelles ont
pour caractère d'apparaître les premières, de suivre presque
immédiatement ou d'accompagner l'accident initial. On re-
marque souvent avec elles les phénomènes généraux qui
annoncent l'invasion des fièvres éruptives. Elles sont exan-
thématiquesdans le sens qu'Alibert donnait à ce mot, c'est-à-
dire qu'elles sont généralisées et ne s'ulcèrent pas.
B. Syphilides résolutives circonscrites. Leur caractère est
de se limiter aune partie du corps, de venir plusieurs mois,
quelquefois plusieurs années après l'accident initial, et
de se terminer par résolution, tout en laissant une cica-
trice.
G. Syphilides ulcéreuses, survenant à une époque encore
plus avancée, excepté dans la forme maligne, oîi elles peu-
vent se montrer peu de temps après le chancre.
Que fait M. Hardy ! il rejette également la classification
d'après la lésion élémentaire, qu'il avait adoptée dans sa pre-
mière édition, avant d'avoir lu mon livre, et pense que l'âge de
la maladie est un meilleur principe de classement. Seulement
pour déguiser un peu lorigine de cette idée qui n'est pas
sienne, il change les mots et dit : syphilides précoces, syphi-
lides intermédiaires, syphilides tardives.
Vous voyez que mon savant collègue pratique, avec la
meilleure foi du monde et sans s'en apercevoir, le système
de l'appropriation. Il trouve mon langage difficile à com-
prendre (page H); il n'est que trop compréhensible pour
lui I
D'ailleurs, je suis loin de m'en plaindre; car c'est pour
moi la meilleure preuve que M. Hardy, dont vous connaissez
tous le talent, puisse me donner de l'excellence et de la vérité
de mes idées.
M. Hardy repousse ma définition de la maladie; il me re-
proche de n'avoir considéré les maladies de peau que
comme des éruptions symptomatiques, secondaires, variant
de nature suivant leur cause, de n'avoir pas admis, en noso-
logie cutanée, des espèces fixes, bien déterminées, comme
52 TllOISlÈME LEÇON.
l'eczéma, et enfin de ne pas tenir compte du terrain pour
expliquer les différences des affections. En attendant, il éta-
blit de fait une différence entre l'affection et la maladie,
puisqu'il n'admet pins que les difformités soient des mala-
dies.
Mon savant collègue, aprè.5 avoir critiqué ma classification,
annonce qu'il a médité longtemps sur ce sujet, que lui au>si
a proposé sa classification, et que finalement il pense qu'il
est sage de ne pas s'arrêter à une classification purement
dermatologique, faite exprès et uniquement pour les maladies
cutanées.
Je répondrai à M. Hardy qu'il y a longtemps que je répète
sur tous les tons que trouver une bonne classification des
maladies de la peau est un problème impossible, et pour une
bonne raison, c'est qu'il n'y a pas de maladies de la peau ; il
n'y a sur la peau que des symptômes et des affections spé-
ciales.
M. Hardy abandonne donc l'idée de toute classification der-
matologique. Les maladies de peau rentrent pour lui dans le
classement des maladies des autres organes ; elles n'ont rien
dé spécial. Il admet des maladies idiopathiques et des mala-
dies symptomatiques.
Symptomatiques de quoi? d'une autre maladie ; alors ce
n'est plus une maladie, c'est un symptôme.
J'en ai fini. Messieurs, avec les objections que l'on a adres-
sées cl ma classification des lésions cutanées, considérées
comme symptômes. Je passe de suite aux attaques dirigées
contre ma classification des affections spéciales de la peau :
(( Qu't'St-cc donc qu'âne classificaîion? Un ensemble mélhodique
(le iiKiladies où tout se lie et s'encliaîne, de manière que l'esprit
soit tout d'abord frappé des liens qui rattachent entre elles toutes
les maladies, liens qui se présentent à l'esprit de telle manière que
le souvenir en soit facile. »
« Or, voici deux grandes classes. Dans Tune se trouvent les
affections de la peau en voie d'évolution ; dans l'autre les affec-
tions de la peau arrêtées dans leur évolution, stationnaires; la pre-
SLR LES CLASSIFlCATIOiN'S DERMATOLOGIQUES. o3
mière comprend tout ce qui constitue réellement la pathologie de
la peau, toutes les affections cutanées que le médecin est appelé à
traiter; dans l'autre, au contraire, on ne trouve que les macules,
les états hypertrophiques ou atrophiques, le plus souvent congéni-
taux, à regard desquels la médecine est à peu près muette en ce
qui concerne les moyens curatits ! »
« On en conviendra; le choix de ces deux grandes classes n'est
pas heureux. »
« Dans la première classe, se trouvent deux ordres : affections
de cause externe ; affections de cause interne, et comme bon
nombre de maladies peuvent se développer sous l'influence des
deux causes, cette division n'apprend que fort peu de chose à l'é-
lève et ne laisse rien dans l'esprit ; ajoutons qu'elle conduit forcé-
ment à des répétitions dans les descriptions »
Devergie, {Traité pratique des maladies de la peau. 3° édition
page 65.)
« C'est à Ilippocrate qu'il faut rapporter cette distinction f(inda-
mentale et si éminemment pratique des affections cutanées en
celles qui proviennent d'une cause externe et celles dites sponta-
nées qui proviennent d'une cause interne. »
Gibert, [Traué des maladies delà peau, 3'^ édit. page 5.)
« M. Bazin ne s'est pas disculpé, suivant nous, du reproche d'a-
voir pris dans Lorry ses divisions générales des affections cuta-
nées. »
Legrand du Saulle [Gazette des hôpitaux).
M Lorry divisait, comme M. Bazin, les maladies de peau en
maladies provenant d'une cause interne et maladies provenant
d'une cause externe. »
Hardy, [Leçuns sur les maladies de la peau, page 8.)
Vous le voyez, Messieurs, voilà des attaques qui ne se res-
semblent guère ; tandis que M. Devergie soutient que ma clas •
siflcatioii n'est pas pratique, et qu'elle ne laisse rien dans
l'esprit des élèves, les autres la trouvent très bonne, mais en
attribuent l'honneur soit à Hippocrate, soit h Lorry.
4
54 TROISIÈME LEÇON.
La vérité est qu'elle est excellente^ et que seul je puis en
revendiquer l'idée en toute conscience.
Gomment! ce n'est pas une classification pratique que celle
qui sépare les affections en voie d'évolution des difformités ?
Ce n'est donc rien pour le médecin, de savoir que, dans un
cas, il a tout à faire au point de vue de la thérapeutique, et
que, dans l'autre, les moyens médicaux sont tout à faitim-
puisssants?!! me semble que sil'épithètejor^^f^i^e peut être
appliquée à quelque chose, c'est bien à cette division, la
question thérapeutique devant primer toutes les autres. C'est
sans doute de sa propre classification ou plutôt de son mode
de groupement des maladies, puisqu'il n'ose donner à son
essai le nom de classification, c'est, dis-je, de son groupement
de maladies que M. Devergie a voulu parler, en disant qu'il
ne laisse rien dans l'esprit des élèves. Trouve-t-il qu'à l'as-
pect de ses groupes, resprit soit tout et abord frappé des
liens qui rattachent entre elles les différentes maladies ? Pour
ne prendre que son premier groupe, M. Devergie ne sait-il
pas queTurticaire, l'érythème ne sont pas toujours des affec-
tions exanthématiques, que l'érythème peut être encore arti-
ficiel ou parasitaire, que l'urticaire peut être pathogénéti-
que, etc.?
La division de ma première classe en deux ordres a égale-
ment son importance au point de vue du pronostic et de la
thérapeutique; et l'on est immédiatement frappé d'une chose,
c'est que les affections de cause externe, telles que celles qui
résultent de frictions irritantes, de la présence de parasites
animaux ou végétaux, etc.. guérissent par des moyens sim-
ples, c'est-à-dire quand on fait cesser la cause efficiente de la
maladie, cause qu'il nous est toujours facile d'atteindre.
Sublatâ causa, tollîtur effectus.
Les affections cutanées de cause interne, au contraire, ne
sont modifiées avec succès que par une médication à la fois
externe et interne; leur durée n'est pas comparable à celle des
affertiong du premier onlre.
SUR LES CLASSIFICATIONS DERMATOLOGIQUES. S5
M. Devergie m'objecte qu'il esL des affections qui peuvent
naître sous l'influence d'une cause interne et d'une cause
externe simultanément. C'est vrai ; mais ces deux ordres de
causes n'ont pas la même importance dans la production de
la maladie. L'une est la cause efficiente, l'autre n'est que la
cause occasionnelle^ ou instrumentale, ce qui est bien difie«
rent, comme vous allez le voir :
Qu'un scrofuleux reçoive un coup sur le genou, ce coup
pourra devenir le point de départ d'une tumeur blanche. Est-
ce une raison suffisante pour ranger la tumeur blanche
parmi les lésions traumatiques? évidemment non, car le trau-
matisme n'a été là que la cause occasionnelle ; il n'a fait
qu'éveiller les manifestations de la maladie constitutionnelle
sous l'influence de laquelle était le malade, de la scrofule en
un mot, qui est la véritable cause de l'affertion articulaire.
Selon M. Gibert,la division des maladies de la peau en ma-
ladies de cause externe et maladies de cause interne serait
due à Hippocrate. Jene chercherai pas, Messieurs, à infirmer
cette assertion du savant dermatologiste, mais je veux vous
mettre en garde contre le rapprochement qui pourrait être
fait de cette division ancienne des maladies par les causes avec
notre division des affections cutanées. La première est une
division purement étiologique ; la nôtre entraîne avec elle
une distinction de nature et une spécialité de syin[)Lômcs.
Rendons cela plus clair par un exemple, et prenons cet exem-
ple dans l'affection de peau qu'on appelle eczéma. Eh bien,
que l'eczéma soit de cause externe ou de cause interne, c'est
toujours la môme affection. Il n'y a là, pour les dermatolo-
gistes, qu'une seule et même maladie toujours identique à
elle-même, quelle qu'en soit la cause; pour nous, au contraire,
les eczémas de cause externe, comme reczéma psorique,
celui dû à des frictions d'huile de crolon, et les eczémas do
cause interne, le scrotuleux, le dartreux, etc., sont autant
d'espèces différentes, traduisant chacune sur la peau, par d( s
caractères objectifs particuliers, une entité morbide distincte.
Cette dernière division, remarquez-le bien, est la seule dont
S6' TROISIÈME LEÇON .
on puisse dire qu'elle est fondamentale ^i éminemment pra-
tique.
Ai-jepris, dans Lorry, l'idée de mes divisions générales des
affections cutanées ? nullement.
Lorry, que j'ai lu et relu beaucoup plus souvent que mes
honorables adversaires et dont je ne saurais trop vous con-
seiller la lecture, parcequ'il contient d'excellentes choses,
Lorry divise, il est vrai les maladies de la peau en deux
classes :
Prima j^ars eorum erit affectuum^ qui intus et in generali
corporis systeniate enati ad culem feruntur^ etc , altéra
vero opeins nostri parte eos exequemur affectas qui in ipsâ
cute qenerantur^ tanquam in nidopaterno. (Lorry, de Morlm
cutaneis, pag. 165 et 166).
En se bornant à la lecture de ces deux phrases, comme
l'ont probablement fait mes honorables adversaires, on peut^
avec un peu de bonne volonté, y retrouver ma division ; mais
il n'en est plus de même si l'on va plus loin, si Ton parcourt
rénumération des affections décrites dans les deux parties.
Je ne dirai rien de la gale ou de la teigne qui se trouvent
dans la première partie; à l'époque de Lorry, ollos étaient
considérées comme de cause interne. Mais dans la seconde
partie, je vois figurer la gutta rosea et Vaurium huniiditas
prœternaturalis, reconnaissant pour causes, selon Lorry lui-
même, la première la suppression des menstrues, des hémor-
rlioïdes,et lu deuxième une lymphe trop abondante^ une noiii'-
riture excessive, etc. ; preuve certaine que Lorry avait pris
pour base de sa deuxième classe, non la cause externe, comme
je l'ai établi, mais le vice de la peau, congénital ou acquis,
d'origine externe ou interne.
Pour les affections de cause externe, j'ai admis deux sec-
tions : l'une formée des affections déterminées par une cause
physique ou mécanique, l'autre comprenant les affections
provoquées (action non immédiate).
M. Devergie no (;(jm|)feui pa? bien « la nuance qu'il y a outre
une affection provoquée [«.n auu ciuioc luccaimpio ou physique et
SUR LES CLASSIFICATIONS DERMATOLOGIQUES. 37
une affection provoquée directe. Dans la première section, dit-il,
on effet, je trouve placé l'érylhème du premier degré de la brû-
lure, (action du calorique), et, dans la seconde, l'éryllième déve-
loppé par l'action du soleil ! Que ce soit le caloriijue artilicielle-
inent développé ou le calorique émané du soleil, n'est ce pas là
une cause du même genre, une cause physique, et dès lors pour-
quoi deuk' sections distinctes pour classer ces maladies ? » (p. 6Zi).
Je n'ai isima.h Alt provoquée par une cause mécanique,
mais bien déterminée, cq qui est bien différent. Si mon savant
collègue ne me comprend pas, ce n'est certes pas faute d'expli-
cation. Je le renvoie à la première page de mes leçons sur les
affections cutanées artificielles :
« Je partage les affections cutanées de cause externe en
« deux sections :
« r Les unes sont produites par une cause mécanique ou
« physique; l'action est immédiate, instanta*née, et les tissus
(( vivants passent sans transition de létat de santé à l'état de
« maladie ; la lésion infligée à la peau a lieu sur place, d'une
« manière entièrement passive; la réaction n'est pas obligée
« ou ne survient que plus tard, et comme effet consécutif;
« 2" Les autres sont provoquées ou artificielles; l'action
« n'est plus immédiate, et un intervalle de temps variable
« s'écoule entre l'application de la cause et l'effet qui en doit
« résulter. Tout d'abord on ne constate rien d'appréciable ;
« puis la réaction arrive et Téruption se manifeste. Cette pé-
(( riode de silence complet est assez comparable à la période
(( d'incubation des fièvres éruptives. C'est une sorte de vibra-
(( tion imprimée à l'organisme, et qui ne s'arrête qu'au phé-
« nomène morbide. »
Je reprocherai à M. Devergie de ne pas s'être donné la,peine
d'examiner plus attentivement les points sur lesquels il m'ar-
gumente. Sans doute l'érythème de la brûlure et l'érythème
solaire ne diffèrent pas assez pour qu'on les sépare; aussi
n'ai-je jamais eu l'intention de les mettre dans deux classes
différentes. Si mon honorable collègue veut bien de nouveau
S8 TROISIÈME LEÇON.
jeter un coup d'œil sur mon tableau des affeclions spéciales,
il verra que j'ai dit:
1" section, paragraphe 3, calorique : tous les degrés de la
brûlure depuis l'éry thème et le coup de soleil jusqu'à l'es-
charre.
2* section. paragraphe i,circumfusa,applicata'.Yi\ihêYidiQ;?,.
M. Devergle en est-il à confondre l'érythème solaire avec
l'éphélide *? Ce sont pourtant deux affections bien distinctes :
La première est une véritable brûlure au premier et même
au second degré. Elle s'accompagne d'une sensation de chaleur
et de cuisson, et est suivie d'exfoliation. Sa durée n'est que
de quelques heures à quelques jours. Dans quelques cas il y
a production d'accidents nerveux qui peuvent être assez vio-
lents pour entraîner la mort.
La seconde n'est qu'une affection dyschromateuse. Elle est
due, autant à la'lumière qu'à la chaleur solaire. Elle ne s'ac-
compagne d'aucune démangeaison et disparaît avec l'hiver
pour revenir en été. Elle est tout à fait sans gravité.
« Si nous passons en revue les huit sections du second ordre,
nous vrnons qjie les sept premières satisfont l'epprit h prennère
vue, niais elles ne sont piis exemptes de reproches. Pourquoi l'é-
ruption roséoleuse est-elle distraite des éruptions exanthémaliques?
Counnent le penjphigus est il rangé dans les pseudo-exanthèmes?
S'il est vrai qu'il ait sa iorine aiguë et son évolution succe^ive et
régulière dans certains cas, il est loin de présenter toujours, et
même le plus souvent, ces caractères. >•
Je suis heureux de voir M. Devergie m'accorder que huit
de mes sections satisfont l'esprit à première vue. C'est déjà
quelque chose.
Pourquoi l'éruption roséoleuse est-elle distraite des érup-
tions exanthématiques ?
La raison en est bien simple ; c'est que les pseudo-exan-
thèmes dans lesquels j'ai rangé la roséole, sont bien différents
des vrais exanthèmes. Pout-on, en effet, comparer la roséole,
maladie sans aucune espèce de gravité, et qui n'est même pas
SUR LES CLASSIFICAIIONS DEKMA rOLOGIQUES. 59
toujours précédée de phénomènes généraux, à la scarlatine,
à la rougeole, à la variole dont l'évolution est si régulière,
que l'on peut dire à jour fixe quel symptôme doit se produire,
qui s'accompagnent toujours de symptômes variés du côté des
différents appareils, enfin dont le pronostic doit toujours être
réi:ervé, même dans les cas les plus bénins en apparence ?
M. Devergie me reproche d'avoir rangé le pemphigus dans
les pseudo-exanthèmes, en donnant comme raison qu'il est
loin de présenter toujours la forme aiguë, ainsi qu'une évo-
lution régulière et successive.
Je n'ai jamais dit le contraire, et je suis loin d'admettre,
comme le dit M. Devergie, que le pemphigus soit toujours
un pseudo-exanthême, et dépende dans tous les cas de la
môme maladie. Il y a un pemphigus des enfants, une fièvre
huileuse, un pemphigus des vieillards .et pour moi ce sont
des affections n'ayant de commun que la lésion élémentaire,
la bulle. Encore est-il vrai de dire qu'il y a des différences
importantes, dans la bulle du pemphigus, suivant la nature
de l'affection que l'on considère -.dans le pemphigus arthri-
tique aigu, les bulles sont inégales et irrégulières ; à l'état
chronique, elles sontconftuentes et groupées sur des surfaces
érysipélateuses, inégales, ne dépassant jamais le volume
d'une noix, remplies d'un liquide séro-purulent, qui se con-
crète en croûtes d'un brun jaunâtre. Dans le pemphigus
dartreux aigu, les bulles sont arrondies et bien circonscriies;
à l'état chronique, elles se montrent d'emblée sur une partie
de peau qui conserve sa coloration normale, et sont à peine
entourées d'une légère auréole rosée ; le liquide qu'elles ren-
ferment est toujours séreux. Les bulles ont des parois minces
et se crèvent peu de temps après leur apparition. Ces diffé-
Tences vous montrent assez qu"il n'y a pas de rcpélitions en
classant le pemphigus tantôt dans les pseudo-exanthèmes,
tantôt dans les arthriiides, tantôt dans les herpétides.
« Qu'est ce que celle scclion des affecUons phlegmasiques et
qu'est-ce que la section des éiuplions fébriles, exanthémateuses
GO 1 p,oisii:me i.eçon.
et pseudo-exanthématauses ne comprepani pas uniquement des
phlegmasies?
« D'ailleurs l'érysipèle, qui, à lui seul, représente cette section
phlegmasique, n'est il pas, dans les 99/100 des cas, une éruption
syniptomatique et non pas une phlegmasie franche, locale?
Symptomatiqiie de quoi ? M. Devergie oublie de nous le
dire. Il est toujours imbu de cette idée, que toutes les affec-
tions cutanées sont des phlegmasies. Il fait toujours la même
confusion de la phlegmasie véritable avec l'état congestif ou
inflammatoire, qui du reste n'est que secondaire dans la plu-
part des affections que nous considérons. Tout le monde sait
que certaines affections peuvent s'accompagner d'un état
inflammatoire sans être des phlegmasies. Le travail inflam-
matoire, qui se développe autour des tubercules et des can-
cers, n'est pas une phlegmasie. De môme, dans la fièvre
typhoïde, il ne vient plus à personne l'idée d'appeler phlegma-
sie l'état inflammatoire des follicules de l'intestin grêle.
« Si nous prenons le genre herpétides, nous y trouvons sous
le nona à'herpétides pseudo-exanthématigues , la roséole, l'urti-
caire, le zona, le pemphigus, qui composaient la quatrième sec-
tion, et ainsi de suite pour toutes les autres maladies : de sorte
que si le lecteur veut bien jeter un coup-d'œil sur toutes ces divi-
sions, il verra le pemphigus entrer dans six divisions distinctes de
maladies; l'eczéma dans trois, et il pourrait être dans cinq divi-
sions, car il existe des eczémas scrofuleux et syphilitiques, Téry-
thème morcelé en cinq autres parties ; le chancre sy[)hililique
figurant comme phénomène local dans les affections de cause di-
recte, et dans les syphilides comme affeclion propre, de sorte qu'à
force d'avoir voulu catégoriser, M. Bazin a fait une classification
inacceptable. »
Toute l'objection repose sur la manière différente que nous
avons, M. Devergie et moi, de considérer les affections cuta-
nées. Ce que mon savant collègue regarde comme maladie,
je ne le considère que comme symptôme ; par conséquent, il
ne devrait pas s'étonner de voir dans ma ciassification, le
SUR LES CLASSIFICATIONS DERMATOLOGIQUES. tJl
même symptôme figurer dans plusieurs maladies. Prenons
un exemple, et choisissons une affection générique qui soit
la traduction sur la peau de plusieurs états morbides très-
distincts, comme l'urticaire. J'avoue que s'il n'y avait aucune
différence entre les urticaires dues à l'ingestion du copaliu ou
des moules, l'urticaire arthritique ou dartreuse, et l'urticaire
pseudo-exanthématique (fièvre ortiée), M. Devergie serait en
droit de trouver ma classification inacceptable ; mais l'obser-
vation m'a, au contraire, démontré que chacune de ces va-
riétés a des caractères spéciaux :
L'urticaire des moules s'accompagne des symptômes d'un
véritable empoisonnement ; malaise général, anxiété épigas-
trique, vomissements, gêne de la respiration, petitesse et
fr/'quence du pouls, gonflement de la face. L'éruption, qui
est générale, se présente sous deux aspects différenta : tantôt
d'un rouge intense et uniforme, elle simule l'éruption de la
scarlatine, tantôt elle prend la forme de l'urticaire fébrile. Il
y a toujours de vives démangeaisons, et il survient souvent
des accidents nerveux qui peuvent entraîner la mort.
L'urticaire copahique a une prédilection marquée pour les
poignets, les malléoles, les genoux, les mains, les pieds. C'est
par là que l'éruption débute et c'est là qu'elle est toujours le
plus marquée. Elle se distingue de l'urticaire fébrile, en ce
que les éléments éruptifs sont plus uniformément rouges,
présentent un contour plus net, sont moins mobiles; le pru-
rit est aussi moins vif.
L'urticaire arthritique aiguë survient sous l'influence du
froid. Elle est accompagnée d'une congestion intense de la
peau et souvent même de petites hémorrhagies dans l'épais-
seur du derme. A l'état chmnique, ollo est caractérisée j)ar
des tubérosités plus on moins voliuiiiiiousos, d.ires, accom-
pagnéesde tension, de gèiiodans les ii'iouvenionts, et laissant
des dépressions comme ciciitriciollos. La coloration est vineuse
comme celle de tontesles arl.hritides; l'affection s'acconqtagne
do picotements, de fourmillements qui sont bien diffi-rents
des démangeaisons si vives qui caractérisent les herpétides.
62 TROISIÈME LEÇON.
L'urticaire dartreuse survient à la suite de fatigues, d'é-
motions... Elle semontredanslanuitet disparaît dans le jour.
Sa couleur n'est jamais violacée, mais seulement d'un rose
pâle. Le prurit est irrésistible et prive le malade de sommeil.
Enfin l'urticaire fébrile ou fièvre ortiée présente, comme
tous les pseudo-exanthèmes, des prodromes (malaise, lassi-
tude, céphalalgie, fièvre) qui durent deux ou trois jours. L'é-
ruption se compose de papules rosées, blanches au centre,
très fugaces, dont l'apparition est successive et s'accompa-
gne de gonflement de la peau et du tissu cellulaire de la région
sur laquelle siègent les éléments éruptifs.
M. Devergie prétend que j'ai admis trois variétés d'eczéma
et que j'aurais pu en admettre cinq.
J'en ai admis Lien davantage ; pour moi l'eczéma peut
être :
— Artificiel, c'est à-dire le résultat de frictions irritantes.
— Parasitaire (eczéma psorique) .
— Arthritique.
— Dartreux.
— Scrofuleux, et même syphilitique.
-J'ai insisté sur les caractères de l'eczéma scrofuleux ; mais
j'ai émis des doutes sur l eczéma syphilitique, le seul eczéma
constitutionnel admis par les Willanistes, parce que l'affec-
tion, que l'on décore de ce nom, ressemble peu à l'eczéma
artificiel que l'on doit prendre pour type. Il n'y a ni prurit, ni
suintement, ni croûtes; c'est une simple affection vésiculo-
pustuleuse ; mais ce n'est pas là un véritable eczéma. Pour
M. Devergie, il suffit qu'un malade soit sous le coup de la
syphilis, pour que toutes les affections cutanées intercurren-
tes soient syphilitiques. Gela n'est pas acceptable, parce que
les maladies constitutionnelles ne s'excluent pas.
Il est vrai que quelques affections sont sur la limite et peu-
vent être produites à la fois par une cause externe et par une
cause interne. M. Devergie s'étonne de voir figurer le chan-
cre syphilitique parmi les affections de cause externe et parmi
les affections de cause interne ; il lui semble que ce classe-
SUR LES CLASSIFICATIONS DERMATOLOGIQUES. 63
ment nous oblige à des répétitions : cette objection, qui paraît
sérieuse au premier abord, n'a aucune importance. Sans
doute il est nécessaire d'inscrire parmi les affections de cause
externe les accidents initiaux de la vérole, le chancre induré
et la plaque initiale qui se distingue, à cause de cette double
origine, des plaques consécutives survenues, sous la seule
influence de la maladie constitutionnelle ; mais ce n*est là
qu'une simple mention,et pour la description de ces accidents
on renvoie le lecteur à l'histoire de la syphilis constitution-
nelle, dont la plaque initiale fait partie intégrante et ne sau-
rait être détachée sans que cela nuise au tableau symptôma-
tologique de la maladie vénérienne.
Vous voyez, Messieurs, que si l'on veut se donner la peine
d'examiner la question avec impartialité^ les attaques de mon
savant collègue se réduisent à peu de chose, et qu'il est diffi-
cile d'y trouver une seule preuve bien sérieuse de ce qu'il
avance.
Il a été, je dois l'avouer, mieux inspiré en se rejetant sur
la forme de la rédaction d'un de mes ouvrages dont il cite un
passage en l'entremêlant de poir>ts d'exclamation et de nom-
breux hélas. J'accepte facilement le reproche que M. Devergie
fait au style de mes phrases, n'y attachant pas, quant à moi,
une bien grande importance;,et ayant l'habitude de ne consi-
dérer que le fond dans un ouvrage scientifique. Mon excellent
collègue me pardonnera, je l'espère, si mes livres ne sont pas
empreints de l'exquise modestie que l'on trouve toujours
dans les siens alliée au talent, quand je lui aurai rappelé que
je n'écris pas mes leçons moi-même, et que par conséquent la
responsabilité du style incombe au rédacteur.
Je termine et résume cette leçon en vous rapprochant pa-
rallèlement la doctrine de M. Devergie, celle de M. Hardy, et
la mienne, persuadé que vous ne serez pas embarrassés pour
voir de suite de quel côté est la vérité.
Dans ces dernières années,un cri général s'est élevé parmi
les médecins pour reconnaître la nécessiu'i d'une bonne clas-
sification des maladies de la peau. C'est pour répondre à ce
\
64 TROISIÈME LEÇOA'.
besoin que M. Devergie a proposé un mode de groupement
des maladies cutanées dont le principe varie. 11 prend en
considération tantôt l'analogie de causes et de traitement,
tantôt la forme morbide, tantôt le produit ou l'accident mor-
bide, tantôt rt)rigine climatérique. Selon lui, les maladies de
la peau ont été trop longtemps séparées des autres maladies.
Elles leur sont identiques par la forme, la nature, l'évolution,
la marche, les terminaisons. Ce sont toutes des phlegmasies,
et comme telles on doit les rapprocher des phlegmasies du
tissu cellulaire, du foie, du poumon... je crois vous avoir
démontré dans la première leçon le peu de fondement de cette
doctrine; je n'y reviendrai pas.
M. Hardy, à son tour, dit: J'ai cherché pendant longtemps
une boime classification des maladies cutanées, et aujour-
d'hui je crois qu'il est sage de se servir tout simplement delà
classification qu'on adopte pour toutes les espèces nosologi-
ques. 11 admet donc des maladies générales et des maladies
locales^ idopathiques et symptomatiques, protopathiques et
deutéropathiques. Cependant dans la fièvre typhoïde il n'ose
plus dire qu'il y a des maladies de peau; ce sont des affections
cutanées fébriles !
Pour moi, les maladies de la peau ne sont pas des maladies,
mais des parties de maladie. Ce sont des symptômes d' un état
morbide plus général dont elles constituent une période, et,
de même que, dans les fièvres continues, les taches rosées
lenticulaires, les sudamina, les taches bleues, les pétéchies
ne sont pas toute la maladie, ainsi, dans les maladies cons-
titutionrelles^ les affections cutanées ne représentent qu'un
fragment de l'entité morbide. Le problême se réduit donc à
assigner aux affections cutanées la place qu'elles occupent,
la phase qu'elles représentent dans les maladies constitu-
tionnelles; c'est ce que je me suis proposé de faire dans mes
différents ouvrages. C'est à vous, Messieurs, qui avez été à
même de vérifier mes doctrines au lit du malade, déjuger si
elles sont véritablement l'expression des faits.
QUATRIÈME LEÇON.
Des genres en pathologie cutmiée.
Messieurs,
On lit à la page 14 du rapport fait par M. Ameuille, à la
Société médico-pratique de Paris, sur les mémoires de
MM. Gailleton et Lafont-Gouzi, dont le sujet est l'eczéma,
les lignes qui suivent :
« L'école de M, Bazin défmit reczéma une affection de Fenve-
« loppe cutanée ou muqueuse qui se caractérise à son début, soit
« par des taches exanthématiques, soit par des vésicules, soit par
« des tissures, soit par des pustules, soit par des squauies, soit par
« des papules; qui, plus tard, provoque, habituellement le suin-
« tement d'une sécrétion séreuse ou séro-purulenfe de quantité
« tort variable et empesant le linge, et qui se termina-, enliu par
c( desquamation. »
Voilà comme on écrit l'histoire ! A Dieu ne plaise qu'une
pareille déJBnition de l'eczéma soit jamais donnée par mon
école. Je comprends que des médecins, connaissant peu mes
doctrines et n'ayant pas étudie spécialement les affections cu-
tanées, puissent me l'attribuer; mais j'ai peine ù concevoir
qu'un médecin aussi distingué que M. Ameuille, qu'un élève
de M. Hardy, qui, par conséquent, devrait être au coura ntdes
opinions professées à l'hôpital St-Louis, et qui, rapporteur
d'une commission chargée de décerner un prix sur l'eczéma,
devrait connaître à fond la question qu'il est chargé de juger,
j'ai, dis-je, peine a concevoir ({ue M. Anieiiille puisse mettre
sur mou compte un pareil langage.
66 QUATRIÈaiE LEÇON
Il me semble, toute vanité mise de côté, que je suis assez
riche de mon propre fonds sans qu'on vienne encore me faire
endosser la responsabilité des opinions des autres. La défini-
tion de l'eczéma, que M. Ameuille donne comme étant la
mienne, est précisément celle de M. Hardy, et je saisis cette
occasion pour protester une fois de plus contre l'association
que l'on fait continuellement, soit par ignorance, soit volon-
tairement, des opinions de mon savant collègue et des mien-
nes.
Pour moi, « l'eczéma est une affection de la peau caracté-
« risée, à sa période d'état, par l'existence de vésicules peti-
« tes, acuminées, agglomérées sur une surface plus ou moins
« étendue, et contenant un liquide séreux et transparent, vé~
« siculesqui s'affaissent lorsquele liquide qu'elles contiennent
« est résorbé,maisquile plus souvent se rompent après vingt-
ce quatre ou quarante-huit heures d'existence, et auxquelles
« succèdent l'exhalation et la sécrétion d'un liquide séreux
« et transparent qui se concrète en lamelles plus ou moins
« épaisses et ensuite en une simple exfoliation de l'épi-
« derme.» (y\ffections génériques de la peau, page 138.)
Je consacrerai la leçon d'aujourd'hui à vous montrer la
supériorité de cette détinition sur celle que me prête
M. Ameuille, et à vous expliquer comment il était impos-
sible que cette dernière sortît de mon école.
On procède, Messieurs, à l'étude de la pathologie par deux
méthodes : l'une est la méthode analytique ou séméiologique;
l'autre est la méthode synthétique ou nosologique.
Willan a adopté la méthode analytique, et, prenant pour
base de sa classification la lésion élémentaire à sa période
d'état, il a rangé les afl'ections cutanées en huit classes, sui-
vant qu'elles étaient caractérisées, dans leur phase de plus
grand développement, par un exanthème, par des vésicules,
des bulles, des pustules, des papules, des squames, des ma-
cules ou des tubercules. J'ai également suivi la méthode ana-
lytique; seulement je la comprends autrement et plus lar-
gement que Willan.
DES GEiNRES E^ PATHOLOGIE CUTANÉE. 67
L'auteur anglais avait cru établir une classification de ma-
ladies ; je vous ai fait voir qu'il n'avait donné qu'une classi-
fication de lésions ou d'affections. La période d'état d'une af-
fection cutanée est le symptôme organique le plus important ;
en cela je suis d'accord avec Willan. Mais je dois ajouter
que le pathologiste anglais ne s'est pas suffisamment placé
au point de vue du diagnostic, et c'est là dessus que je veux
un instant attirer toute votre attention.
Tout élément éruptif ne peut avoir plus de cinq pério-
des dans son évolution : c'est pour cela que j'ai partagé
les symptômes organiques de la peau en cinq classes qui
correspondent à ces transformations successives de la lésion
cutanée. Prenez, par exemple, l'ecthyma syphilitique : il
peut se présenter successivement à votre observation sous
forme de tache, de bouton, de croûte, d'ulcère et de cicatrice.
Mais chez le même malade, et dans le cours de la même
éruption on peut observer à la fois des phases du début et de
la terminaison.
D'un autre côté, l'éruption au lieu d'ê^e simple est sou-
vent composée. La peau présente un mélange de lésions dif-
férentes et à des périodes différentes de leur évolution. De
sorte qu'il est facile de se tromper dans la succession des
symptômes organiques en rapportant à une éruption ce qui
appartient à l'autre : de là une confusion étrange des ordres
et des genres.
Cette confusion, Messieurs, a existé dans la science jus-
qu'à Wil'an. C'est ainsi que,dansles auteurs grecs et latins,
les mots eczéma^ lichen^ pityriasis^ im-petigo^ etc., parfaite-
raentconnusdes anciens, et fréquemment employés par eux,
n'ont aucune signification précise, parce que toutes ces affec-
tions ayant entre elles des symptômes communs, et aucun
auteur n'ayant fait connaître le caractère dislinctif de cha-
cune d'elles, on ne peut savoir au juste à quelle affection ils
appliquaient telle ou telle dénomination. Il est même certain
qu'ils devaient donner souvent un nom différent à la même
68 QUATRlÈMli LEÇON.
affection, selon qu'ils l'observaienlà telle ou telle période de
son évolution.
Willan s'est donc acquis une gloire impérissable, en nous
donnant les moyens d'établir une ligne de démarcation entre
les formes cliniques ; je dis, moi, entre les ordres et les genres
des affections cutanées.
En étudiant révolution de la lésion élémentaire, Willan
a été frappé de ce fait que le seul symptôme organique, qui lui
fût exclusivement propre;, était celui qui représentait la lésion
à sa période d'état, de maturité ou de plus haut développe-
ment. Il importe donc, comme je viens de le dire, de reclier-
clier, toujours, en présence d'une affection cutanée, le
symptôme organique qui constitue la période d'état; mais
cette période d'état ne saute pas tellement aux yeux qu'il soit
facile, dans tous les cas, de la reconnaître de prime abord. Il
y a plus, c'est que, dans beaucoup de cas, elle n'existe pas en-
core, ou bien, elle a cessé d'exister au moment où on observe
le malade, et ce n'est que par la valeur séméiologique des
autres symptômes, c'est-à-dire des états primitifs ou consécu-
tifs, qu'il est possible d'arriver au diagnostic de la lésion élé-
mentaire ; de là, la nécessité de connaître la valeur aljsolue et
relative de chacun des symptômes organiques de la peau. Je
reviendrai tout à l'heure sur ce point important de séméio-
tique cutanée, qui manque complètement dans les œuvres de
Willan.
Appliquons les données willaniques à l'étude de l'eczéma.
Si nous observons avec soin un malade affecté d'eczéma,
et si nous recherchons la lésion élémentaire à son parfait dé-
veloppement, nous voyons que c'est une vésicule. L'affection
s>}ra donc comprise dans Tordre des vésicules. Voilà déjà un
premier pas de fait dans le diagnostic. Mais nous savons qu'il
V a d'autres affections cutanées, vésiculeuses à la période
d'état. Telles sont : la gak^ ]essuda?7ïùia,\si ?niiiaii-c,V herpès,
la varicelle, Vhydroa. Il nous faudra donc connaître les ca-
ractères propres de la vésicule dans chacune de ces affections^
pour pouvoir distinguer le genrCf
DES GENRES EN PATHOLOGIE CUTANÉE. 69
Nous verrons que les vésicules de V eczéma sont petites,
acuminées, réunies en grand nombre sur des surfaces plus
ou moins larges, qu'elles contiennent un liquide séreux et
transparent, qui, tantôt est résorbé (alors la vésicule s'af-
faisse), tantôt, au contraire, détermine la rupture de la vési-
cule et continue à s'exhaler et à se concréter en croûtes plus
ou moins épaisses, auxquelles succède une exfoliation épi-
dermique. Toutes les fois donc que^ dans une affection
cutanée, nous trouverons des vésicules avec les caractères que
nous venons d'énumérer, nous pourrons être sûrs que nous
avons affaire à un eczéma, et nous le distinguerons des autres
affections vésiculeuses, où ces caractères n'existent pas.
Dans la gale^ en effet, les vésicules sont isolées. Elles sont
papuleuses à leur base, transparentes à leur sommet, qui
se termine en pointe; à côté d'elles existent presque tou-
jours des vésicules perlées.
Dans la miliaire sudorale, les vésicules sont moins acumi-
nées, moins fugitives que dans l'eczéma; elles sont également
plus espacées, et forment des plaques dont le contour n'est
pas net. Enfin, la sécrétion séreuse, qui succède à leur rup-
ture, est peu abondante, et se concrète en squames plus fines
et moins nombreuses.
Les sudamina ne sont jamais accompagnés de rougeur des
téguments ; ils sont formés par de petites vésicules que l'on
ne peut bien voir qu'en les examinant obliquement, à cause
de leur extrême transparence qui les fait ressembler à des
gouttes de sueur.
Les vésicules de Y herpès sont groupées sur des surfaces
rouges et enflammées. Elles persistent intactes pendant trois
ou quatre jours, et forment ensuite, en se desséchant, des
croûtes dont la durée ne dépasse pas huit à dix jours, et aux-
quelles succèdent, soit des maculatures rougeâtres, soit des
ulcérations qui guérissent rapidement. Elles sont toujours
moins nombreuses et plus volumineuses que celles de l'ec-
zéma.
Dans la varicelle^ les vésicules sont précédées de petites
h
70 QUATRIÈME LEÇON.
ta'ches rouges. Elles sont tantôt pointues, tantôt aplaties,
tantôt conoïdes. D'abord transparentes et légèrement rou-
geâtres, elles deviennent opaques \ersle troisième jour, puis
se flétrissent et se dessèchent vers le cinquième jour, et
donnent enfin naissance à des croûtes brunâtres qui tombent
vers le neuvième jour.
Dans Vhydroa^ l'éruption vésiculeuse est des plus remar-
quables. On observe d'abord une tache violacée sur laquelle
se développe une vésicule dont le centre se dessèche rapide-
ment, et est occupé par une petite croûte noirâtre ; tandis
que, par suite de la résorption du liquide qui se fait à la cir-
conférence vers le deuxième jour, l'épiderme macéré s'appli-
que sur le derme. Endehorsde cette zone d'épiderme, il peut
se produire plusieurs cercles concentriques de vésicules dont
l'évolution est successive.
Vous voyez que, dans chaque affection vésiculeuse, la même
lésion élémentaire à sa période d'état, la vésicule, a des carac-
tères particuliers, ce qui permet de reconnaître et de diffé-
rencier ces affections les unes des autres, et d'en former au-
tant de genres distincts.
la vésicule eczémateuse, avec les caractères que je vous ai
donnés, est donc le signe essentiel et nécessaire du genre ec-
zéma. C'est le seul qui soit constant; car, je vous rappellerai
que les taches congestives, qui précèdent habituellement la
poussée vésiculeuse, peuvent manquer dans certains cas. J'en
dirai autant du fendillement épidermique et des papilles li-
chénoïdes qui, du reste, sont toujours des états consécutifs à
la vésiculation.
L'objection que M. Devergie fait à la définition de Willan
est plus spécieuse que solide : il lui reproche de prendre, pour
caractère de l'eczéma, précisément l'état que le médecin est
le moins à même d'observer, à cause de sa durée éphémère :
la vésiculation.
Mais, s'il est vrai que le médecin ne voit que rarement les
vésicules, il ne s'ensuit pas qu'elles n'existent pas à titre de
caractère constant; et, du reste, on a toujours les renseigne-
DES GENRES EK PATHOLOGIE CUTANÉE. 71
ments des malades, qui savent très -bien dire que leur affec-
tion a commencé par des boutons pleins d'eau.
D'ailleurs, quelle est la valeur des phénomènes que M. De-
vergie préfère pour caractériser l'eczéma :
La rougeur? Je viens de vous dire qu'elle n'était pas cons-
tante.
La démangeaison permanente? Qui de vous n'a vu, chez
nos arthritiques, et même chez nos scrofuleux, des eczémas
ne s'accompagner d'aucun prurit ?
La sécrétion de sérosité limpide et ciirine tachant le linge
en gris et C em-pesant? L'eczéma arthritique est, dans la plu-
part des cas, au contraire, d'une ^sécheresse remarquable, et
c'est même là un de ses principaux caractères. En outre,
cette sécrétion de sérosité n'est pas propre à l'eczéma ; on la
retrouve dans d'autres affections (pemphix) .
Enfin, ïétat ponctué et rouge de la peau? Sans doute, ce
serait un bon signe ; mais il est impossible d'en tenir compte
dans tous les cas, quand les croûtes et les squames sont abon-
dantes.
Vous voyez donc. Messieurs, que la définition de Teczéma
ne peut reposer sur ce groupe de phénomènes, auquel notre
savant collègue attache tant d'importance; et cela, pour une
bonne raison, c'est qu'aucun d'eux n'est constant.
Tous les auteurs qui se sont écartés du sens précis que Wil-
lan a donné au mot eczéma, tous ceux qui ont cru donner une
définition plus complète et plus juste, en y faisant rentrer
comme lésions anatomiques élémentaires caractéristiques des
élats qui ne sont évidemment que secondaires, et qui peuvent
manquer, n'ont eu aucune idée des genres en pathologie cu-
tanée, et n'ont introduit dans l'étude des affections génériques
de la peau qu'obscurité et confusion.
M. Hardy a rejeté le progrès réalisé parWillan, en der-
matologie, en définissant l'eczéma : « une affection de l'en-
(( veloppe cutanée ou muqueuse qui se caractérise à son
« début, soit par des taches exanthématiques, soit par des
« vésicules, soit par des fissures, soit par des pustules, soit
72 QUATRIÈME LEÇON.
« par des squames, soit par des papules ; qui, plus tard, pro-
« voque habituellement le suintement d'une sécrétion séreu-
({ se ou séro-purulente de quantité fort variable, et qui se
(( termine enfin par desquamation. »
C'est une^suppression complète des genres î plus d'impé-
tigo, plus de pityriasis, plus de lichen ! Tout cela, c'est de
l'eczéma. « C'est même, dit M. Hardy, l'avantage de notre
(( définition. Elle permet de grouper en un seul genre tant
« d'affections que l'école anatomique avait séparées et consi-
« dérait comme distinctes; seule, elle réunit et présente un
« faisceau unique de toutes ces variétés, qui ne sont, les unes
(( que les périodes ou les degrés successifs d'une _ même ma-
« ladie, les autres que les aspects divers de cette même af-
M fection variant suivant son siège et suivant les conditions
« particulières inhérentes au sujet atteint. Malgré son appa-
• « rente laxité^ cette définition répond à peine à toutes les
« formes que peut revêtir l'eczéma, mais, du moins, nous
« signale-t-elle le hen qui les réunit toutes et nous indique-
« t-elle dès lors qu'un principe commun doit présider à leur
« thérapeutique. )> Hardy (Affections cutanées dartreuses,
page 62).
Ainsi mon savant collègue n'est même pas encore satisfait!
il trouve que sa définition pourrait dire encore davantage ! il
ne lui coûterait pas plus d'y faire entrer les "huit formes de
Willan; elle serait alors complète 1 On ne peut pas ainsi,
Messieurs, et vous le comprenez aisément, supprimer d'un
trait de plume tous les genres; une pareille confusion
n'existe pas heureusement dans la nature. Une telle mé-
thode, en privant le diagnostic de toute précision, fait rétro-
grader nécessairement la science et la ramène à ce qu'elle
était avant que Willan en eût débrouillé le chaos, et y eût
fait pénétrer la lumière.
M. Hardy prétend que la simplicité apportée par Willan
dans le diagnostic est plus apparente que réelle, parce que la
lésion élémentaire, prise pour base par le médecin anglais,
a une durée éphémère, et que, du reste, il n'est pas philoso-
DES GENRES EN PATHOLOGIE CUTANÉE, 73
phique de ne prendre pour base d'une classification que le
point de départ de la maladie. Il fait encore d'autres objec-
tions aux Willanistes. Ainsi, dit-il, la lésion élémentaire
peut varier pour la même maladie ; de plus, la méthode de
Willan ne donne aucune indication pronostique et théra-
peutique, et enfin elle a le tort de rapprocher des maladies
'qui n'ont entre elles de rapport que la lésion élémentaire
comme la gale et l'eczéma, la variole et l'acné, et d'éloigner
des maladies analogues, comme l'eczéma et l'impétigo. En
dernier lieu, l'importance exagérée accordée à la forme des
éruptions multiplie à l'infini les genres, les espèces et les va-
riétés.
Ces reproches seraient fondés en partie, si, comme Wil-
lan, on croyait, avec la méthode séméiologique, établir une
classification de maladies. Mais quand on ne l'accepte que
pour la détermination des genres, en se réservant de la com-
pléter par la méthode synthétique pour la question de nature,
elle est excellente et très pratique.
M. Hardy reconnaît qu'elle est un bon guide pour nous
mener au diagnostic de la lésion cutanée élémentaire. Que
lui im.porte? les lésions élémentaires pour lui n'ont pas d'im-
portance, puisque dans les prétendus genres qu'il admet,
dans l'eczéma par exemple, presque toutes peuvent s'y re-
trouver.
Quant au reproche d'avoir accordé trop d'importance à la
lésion élémentaire, et d'avoir ainsi multipHé les genres, les
espèces, et les variétés, il n'est pas fondé, puisque Willan a
précisé en prenant pour base de son classement une lésion
constante, la période d'état, et a ainsi limité le nombre des
affections génériques.
Ce qui a amené M. Hardy à supprimer les genres en der-
matologie, c'est qu'il est élève exclusif d'Alibert. Il me range
aussi parmi les élèves d'Alibert; c'est une erreur contre la-
quelle je proteste hautement, car s'il est vrai que j'ai em-
ployé la méthode synthétique pour arriver à la connaissance
de la nature desalfections et, qu'à ce titre, on puisse me dire
74 . QUATRIÈME LEÇON.
Alibertiste, il est également juste d'ajouter que j'ai fait une
part beaucoup plus large que M. Hardy à la méthode analy-
tique en admettant complètement lès travaux de Biett et de
Willan, pour arriver au diagnostic des genres, et que par
conséquent je suis aussi Willaniste. Je dirai plus, j'aime
mieux être l'élève de Willan que celui d'Alibert, et en voici
la raison :
Qu'est-ce qu'Alibert nous a enseigné? L'emploi exclusif de
la méthode nosologique l'a conduit à rapprocher des maladies
dont les lésions cutanées sont essentiellement différentv^s. Sa
classification n'est ni une classification nosographique, ni
une classification de symptômes, mais un rapprochement
arbitraire de maladies qui ne saurait servir en rien au diag-
nostic des symptômes et des lésions, non plus qu'au diagnos-
tic des maladies.
La séméiotique de la peau manque complètement dans les
œuvres de M. Hardy. 11 a adopté sans restriction la méthode
nosologique d'Alibert, et n'a accepté en réalité de Willan que
les dénominations. Il a bien pris dans Lorry et dans Alibert
la définition de la dartre; mais au lieu d'en faire, comme eux,
un.genre à part, le genre herpès^ il l'a accolée au mot eczé-
ma. Il s'est persuadé ainsi qu'il avait admis le progrès Wil-
lanique, et qu'il l'avait perfectionné au point de vue de la
nature.
La méthode Alibertiste a conduit notre excellent collègue
à poser catégoriquement la dartre, et l'a amené à nier les
ordres et les genres. Si on lui objecte que souvent le trau-
matisme, une friction irritante par exemple, produit de l'ec-
zéma, comme pour lui l'eczéma est toujours une forme de la
dartre^ et que l'affection artificielle dont nous parlons, n'a
aucun des caractères des dartres, il est forcé de leur refuser
le nom d'eczéma et de l'appeler un éi^y thème vésiculo-pustu-
leux.
M. Hardy ne voit rien entre la maladie et la lésion. Pour
lui, le genre est un type idéal. Il ne vous a pas fallu. Mes-
sieurs, observer longtemps nos malades pour voir combien
DES GENRES EN PATHOLOGIE CUTANÉE. 75
cette opinion est fausse, et pour vous apercevoir comment il
était impossible, en bonne logique, de ne pas admettre de
genres.
Qu'est-ce donc qii'im genrel
C'est une affection commune à plusieurs maladies, ayant
un certain nombre de caractères que l'on doit toujours re-
trouver dans les différentes espèces, avec des modifications
légères qui, tout en imprimant un cachet spécial aux affec-
tions génériques suivant la maladie dont elles sont la mani-
festation, laissent cependant parfaitement reconnaissables
les traits principaux auxquels on reconnaît cette affection.
Je vous ai dit, messieurs, que l'existence des genres ne
pouvait se nier. M. Hardy lui-même nous en fournira des
exemples.
Ne le voyons-nous pas admettre en réalité un psoriasis
syphilitique, quoiqu'il n'ose lui donner ce nom, et avouer
qu'il ressemble beaucoup au psoriasis dartreux? Il y a donc
un genre psoriasis !
De même pour l'acné qui est rangée dans les inflamma-
tions, dans les hypc"crliiies, dans les syphilides f syphilide
acniforme). La négation des genres est donc chez lui plus
apparente que réelle.
En résumé Willan, avec la méthode analytique, a rendu
d'immenses services, et a jeté les bases de la séméiotique cu-
tanée, tout en croyant établir un classement nosologique.
L'école d'Alibert^ en appliquant faussement la méthode
synthétique à Tétude des lésions^ n'a produit que de la con-
fusion dans l'étude de la dermatologie.
Je n'ai pas adopté une méthode à l'exclusion de l'autre;
mais je les ai employées toutes deux dans de justes limites. La
méthode analytique m'a guidé pour tout ce qui est séméioti-
que de la peau ; la méthode synthétique m'a servi à établir le
classement des maladies et la classification correspondante
des affections spéciales. De là la différence qui me sépare de
M. Hardy dans la manière do comprendre Tcczéma.
Pour M. Hardy, l'eczéma est toujours une forme de la dar-
76 QURTRIÈME LEÇON.
tre dont il présente les principaux caractères. Dans sa défini-
tion il fait bon marché delà lésion élémentaire, qui, dit-il,
est très variable, ce qui revient à n'en point admettre de ca-
ractéristique ; l'eczéma pour lui n'est pas une affection, c'est
une maladie idiopathique.
Pour moi, l'eczéma n'existe pas comme entité morbide.
C'est une affection générique appartenant à l'ordre des vési-
cules, que l'on retrouve dans plusieurs maladies dont elle ne
doit être considérée que comme la manifestation. C'est ainsi
qu'on peut avoir des eczémas traumatiques,scrofuleux,liorpc-
tiques, arthritiques.
Il vous est facile de voir. Messieurs, que du côté de M.
Hardy, il n'y a qu'obscurité et incertitude,, tandis que
la définition Willanique brille au contraire par la clarté et la
précision.
Cette étude des genres vous permettra de poser un dia-
gnostic avec une sûreté presque mathématique. Devant une
affection cutanée, vous avez toujours à résoudre le triple pro-
blème de la lésion élémentaire, de l'affection générique et de
la nature. Je ne saurais trop vous le répéter, parce que c'est
là le point capital dans l'étude de la pathologie cutanée.
Comment arrivez-vous au diagnostic de la lésion élémen-
taire? Je vous l'ai déjà dit dans une des dernières leçons; c'est'
l'observation pure et simple qui vous y conduit. Il n'est pas
besoin d'un grande habileté pour reconnaître que l'on a af-
• faire à une tache, à un bouton, à une exfoliation, à un ulcère,
à une cicatrice. Poussant plus loin votre investigation, il vous
est facile de voir si une tache est sanguine ou pigmen taire,
si un bouton est solide ou liquide ; si c'est une vésicule, une
bulle (boutons séreux), ou une pustule (bouton purulent).
La tache sanguine sera extra ou intra-vasculaire; la pre-
mière peut être congestive ou inflammatoire; mais pour sa-
voir si la tache congestive est une tache initiale, une simple
maculature,ou si elle constituela période d'état de l'affection,
il est nécessaire de bien connaître la valeur absolue et relative
DES GENRES EN PATHOLOGIE CUTANÉE. 77
des taches, c'est-à-dire de bien posséder les éléments de la sé-
méiotiqiie cutanée.
Voilà donc une premier moyen de diagnostiquer la lésion
élémentaire. On peut y arriver par un autre procédé, par
l'étude des genres; ainsi nous avons vu précédemment que,
dans l'eczéma, on n'était appelé qu'exceptionnellement à voir
les vésicules, à cause de leur durée éphémère. Mais aurons-
nous besoin dé voir les vésicules pour déclarer l'affection: vé-
siculeuse? Non certainement, et quand nous aurons sous les
yeux une affection cutanée caractérisée par des surfaces d'un
rouge ponctué, avec un suintement plus ou moins abon-
dant, et des croûtes plus on moins humides, nous pourrons
être sûrs que la lésion élémentaire a été une vésicule. Il est
vrai d'ajouter que cette méthode présente des écueils souvent
difficiles à éviter pour les médecins peu expérimentés, c'est
que l'on prend quelquefois pour la lésion élémentaire elle-
même, des états qui ne sont que consécutifs et qu'il faut une
certaine habitude pour reconstituer par la pensée la lésion
élémentaire à sa période d'état; ce qui explique les erreurs
si fréquentes que l'on fait dans le diagnostic des genres. Ainsi
dans l'eczéma, par exemple, en s'attachant à ces phases
consécutives de l'éruption, on peut croire à un pityriasis, à
un psoriasis, à un lich?n, suivant que l'on observe l'affection
à une période oîi elle présente de petites squames furfura-
cées, des squames larges et sèches, ou enfin des papules.
Le diagnostic de l'affection générique repose tout entier
sur la connaissance de la lésion élémentaire. Il jette dans le
plus grand embarras ceux qui ne veulent pas admettre de
genres. Je vais vous en citer des exemples.
Vous savez que les éruptions dues à la présence de l'aca-
rus de la gale prennent souvent la forme de l'eczéma; tous
les dermatologistes les désignent sous le nom d'eczéma
psorique. M. Hardy ne peut leur donner que le nom de gale
vésiculeuse.
Il en est de même de la mentagre, affection pustuleuse,
qui, pour moi, peut être artificielle, parasitaire ou arthritique.
78 QUATRIÈME LEÇON.
M. Hardy n'admet que le sycosis parasitaire; or comme l'ob-
servation lui a démontré que tous les sycosis ne guérissaient
pas par les parasiticides, il est forcé de faire rentrer les au-
très variétés dans l'eczéma dont elles n'ont aucun caractère.
Vous avez pu observer chez nos arthritiques, de ces taches
d'un rouge yinenx dont les bords sont nettement arrêtés et
relevés au dessus des parties environnantes, dont la forme
est régulièrement arrondie, je veux parler de l'éry thème
marginé.
Quelquefois l'éruption va jusqu'à la vésiculation; il y a un
véritable herpès circiné qui pour moi, est une manifestation
de l'arthritis. Pour M. Hardy, tous les herpès circinés sont
parasitaires ; il n'est pas étonnant après cela, que MM. Ga-
zenave et Chausit viennent dire aux médecins qui admettent
des affections parasitaires :Vous dites que l'herpès circiné est
produit par un parasite; nous l'avons recherché avec soin
et nous ne l'avons pas trouvé dans tous les cas. Puisque le
parasite n'est pas constant, il n'est donc que secondaire....
Us ont confondu l'ér^^thème marginé arthritique avec l'herpès
circiné parasitaire; on s'explique ainsi qu'ils aient trouvé le
champignon dans un cas, et qu'ils ne l'aient pas vu dans l'au-
tre.
H y a une affection très grave, caractérisée par des tumeurs
grosses comme des tomates et finissant par donner naissance
à des ulcères fongueux, livides et d'un aspect tout par-
ticulier. Vous avez tous reconnu le mycosis fongoïde. Les
tumeurs du mycosis sont précédées de plaques érythémateu-
ses et lichénoïdes. M. Hardy, n'admettant pas de genre, sera
forcé d'en faire une dartre [lichen hyper trophique) , ce qui
est un contresens évident; car le mycosis n'a jamais eu les
caractères assignés aux dartres par notre savant confrère.
Enfin il est certaines affections qui se transforment insitn.
Je vous ai parlé de l'impétigo^ se changeant peu à peu en
scrofulide maligne, de l'acné en lupus acnéïque, de l'eczéma
en scrofulide ulcéreuse. Pour moi, ces différentes formes
de l'afTection cutanée correspondent à autant d'affections
DES GENRES EN PATHOLOGIE CUTANÉE. 79
génériques qui sont les manifestations d'une même entité, la
scrofule. M. Hardy, pour être logique, devrait admettre que
l'affection a été d'abord une dartre, et est devenue ensuite
une scrofulide maligne. Mais il préfère nier le fait et dire
qu'on n'observe jamais de ces transformations, ce qui est
une grande erreur.
Nous arrivons en dernier lieu au problème de la nature
de l'affection générique observée.
Gomment, Messieurs, peut-on parvenir à reconnaître que
telle ou telle affection est arthritique plutôt que scrofuleuse,
herpétique ou syphilitique? Je vous l'ai déjà dit, la maladie
déteint sur le symptôme : les affections, tout en conservant
les caractères fondamentaux qui distinguent les genres,
présentent une physionomie particulière dans chaque ma-
ladie, et offrent des variétés dans la forme, la couleur, le
siège, le mode d'évolution et de terminaison des érup-
tions, variétés qui permettent de les rattacher à des entités
morbides distinctes.
Mais les caractères objectifs des affections cutanées ne
constituent pas l'unique source d'indications propres à nous
en révéler la nature ; pour compléter le diagnostic, il faut en-
core interroger les antécédents du malade, ceux de sa famille,
s'enquérir des résultats de la thérapeutique déjà mise en
usage, etc., etc. Le cadre restreint de cette leçon ne me per-
met pas de revenir sur un sujet que j'ai traité et longuement
développé dans les leçons des années précédentes. Je ter-
minerai par une remarque importante, c'est que quelque-
fois les caractères particuliers de l'espèce sont si tranchés
qu'ils obscurcissent ceux du genre et de l'ordre. Gela arrive
fréquemment dans la syphilis, et vous verrez souvent des
médecins très-instruits n'être nullement embarrassés pour
déclarer syphilitique une éruption dont ils auraient peine à
déterminer le genre et même la lésion élémentaire,
CINQUIÈME LEÇON.
Messieurs,
Dans cette leçon je me propose de répondre aux objections
que l'on a élevées contre l'arthritis et les arthritides.
Ces objections (et le nombre en est fort considérable)
nous offrent d'abord ceci de curieux à noter qu'elles ne se
ressemblent nullement au point de vue de la forme et du
fond, et souvent même se contredisent de la' manière la plus
formelle. C'est ici le cas d'appliquer le vieil adage :
Tôt capita^ quot sensus.
« L'arthritis n'existe pas ; la goutte et le rhumatisme sont deux
« maladies essentiellement différentes.
Hardy; Monneret.
L'arthritis existe comme maladie constitutionnelle ; mais les
affections cutanées arthritiques n'ont pas de caractères propres à
faire reconnaître leur origine.
GérinRoze {de l'arthritis, thèse inaugurale, 1861 )
« L'arthritide est de Lorry. »
Devergie {Traité pratique des maladies de peau, 3^ édit., p. 69 )
La goutte et le rhumatisme engendrent des affections de peau
qui n'ont pas de caractères spéciaux.
Monneret et autres.
OBJECTIONS CONTRE l'aRTHRITIS ET LES ARTHRITIDES. 81
Les arthritides de M. Bazin sont des dartres légèrement modi-
fiées par le tempérament et la constitution. Hardy.
Les eczémas, les hémorrhoïdes, les douleurs rhumatismales
coexistent souvent chez le même sujet. Cet ensemble d'affections
ne constitue qu'une manifestation de Vherpétisme.
Lafont Gouzi (mémoire cité).
« Nous nous croyons en droit de faire à M. Bazin le reproche
« d'avoir compliqué d'un élément nouveau le diagnostic des ma-
» ladies de peau, alors qu'il ne nous donnait pas les moyens suf-
« fisants pour y arriver avec certitude. »
Corn IL {Archives de médecine, juin 1862.)
Je répondrai d'abord à ceux qui rejettent l'arthritis comme
unité pathologique, qui, ne voulant admettre aucune assimi-
lation de la goutte au rhumatisme, établissent entre ces deux
formes morbides dps différences fondamentales.
Ghomel, dont personne ne mettra en doute la vaste expé-
rience, faisait, au commencement de sa carrière médicale,
la distinction entre la goutte et le rhumatisme. Plus tard,
une appréciation plus rigoureuse des faits lui démontra que
cette distinction ne reposait que sur des signes de peu de va-
leur, et il ne fit qu^une seule entité morbide de ces deux va-
riétés de l'arthritis. Et cependant Ghomel n'avait vu de l'ar-
thritis que les manifestations articulaires et viscérales ;
qu'eût-il donc dit s'il avait été à même d'en observer les ma-
nifestations cutanées ?
Permettez-moi, Messieurs, de vous rappeler en quelques
mots combien sont illusoires les caractères que l'on a don-
nés comme distinctifs entre les deux maladies :
On a dit que la goutte était la maladie des riches, des gens
qui se nourrissent bien et vivent dans l'oisiveté; que le
rhumatisme s'observait surtout dans les classes pauvres,
chez l'ouvrier soumis à une mauvaise alimentation et exposé
à toutes les intempéries des saisons. Rien, Messieurs, n'est
plus faux. Allez à Bicêtre; allez à la Salpêtrière; allez dans
les asiles où se réfugie le pauvre, et vous verrez que la goutte
y sévit pour le moins autant que dans la classe riche.
82 CINQUIÈME LEÇON.
On a prétendu que la goutte attaquait les petites articula-
tions, et le rhumatisme les grandes ; que l'une produisait des
concrétions articulaires que l'on ne retrouvait pas dans l'au-
tre.
Il suffît d'avoir vu un grand nombre d'arthritiques pour
savoir que rien n'est absolu dans ces signes; qu'il est fré-
•quent de voir le rhumatisme envahir les petites articulations
et la goutte les grandes, de voir la maladie donner lieu, dans
l'un et l'autre cas, à la même série de phénomènes locaux.
Quant aux concrétions topheuses, on les retrouve dans
l'une et l'autre forme. Dans chacune des deux variétés, les
urines sont chargées d'urates.
Du reste, qui devons n'a observé ces exemples si fréquents
de personnes ayant eu des rhumatismes dans leur jeunesse
et la goutte dans un âge plus avancé ? — Direz-vous,
dans ce cas, que le même sujet a eu deux maladies différen-
tes ? n'est-il pas plus rationnel d'admettre tout simplement
qu'il était sous l'influence d'une même maladie constitution-
nelle, l'arthritis ?
La différence entre la goutte et le rhumatisme est si peu
radicale, en théorie comme en pratique, qu'il est des cas oîi
les plus ardents défenseurs de la séparation de ces deux for-
mes morbides sont obligés eux-mêmes de confesser en quel-
que sorte leur identité de nature et d'admettre un moyen
terme, un anneau de transition de l'une à l'autre^ le rhuma-
tisme noueux.
Il me semble que ces raisons (et il en est bien d'autres)
sont assez péremptoires pour que l'on soit autorisé à réunir,
sous le nomd'(2r^//!nVz5, les manifestations articulaires delà
goutte et du rhumatisme. La chose n'est d'ailleurs pas nou-
velle, ainsi que nos adversaires pourront s'en convaincre,
s'ils veulent bien se donner la peine de relire les auteurs qui
ont écrit jusqu'à Baillou ; ils y verront que presque tous ad-
mettaient l'arthritis comme unité pathologique indivise, et
que par conséquent cette maladie n'est pas , comme on l'a
dit, éclose un beau matin dans notre cerveau.
OBJECTIONS CONTRE LARTHRITIS ET LES ARTHRITIDES. 83
Aurais-je copié l'arthritis et les arthritides dans Lorry?
C'est une assertion tout à fait contraire à la vérité, et
M. Devergie, qui lance cette accusation^ aurait dû au moins
l'appuyer sur des preuves plus sérieuses qu'une simple affir-
mation. Que ne cite-t-il les textes? J'en suis à me demander
si mon très-honoré collègue a lu Lorry. Quant à moi, j'ai
longtemps cherché dans cet auteur, sur la foi de M. Devergie,
les passages pouvant se rapporter au sujet qui nous occupe ;
je n'ai jamais trouvé, et je suis persuadé que M. Devergie
n'a pu trouver davantage, rien qui ressemble, de près ou de
loin, à ma classe des arthritides. Ce que j'ai vu, et ce que
vous pouvez tous voir, c'est que Lorry, comme tous les méde-
cins de l'antiquité, comme tous les bons esprits, avait signalé
la coïncidence d'affections cutanées avec la goutte et le rhu-
matisme. Je n'ai jamais contesté ce fait ; mais il y a loin de
là à admettre l'arthritis comme unité morbide, à en décrire
l'évolution, et à donner des caractères particuliers pour re-
connaître les arthritides, même en l'absence des manifesta-
tions articulaires.
Répondons maintenant aux adversaires des arthritides. Ils
se partagent en deux camps :
Les uns (Monneret, Gérin Roze) veulent bien admettre des
affections cutanées se produisant sous l'influence de la goutte
et du rhumatisme, mais ils repoussent en même temps
comme ihusoire tout caractère pouvant servir à les différen-
cier des autres affections cutanées.
Pour les autres, les arthritides sont des dartres. C'est l'o-
pinion de M. Hardy, et avant lui d'Alibert.
Aux premiers je dirai : à quoi sert-il d'admettre des ar-
thritides, si vous leur déniez tout caractère propre à en ré-
véler l'existence? C'est absolument comme si vous n'en ad-
mettiez pas. La coïncidence pure et simple de ces affections
cutanées avec les manifestations articulaires de la goutte et
du rhumatisme ne prouve absolument rien, et l'on pourra
toujours objecter que ce sont des complications, des mani-
festations d'une autre diathèse.
84 CINQUIÈME LEÇON.
Je m'arrêterai davantage à la deuxième opinion,
Alibert avait établi une famille de dermatoses dartreuses
avec les genres herpès ,*varus, mélitagre, esthiomène.
M. Hardy, son élève, a éliminé avec juste raison l'esthic-
mène (lupus exedens) que tout le monde range parmi les
scrofulides, et le varus, qui correspond à l'acné des auteurs
modernes. Il reste encore, de la classe fondée par Alibert,
toutes les affections cutanées que je désigne sous le nom d'ar-
thritides, les scrofulides bénignes, et enfin les dartres propre-
ment dites, que M. Hardy réunit sous le nom commun de
dartres.
Chaque année, mon savant collègue fait un siège en règle
des arthritides; il s'étend toujours complaisamment sur les
mêmes objections, quoique j'y aie répondu déjà plusieurs
fois. Dans ses leçons sur les affections cutanées dartreuses, il
a reproduit avec de plus grands développements la même
argumentation ; il y a déployé toutes les ressources de sa dia-
lectique. Quelque facile que soit la réfutation de son système,
je vous demanderai la permission d'y revenir encore cette
année : à toute attaque il faut une défense nouvelle, et le si-
lence a quelquefois ses dangers.
« Admettons pour un instant, dit M. Ilardy, l'existence de celle
« dialhèse arthritique. Est-elle une cause d'éruptions cutanées ?
<( Tel est le problème que nous avons à résoudre. Il n'est pas
H d'élève qui, dans les hôpitaux, n'ait vu bon nombre de rbuma-
c tisants; a-t-il jamais observé d'arthritides ? Malgré la loi de ba-
« lancement timidement formulée par M. Bazin, cette absence
« constante d'un signe aussi manifeste de l'arthrilis nous semble
« une objection d'une grande valeur. »
{Loco citato, page 45.)
Cette dernière réflexion de M. Hardy prouve que pour bien
observer il faut que l'attention soit appelée sur le sujet à
observer. Si j'allais dire à M. Hardy : Vous avez eu dans
votre service beaucoup de malades affectés de chancres indu-
rés ; mais auriez-vous par hasard remarqué que ces chan-
OBJL^CTlOiNS COîNTKIi L'AUlHKllltJ Kl LliS AUTlllUTlULS. 85
cres fussent habituellement accompagnés de gommes? Il me
répondrait certainement qu'il n'a jamais observé cette coïn-
cidence. Irai-je pour cela soutenir que le chancre induré et
les gommes ne sont pas produits par la même maladie, la sy-
philis ? Ce serait absurde î 11 en est tout à fait de môme pour
ï'arthritis. Chaque manifestation d'une maladie constitu-
tionnelle a son heure marquée dans l'évolution de l'unité
morbide, et de ce qu'un malade ayant une affection cutanée
avec tous les caractères que j'ai assignés aux arthritides n'a
pas eu de rhumatismes, cela ne prouve pas qu'il n'est pas
arthritique.
M. Hardy sait, du reste, aussi bien que moi que l'on diag-
nostique souvent et avec raison, soit une syphilide, soit une
scrofalide, bien que l'on ne puisse découvrir aucun antécé-
dent syphilitique ou scrofuleux. Pourquoi veut-il donc faire
du rhumatisme l'antécédent obligé de l'arthritide ?
La loi de balancement entre les manifestations cuLanees
et les manifestations articulaires de 1 arthritis, qui est mise
en doute par M. Hardy, est bien connufj des médecins qui se
sont donné la peine de suivre consciencieusement le malade.
Ce balancement n'est pas un fait nouveau, et Lorry a dit de-
puis longtemps que, dans les familles de goutteux les uns
avaient des attaques de goutte sans afïections cutanées, les
autres des atiections cutanées sans manifestations articulaires-
D'ailleurs, il est faux de dire avec mon excellent collègue
que les arthritides ne se voient jamais dans le cours du rhu-
matisme et de la goutte. J\L Bouillaud, Legruux et beaucoup
d'autres auteurs ont;, au contraire, fréquemment observé ces
coïncidences que vous avez pu vous-mêmes constater aujour-
d'hui chez trois de nos malades de la salle Sainte-Foy : au
n° 3, je vous ai montré une fennne déjà âgée qui présentait
à la fois une attaque de goutte aiguë et une poussée de pem-
phigus aigu ; vous avez vu également, au n" 10, une autre
malade qui a, en même temps qu'un érythème herpétiforme
de la face dorsale des mains et des avant-bras, un rhuma-
tisme àes deux genouvct de l'articulation tibio-tarsienne
. 5
86 CINQUIÈME LEÇON.
gauche ; et enfin une troisième, au n" 40, nous offrait l'exein-
ple d'un érythème noueux des jambes ainsi que d'un éry-
thème papulo-tuberculeux de la face et du dos des mains
existant en même temps qu'un rhumatisme des genoux et
des poignets.
Ce qui fait que les élèves de M. Hardy ne peuvent recon*
naître ces coïncidences, c'est qu'ils les regardent comme des
complications : ce sont des maladies accidentelles de la peau
ou bien des dartres survenant accidentellement chez des
rhumatisants.
Mais voyons un peu les autres arguments de M. Hardy :
« Les indications que donne M. Bazin concernant le siège des
« arthritides sont, il faut l'avouer, assez élastiques, puisque, sauf
« le dos, le ventre et le segment moyen de la cuisse, il énumère
« toutes les régions du corps. Encore trouvons-nous, malgré le
« vague de cette localisation, plusieurs contradictions soit dans les
H observations citées par lui (Observ. IV, p. 338 ; observ. VIII,
« p. 34i). soit dans le texte de son ouvrage, qui contient les
« phrases suivantes :
« Toutes les parties de la peau peuvent être le siège de Vurticaire
« arthritique^ p. 106); et plus loin, parlant du pityriasis rubra :
« Il se développe^ dit-il, ordinairement sur la face, le cuir chevelu
o et le tronc, très-rarement sur les membres. A propos de l'herpès
« arthritique, nous trouvons encore la phrase suivante : L'herpès
« arthritique se manifeste sur toutes les parties du corps et plus par-
ai ticulièrement sur les lèvres, les joues, le cou, la poitrine et les bras;
« mais il se développe aussi sur les membres inférieurs, le tronc, le
K prépuce, les grandes et les petites lèvres, le col de l'utérus... de telle
« sorte que l'éruption occupe la plus grande partie de la peau dans
« l'espace d'un mois à six semaines {ç. 202). — Voyez encore l'ob»
« servation IX, où M. Bazin nous présente un peraphigus arthri*
« tique, qui se termina par la mort à une époque où les bulles
« avaient envahi toute la surface du corps et de la muqueuse buc-
K cale (p. 3/i7) — Joignons y un psoriaris également arthritique
*. (p. 351) oîi l'éruption, débutant par un point limité, ne tarda pas
à se généraliser. — Et que ferons-nous alors de cette proposi-i
OBJECTIONS CONIBE t'ARTHRIÎIS ET LES ARTHRITIDES. 87
4 don : Varthritide ne se généralise jamais^ L'examen de tels faits
in ne nous amènerait-il pas à reconnaître deux sortes d'éruptions
« arthritiques, l'une se développant sur des poiats électifs limités,
« l'autre occupant toute la surface du corps? Si bien que nous ne
« pouvons plus tirer aucun caractère positif du siège de l'affec-
« tion, et qu'en serait presque en droit, en se basant uniquement
« sur ce signe, de multiplier les espèces, et de créer deux variétés
« distinctes avec les différentes manifestations de la même maladie.
« Ceci, il faut l'avouer, devient plus que de l'obscurité.» (p. 48, Zi9.)
Toute l'obscurité est du côté de M. Hardy. Que veut-il dire
avec ses espèces et ^q?, variétés distinctes faites des différentes
manifestations de la même maladie? Je regrette qu'il ne s'ex-
plique pas davantage là-dessus, et, quant à moi, il me semble
que j'ai donné à ces mots un sens assez précis pour qu'on ne
puisse faire aucune confusion. Dans cette argumentation,
que se propose-t-il ? De démontrer que tues artliritides n'exis-
tent pas et qu'on doit les faire rentrer dans la classe des dar-
tres. Pour y arriver, il prend tour à tour le siège, la forme, la
couleur, l'absence de prurit, etc., et montre qu'un de ces
signes peut manquer. Puis il conclut du particulier au géné-
ral. Mon savant collègue ne prouve rien en voulant trop
prouver. Pourquoi vouloir qu'il en soit autrement dans la
pathologie cutanée que dans la pathologie ordinaire? Et, pour
citer des exemples, ne voit-on pas, dans les jQèvres érup-
tives, manquer le signe le plus caractéristique, Téruption ?
N'existe-t-il pas des varioles, des rougeoles, des scarlatines
incontestables sans exanthème ?
Ressort-il de l'argumentation de M. Hardy que la ques-
tion du siège ne soit pas importante? Nullement S'il est
vrai que, dans les syphilides exanthématiques [précoces^ de
M. Hardy), il n'y a pas lieu de tenir compte de ce carac-
tère à cause de la généralisation de l'éi'uption, dans les sy-
philides circonscrites [intermédiaires de M. Hardy) le siège
devient utile à considérer pour le diagnostic. Pourquoi n'en
serait-il pas de même dans l'arthritis? En disant que l'ar-
thritide ne se généralisait pas^, je n'ai jamais parlé des affec-
88 CINQUIÈME LEÇON.
lions pseiido exanthématiques. L'observation de pemphigus
chronique généralisé, terminé par la mort, que [M. Harchr
invoque contre mon opinion est un exemple assez mal choisi.
Il s'agit là d'une arthritide maligne, et, par- conséquent, ne
pouvant pas être comparée à la forme commune, qui est celle
où l'on observe la limitation des éruptions.
Quant à l'observation XT (p. 35Î) de psoriasis arthritique
généralisé, elle est également citée mal à propos. L'éruption
occupait les parties génitales, les avant-bras, les jambes et le
cuir chevelu, c'est-à-direlesiégede prédilection des arthritides.
Est-ce là ce que M. Hardy appehe un psoriasis généralisé?
A l'occasion du pemphigus chronique, je me suis de-
mandé bien souvent s'il n'y aurait pas lieu de fonder une
classe spéciale intermédiaire aux maladies constitutionnelles
et aux diathèses, et d'admettre comme plusieurs auteurs, et
entre autres Jean-Paul Tessîer, une classe de maladies ca-
cftectiques comprenant le pemphigus chronique, la maladie
d'Addison, le scorbut, le diabète sucré, etc., etc., toutes ma-
ladies, qui ont pour caractère principal une atteinte profonde
à la nutrition? N'allez pas croire cependant. Messieurs, qu'il
y ait paresse ou obstination de ma part, si j'hésite encore à
modifier sur ce point ma classification ! D'autres considéra-
tions plus sérieuses me guident. G'est que, depuis ^quelque
temps, j'ai eu l'occasion d'observer plusieurs cas'de pemphi-
gus chronique sur lesquels j'avais étabU moi-même le plus
fâcheux pronostic, et qui ont parfaitement guéri sous l'in-
fluence des alcalins et du perchlorure de fer. Une autre rai-
soîi qui m'engage à conserver cette affection dans les arthri-
tides, c'est que, dans les trois quarts des cas, j'ai rencontré
chez les individus qui en étaient atteints des antécédents
manifestement arthritiques. (I)
« La forme nummulaire et arrondie ne peut être un caractère
« pathognomonique de l'arthritide, puisque cette forme se ren^
(1) Voir les changements que j'ai apportés, eu 1865, à ma classi-
fication de? arllirilido?.
OBJEOtlONS f.ONTf;E l/AliTJlillJIS r.l rj:s Af;THR!TlliKS. 8i-l
« contre dans main te affection de toute autre nature. On la trouve
« dans les maladies parasitaires si bien délimitées, que quelques-
a unes ont reçu le nom de circinées ; elle existe dans le pityriasis
« dartreux, et nous en avons rencontré de beaux exemples chez
« des sujets qui n'offraient aucun antécédent, ni aucun caractère
« arthritique. On retrouvera ce mode de groupement dans le pso-=
« riasis circiné ou lèpre vulgaire, et cette forme de développement
B existe également dansle psoriasis guttata et dans quelques autres
a variétés de dartres. Du reste, pour nous en tenir h la lettre, ou-
« vrons l'ouvrage de M. Bazin, et nous y trou\rerons l'exemple
« d'un psoriasis dartreux totalement défavorable à la doctrine que
a défend cet auteur : Sur la partie postérieure du bras gauche^ dit-
« il, existeune plaque rouge arrondie;.., plus bas, sur la imrtie ex-
« terne de la cuisse gauche, on trouve une plaque arrondie. (Obser-
« vation XIX, p. 362.) — Â la page suivante, on lit la description
a d'un autre psoriasis également herpétique par laquelle nous
« apprenons que la poitrine et le dos offraient des cercles complets
« et incomplets. »
« En présence des faits positifs qui nous révèlent, de l'aveu
« même de M. Bazin, l'existence de la forme nummulaire et cir-
« cinée aussi bien dans les affections dartreuses que dans les érup-
« tions arthritiques, de même que son absence fréquente dans les
m. manifestations cutanées de cette dernière espèce, nous nn pou-
« vons plus accorder qu'une bien minime valeur à un caractère
« aussi incertain. » (p. /|9 et 50.)
M. Hardy confond deux formes bien distinctes : la forme
nummulaire et la forme circinée. Dans la première, les élé-
ments éruptifs se présentent toujours sous forme de disques
pleins qui, bien qu'arrondis d'une manière générale, ne
présentent pas cette délimitation si exacte, cette régularité
parfaite de la forme circinée. Cette dernière offre l'aspect de
bandes annulaires plutôt que de disques, et quand la plaque
circinée est pleine ù son centre, sa circonférence est toujours
•plus nette et tranche sur le reste^du cercle.
Du reste, en donnant la forme nummulaire comme carac-
tère des arthritides, j'ai eu en vue les affections humides
90 CINQUIÈME LEÇON,
plutôt que lés affections sèches. Dans ces dernières, dans le
psoriasis, par exemple, on retrouve souvent la forme num-
mulaire aussi bien dans l'espèce arthritique que dans l'espèce
herpétique ; mais encore faut-il faire une distinction impor-
tante.
Dans le psoriasis dartreux, la forme nummulaire ne con*
stitue jamais qu'une phase de transition ; elle a toujours ét^
précédée de psoriasis punctata et guttata, et elle sera suivie
de psoriasis difTusa.
Dans le psoriasis arthritique, au contraire, la forme num-
mulaire existe dès le début et persiste jusqu'à la fin.
« Nous serons moins sévère en ce qui concerne la coloration des
» arlhritides. Elles oifrent, en effet, dans certains cas, une teinte
« violacée assez bien caractérisée ; nous citerons surtout i'éry-
« thème noueux, l'une des rares afCeclions qu'on pourrait, à la ri-
» gueur, rattacher au rhumatisme. Notons toutefois que cette
« couleur n'appartient pas uniquement à cetle classe de lésions, et
« qu'elle est le propre d'un groupe plus important et plus légi*
« time, celui des scrofulides. »
Pourquoi citer surtout l'érythème noueux? Est-ce q;Ué
l'érythème papulo-tuberculeux, la couperose arthritique, lé
lichen lividus, etc.. ne présentent pas la même coloration?
Il n'est pas tout à fait exact d'avancer que la couleur des '
arthritides est la même que celle des scrofulides. Elle en dif-
fère notablement.
La coloration arthritique est d'un rouge vineux ou bien
ressemble à la couleur de la framboise. Elle est essentielle-
ment congestive, et, le plus habituellement, on y remarque
des dilatations variqueuses des capillaires.il peut même se
faire dans le derme de petites hémorrhagies que l'on recon-
naît facilement à ce que la rougeur qu'elles causent ne dis-
paraît pas sous la pression du doigt et passe par toutes les
teintes de l'ecchymose. Cette disposition hémorrhagique est
tout à fait spéciale à l'arthritide et ne se retrouve jamais dans
la scrofulide, dont la rougeur bleuâtre et blafarde disparaît
conoplétomont ;i 1;i prr?^;inn. La coloration est caractéristique
ÔBJECTIO^iS CONTRE L'AUTHlUnS ET LES APiTHlUlIOKS. 9i
nôtt-seulement pour les affections cutanées, mais encore pour
les manifestations viscérales de Tarthritis.
Je vous ai annoncé que l'arthritique mourait souvent d'un
cancer. J'admets donc un cancer arthritique, que je distingue
du cancer diathésique, et auquel j'attribue des caractères
spéciaux.
Ces signes distinctifs, je les ai longtemps cherchés, et au-
jourd'hui je peux rassembler une vingtaine de faits tendant
ù prouver que le cancer arthritique n'est autre que la produc-
tion morbide désignée sous le nom de fongiis hématode ; or,
vous savez que ce fongus est précisément caractérisé par la
vascularisation et la dilatation phlébectasique des vaisseaux
portées à un point tel que le tissu malade, mollasse et d'une
couleur lie de vin, ressemble à une éponge gorgée de sang.
Cette dilatation des vaisseaux les prédispose à la rupture ; de
là les petits kystes sanguins que l'on voit dans cette forme
de cancer et ces hémorrhagies si abondantes, qu'il ne fau-
drait pas toujours considérer comme le résultat exclusif du
travail ulcératif.
« La nature des produits excrétés ne saurait guère mieux nous
u guider dans notre diagnostic. M. Bazin nous parle de la séche-
«c resse des éruptio'is ; mais quel psoriasis arthritique ou dartreux
« est jamais humide? Quel eczéma, arrivé à sa troisième période,
« n'est desséciié et recouvert de squames? »
Vous voyez, Messieurs, que mon contradicteur se bat
contre des moulins à vent. En vérité, de pareilles objections
ne mériteraient pas qu'on s'y arrêtât, si elles n'émanaient
d'un homme aussi éminent que M. Hardy. Qui a jamais dit
que le psoriasis fût humide, et que vient faire cette affection
qui n'est nullement en cause? Mon savant collègue confond
un caractère restreint avec un caractère absolu, général.
C'est comme s'il venait dire que le râle crépitant de la pneu-
monie ne signifie rien parce qu'on le retrouve dans d'autres
maladies du poumon. Je n'ai jamais conteste qu'un ecziniia,
quelle que fût du reste sa nature, ne pût être de^:s6ché et re-
couvert de squames à sa troisième période. Ce que j'ai dit et
9'2 riNoi itiMi: JK(nN.
ce que je maintiens, c'est que l'eczéma artiiritique présente
le plus ordinairement ce caractère de sécheresse dès son dé-
but et le conserve jusqu'à la fin, ce qu'on ne voit pas dans
les autres espèces] d'eczéma.
M La multiplicité des lésions élémentaires ne forme pas plus un
« caractère particulier de Tarthritisme que de la dartre et de la
« syphilis. Ce mélange et cette multiplicité existent, il est vrai.
« dans ce que Al. Bazin a décrit sous le nom d'arthritides ; mais ne
« voyons-nous pas chaque jour les vésicules d'un eczéma dartreux
« type se mêler aux pustules de l'impétigo, s'accroître et simuler
« la bulle, ou enfin so confondre pêle-mêle avec les papules du li-
« chen? Que de fois les taches exanthématiques de la roséole sy-
« philitique ne se compliquent-elles pas d'une éruption papuleuse?
« Que de fois encore ne se recouvrent-elles pas de squames! Ge
a mélange existe donc réellement ; rien même n'est plus fréquent;
« mais on le rencontre dans la syphilis et dans la dartre comme
« dans l'arthritis, si bien que nous ne saurions à aucun titre y
K voir un caractère spécifique des éruptions symptomatiques de
« cette dernière diatlièse. » (p. 50 et 51.)
Non, nous ne \u\ uns pas tous les jours les vésicules d'un
eczéma dartreux type .se mêler aux pustules de l'impétigo,
s'accroître et simuler la bulle, et enfin se confondre pêle-mêle
avec les papules du lichen. Je m'inscris en faux contre cette
proposition, qui ne peut être vraie qu'à la condition de con-
fondre tous les genres et de faire rentrer la plus grande par-
tie des affections cutanées dans l'eczéma, à l'exemple de mon
estimé collègue qui, du reste, est le seul de son avis.
Je ne conteste pas cette multiplicité des lésions élémen-
taires dans la syphilis. Mais qui ira jamais confondre une
syphilide avec une arthritide ? Les caractères objectifs des
deux affections sont bien différents et ne permettent pas
l'hésitation. Je comprendrais plutôt que Ton confondît l'ar-
thritide avec une éruption artificielle oij les lésions élémen'
taires sont également multiples. Et cependant, là encore la
connaissance des antécédents lève tous les doutes. Quant à
ohjjj IIONS t UN IJIE j. AlililiilliS J:I ifs A ri 1 llftl J IJ)J'.S, 9^'»
la darf.re, jamais on n'y voit le mélange des différentes lé-
sions, et toujours on observe des affections simples.
« La récidive, d'après notre savant collègue, aurait toujours
« lieu à la môme place et constituerait ainsi un caractère différentiel
« important entre la dartre et Tarthritis. Pour ruiner cette asser-
« tion,nous n'avons qu'à user des armesque nous fournit M, Bazin,
« et à retourner une fois encore aux observations qui servent à
K appuyer les lois qu'il a voulu formuler : nous y trouverons l'his-
u toire d'un psoriasis qui siège sur un avant-bras et sur le dos
« des mains (Observ. XI, p. 351). Tournons quelques feuillets;
« relisons l'histoire d'un autre fait que nous avons déjà eu l'oc-
« casion de citer (Observ. IX, p. 347) et jugeons par nous-mêmes
a de la valeur et de la constance des récidives sur place. »
Les faits que cite M. Hardy ne sont pas aussi probants qu'il
le croit contre mes doctrines. Le premier est un fait excep-
tionnel et ne peut infirmer la règle ; quant au second, il
m'est complètement impossible d'y voir un cas de récidive,
puisqu'il est dit que l'affection n'a jamais quitté le malade.
Elle s'est montrée d'abord sur une main, puis a envahi l'au-
tre sans quitter la première. Est-ce là ce que M. Hardy ap-
pelle récidive? Pour moi, je n'y vois qu'une extension de
l'affection.
Vous savez, Messieurs, que j'ai encore donné comme ca-
ractères des arthritides, d'une part l'asymétrie, de l'autre
la nature du prurit, qui consiste plutôt dans des picotements
et des élancements que dans de véritables démangeaisons.
Poursuivant son argumentation, M. Hardy attaque égale-
ment ces deux caractères, et, à force de recherches, il a pu
trouver dans les observations que j'ai citées quelques faits où
ils n'existent pas. Il en tire sa conclusion ordinaire, c'est que,
puisqu'ils. peuvent manquer et se retrouver dans des affec-
tions d'une autre nature, ils ne sont pas spéciaux îil'arthritis.
Toute l'argumentation de M. Hardy repose sur des vices
de logique. Il conclut du particulier au général. Pour dé-
truire l'arthrilis, il ne suffii pas, comme le fait mon savant
collègue, de prendre chaque caractère en particulier etd
94 Cl?(QmÈMÉ LEÇON.
démontrep qu'on ne îe retrouve pas danâ tôUê les cas. A ce
compte, peu d'entités morbides, même de celles que tout le
monde admet sans conteste, résisteraient à une telle manière
de procéder, car il n'est aucune affection dont un ou plusieurs
signes même importants ne puissent manquer. Il faut dé-
montrer qu'il n'y a aucune relation entre les manifestations
cutanées et les manifestations articulaires et viscérales de
l'arthritis, quand l'observation de chaque jour prouve le
balancement qui existe entre elles ; il faut s'attaquer à l'en-
semble des caractères des arthritides ; il faut surtout s'ap-
puyer sur des faits et ne pas s'en tenir h de simples affirma-
tions, comme le fait M. Hardy»
« ^lalgré toutes ces contradictions, malgré la nullité de tous les
« signes que nous venons de passer en revue, nous ferions cepen-
« dant abstraction de toutes les erreurs et de toutes les singula-
a rites que nous rencontrons dansla théorie de l'arthritis, pournous
«« ranger à l'opinion de notre collègue, si nous avions pu constater
M l'efficacité d'un traitement spécial et particulier à cette dia-
« thèse... Malheureusement, sous ce rapport, rien n'est venu
« confirmer les divisions établies par M. Bazin. Aujourd'hui, noua
«» avons eu à traiter trop de sujets atteints de prétendues arthri-^
« tides pour baser quelque espoir sut l'omploi isolé des médica-
« lions anti-arthritiques. Non-seulement elles ne nous ont presque
tt jamais tourni que des insuccès; mais nous avons toujours vu les
« médications antiherpétiques en triompher mieux que toute autre
« et les guérir aussi vite et aussi sûrement que les affections dar*
«t treuses les mieux dessinées Les cas réfractaires à la thérapeu
« tique des dartres l'ont été également à l'emploi des alcalins; .
« aussi, jusqu'ici, rien ne nous autorise-t-il à séparer du groupe
« des dartres quelques-unes des manifestations morbides qui lui
« appartiennent légitimement, et qu'on s'efforce de ranger dans
« la classe nouvelle des arthritides. o
Je m'explique difiiciloment que M. Hardy n'ait jamais eu
que des insuccès dans le traitement des dartres par les alca-
lins, quand des observateurs aussi distinguos que MM. Ga-
aenave, Dever2:ieet Gibert ont vu roussir cette médication
OBJECTIONS CONTRE l'aRTHRITIS ET LES ARTHRITIDES, 95
dans un grand nombre de cas. Je renonce à l'espoir de con-
vaincre mon honorable collègue et je ne crois pas qu'il ad-
mettrait davantage les artliritides , s'il voyait ces affections
modifiées par les alcalins. N'a-t-il pas une porte de derrière
toujours ouverte? Quand il voit guérir les scrofulides béni-
gnes par les antiscrofuleux, il ne soutient plus que « celte
épreuve thérapeutique est lapierre de touche par excellence »
et, loin de faire de ces affections une manifestation de la
scrofule, il persiste à dire que ce sont des dartres sur un ter-
rain scrofuleux , et qu'on ne les a guéries que parce qu'on a
modifié le terrain. Vous voyez donc, messieurs, quil n'y
aurait aucune raison pour M. Hardy d'admettre les arthri -
tides, alors même qu'il viendrait à reconnaître l'utilité delà
médication alcaline. Là encore il pourrait avancer que l'on
n'a fait que modifier le support.
En admettant, comme le fait M. Bazin, une relation certaine
« entre les lésions de la peau et le rhumatisme, pour peu que le
a sujet ait offert antérieurement des symptômes rhumatismaux*
a soit par lui-môme, soit môme uniquement dans quelques-uns de
« ses ascendants, on ne tarderait pas à rattacher la majorité des
a maladies de la peau à cette affection constitutionnelle. Quel est,
« en effet, le malade qui, arrivé au milieu de sa vie, peut se van-
« ter de n'avoir jamais subi aucune atteinte de rhumatisme aigu
a ou chronique, musculaire ou articulaire, ou d'être issu de pa-
« rents aussi heureux que lai à cet égard ? »
L'argument de M. Hardy vient tout à, fait corroborer ma
manière de voir. C'est précisément parce que la goutte et le
rhumatisme sont si fréquents dans nos climats, que l'on
observe tant d'arthritides, et que ces dernières forment les
trois quarts des dartres de mon savant collègue, ce qui n'est
pas peu dire, car les dartres de M. Hardy comprennent l'im-
mense majorité des affections cutanées.
Il me reste, messieurs, à répondre à MM. Lafond Gouzi et
Gornil.
Le premier, d'après M. Ameuille, regarde les eczémas,
les affcf^tions rhumatismales et la disposition héraorrhoïdaire
9(; (iNoriÈMi: i.KroN.
comme une des maalfestationsles plus ordinaires de riierpé-
tisme.
Quand on met l'hypothèse à la place de l'observation, on
va nécessairement à la dérive. C'est ce qui est arrivé pour
M. r<afond Gouzi. Qu'est-ce, en effet, que cette monstruosité
pathologique, décorée par lui du nom d'herpétisme ? Quel est
ce caméléon qui peut revêtir tous les aspects, prendre toutes
les couleurs? Où a-t-il vu le principe herpétique dans les
hémorrhoïdes ? A quels signes ra-=t-il reconnu dans les dou-
leurs articwlaires et le rhumatisme? Je n'ai pas la prétention
d'expliquer, et encore moins de justifier d'aussi étonnantes
découvertes.
Mais l'observation nous tient un tout autre langage. C'est
elle qui nous montre les rapports des affections entre elles,
le lien qui les unit, l'ordre de leur apparition et la place
qu'elles occupent dans l'évolution de la maladie dont elles
dépendent. C'est elle aussi qui nous apprend que l'érysipèle,
les hémorrhoïdes, les pneumonies et toutes les affections qui
se montrent indistinctement au début, au milieu ou vers la
fin des maladies constitutionnelles ne sauraient être regar-
dées tout au plus que comme des complications ou des mala-
dies intercurrentes.
M. Hardy -{S'étonne que je n'aie point admis une pneumo-
nie arthritique, de môme qu'il existe, dit-il, une pneumonie
scrofuleuse; mais jamais, dans aucun cas, la phlegmasie du
poumon ne m'a présenté quelque chose de spécial qui permît
de la rattacher soit à la scrofule, soit à la dartre, soit à l'ar-
thritis. La pneumonie d'ailleurs se montre indistinctement,
comme je viens de le dire, à toutes les périodes de la maladie
constitutionnelle.
En admettant que le terrain scrofuleux modifie, d'une
manière toute spéciale, les maladies telles que la syphilis, ia
dartre, la pneumonie, M. Hardy abuse étrangement de cette
hypothèse des terrains, bonne tout au plus ù expliquer cer-
taines modifications des affections parasitaires.
Ai-je compliqué, comme le dit M. Gornil, d'un élémeni^
OBJLCllUiNS tOMlïL LAlllllKl'l IS i>T LES Alil JIHHIUES. 07
nouveau le diagnostic des maladies de peau, sans donner des
moyens suffisants pour arriver au diagnostic?
Je ne puis accepter ce reproche. Avec les caractères que
j'ai donnés, on arrive, au bout de quelques mois de pratique,
ù reconnaître les arthritides et à les différencier des autres
affections cutanées beaucoup plus facilement qu'on ne distin-
gue les scrofulides des sypliilides. Qu'y a-t-il donc de difficile
dans le diagnostic de l'érythème noueux, de l'acn* pilaris,
de l'acne rosea, de l'eczéma vernal et périodique, de l'herpès
préputial?.... Je ne saurais toutefois disconvenir qu'il est
des cas oii le diagnostic de l'arthritide et de l'herpétidc
humides peut offrir de sérieuses difficultés, mais ce sont
là des cas exceptionnels et qui se présentent aussi bien pour
les scrofulides et les sypliilides que pour les manifestations
cutanées de l'arthritis et de la dartre.
N'ai-je pas donné les caractères généraux de l'unité consti-
tutionnelle et les caractères particuliers aux arthritides soit
aiguës, soit chroniques ?
Je n'ai rien de plus à répondre à M. Cornil, si ce n'est que
ces signes sont toujours^suffîsants pour celui qui aborde le lit
du malade sans idée préconçue, avec le seul désir de recher-
cher la vérité.
SIXIÈME LEÇON.
Messieurs
La leçon d'aujourd'hui sera consacrée à l'examen des objec-
tions que Ton a faites à la dartre, considérée comme maladie
constitutionnelle.
Commençons par l'argumentation de M. GaîUeton , au-
teur d'un mémoire sur l'eczéma. Voici ce que nous lisons
dans ce mémoire :
« M. Bnzin, ayant besoin d'une maladie plus palpable pour
marcher de pair avec la scrofule, la syphilis et le rhumatisme,
créa de toutes pièces la maladie que nous allons décrire, en lui
empruntant sa description :
« Dartre s
«t Première péfiode. — Affections superficielles de la peau et
des muqueuses. Ophthalmies. Coryzas.
« Deuxième période. — Affections plus fixes, plus adhérentes.
— Les affections cutanées sont opiniâtres; l'eczéma est rangé
dans cette catégorie. Catarrhes pituiteux, utéro-vaginaux.
« Troisième période. — Les affections tendent à se générali-
ser ; souvent elles se suppriment et se portent sur les organes
internes, la vessie, leioie, l'estomac, la rate, le poumon. — Fiè-
vre périodique, vomissements, catarrhe vésical, apoplexie ner-
veuse, hydropisie avec ou sans métastase.
« Quatrième période — Les accidents sont fixes i la marche
progressive est fatale vers une fâcheuse terminaison. — Ramol-
lissement de la muqueuse gastrique, cancer de l'estomac, du foie ;
engorgement hypertrophique du foiCj de la rate, du pancréas ;
tumeurs des ovaires, de l'utérus ; maigreur^ anasarque, infiltra-
tion générale.
« Une pareille maladie ne tenferme-t-elle pas tous les maux de
OBJECTIONS FAITES A LA DARTRE 99
la boîte de Pandore? Une même cause produit la simple plaque
de l'eczéma, et le cancer, et les tumeurs fibreuses, etc., A cet
énoncé, vous attendez les preuves qui vont changer vos croyances,
et vous faire embrasser la vérité nouvelle.
a Ecoutez la preuve :
« Quelle est la nature des altérations viscérales propres à la
dartre, et comment les distinguer des lésions d'origine scrofuleuse
et syphilitique? La fausse direction, imprimée de nos jours aux
recherches d'anatomie pathologique, est cause que tout est encore
à faire sur cet intéressant sujet.
{Leçons sur la scrofule. — Bazin.)
c( Lorry et Alibert même, dans plusieurs passages de leurs livres
célèbres, ont avancé aussi ces asssertions lugubres; mais l'obser-
vation avait fait justice de ces hypothèses, et M. Bazin ne nous
paraît pas avoir étayé leur doctrine sur des observations plus
concluantes. Reconnaissant la coexistence de l'eczéma avec diverses
alTeclions, le médecin de Saint-Louis a cru que les deux maladies
étaient toujours dominées par une cause d'un ordre plus élevé. Les
faits, malheureusement, prêtent peu à cette interprétation: Un en-
fant est affecté d'entérite, une femme de {jastralgie, tous deux ont
un eczéma; je guéris l'entérite de l'un, la gastralgie de l'autre, par
les moyens ordinaires, tout disparait. Que devient alors l'idée de
la dartre ? M. Hardy ne croit pas aux entérites, aux bronchites
dartreuses, et, si nous prenons un organe accessible à nos moyens
d'investigation, l'utérus, et sur lequel la dartre exerce un grand
empire, suivant l'opinion de plusieurs, M. Bi^cquerel nous mon-
trera que ces prétendues manifestations dartreuses n'ont jamais
existé que dans l'imagination de ceux qui les ont inventées. Ces
affections de l'utérus ou du col, qui coïncident ou alternent avec
des maladies herpétiques, M. Becquerel ne les a pas vues; et quant
à l'herpétisme comme cause des granulations, sur plusieurs cen-
taines d'observations, cet observateur n'a rien noté qui autorise
cette assertion.
(Becquerel, tome II, p. 485, Traité dès maladies de l'utérui).
lOU SIXIÈME LL(jU^'.
« Avant de croire à la dartre viscérale, nous attendrons qu'on
nous ait convaincu par de rigoureuses observations.
a En résumé, nous refusons de voir dans la cause unique de
M. Hardy, ou les quatre causes de M. Bazin, le privilège de
présider à la naissance de l'eczéma, et nous allons chercher dans
les conditions générales ou locales les causes de cette affection
cutanée, »
Gailleion, mémoire cite (dans le Bulletin <ies travaux de la So-
ciété médico-pratique de Paris; années 1860, 61, 02 ; p. 53 et
suivantes).
Permettez -moi d'abord, messieurs, une petite rectifica-
tion : le tableau des aflections engendrées par la dartre, dont
M. Gailleton dit m'avoir emprunté la description, difTère
notablement de celui que j'ai donné. On ne peut, en eflet,
sans tronquer la maladie constitutionnelle, et sans en lais-
ser le cadre imparfait, supprimer, dans la première période,
la migraine franche (hémicranie), dont les douleurs lanci-
nantes, souvent suivies de vomissements, sont si distinctes
des pesanteurs de tête, des céphalalgies congestives de l'ar-
thrjtis, et qui constitue une manifestation dartreuse par
excellence. De plus, l'eczéma dartreux, que M. Gailleton
range exclusivement dans la deuxième période, appartient
également à la première; c'est même, après les pseudo-
exanthèmes, une des affections les plus fréquentes.
Dans la deuxième période, mon honorable contradicteur
ne dit pas un mot des affections sèches, comme le psoriasis,
dont la nature dartreuse est incontestable dans la plupart des
cas et qui constitue presque un type d'herpétisme. J'ai éga-
lement fait rentrer dans cette période les névralgies franches.
Dans la troisième période, M. Gailleton a oublié des affec-
tions très importantes, comme la bronchite capillaire, afiec-
tion sur laquelle j'ai tant de fois appelé toute votre attention.
Passons maintenant aux arguments du savant chirurgien
de l'Antiquaille :
Je crois qu'après avoir entendu l'extrait que je viens de
vuus lire, vous ne pourrez douter ({uoiM. Gailleton ne soif
OBJECTIONS FAITES A LA IjARTRE 101
organicieii à la façon de M. le professeur Monneret. Il con-
fond la maladie et l'affeclion, admet la génération des affec-
tions par les affections, des symptômes parles symptômes,
des phénomènes par les phénomènes. Il ne croit pas à la
darfre comme unité pathologique ; il ne veut pas que la gas-
tralgie et l'entérite en puissent être des manifestations ; il
préfère subordonner la production des dartres à la gastralgie
et à l'entérite. Je vous ai fait voir tout ce que cette doctrine
a d'erroné. J'ai également réfuté^ avec vous, l'argument que
M. Gailleton tire de la thérapeutique de ces deux affections,
en vous montrant qu'il n'était pas toujours vrai de dire qu'on
guérit l'eczéma en traitant la gastralgie. Cela n'arrive que
si l'on attaque la gastralgie par une médication qui s'adresse
à la maladie constitutionnelle dont dépendent gastralgie et
eczéma, c'est-à-dire, par les arsenicaux pour la dartre, par
les alcalins pour l'arthritis. Les autres médications, comme
l'opium, qui réussissent dans les gastralgies non constitution-
nelles, n'ont aucune action sur l'eczéma.
M. Gailleton m'accuse d'avoir créé la dartre de toutes piè-
ces. « Une semblable maladie, s'écrie-t-il;, ne renferme-t-elle
. pas tous les maux de la boîte de Pandore ? Une môme cause
produit la simple plaque de l'eczéma, et le cancer, et les tu-
meurs fibreuses, etc..» Mais M. Gailleton pourrait en dire,
autant, si bon lui semble, de la scrofule, de la syphilis et de
bien d'autres maladies. Une même cause produit également
quelques gourmes dans l'enfance, et le lupus et la carie, et
la tuberculisation pulmonaire, etc. Une même cause produit
encore la simple tache de la roséole, et la syphilide tubercu-
leuse, et les gommes et l'ostéite et la nécrose, etc. Or, de quel
droit refuserait-il à la dartre ce qu'il est forcé d'accorder à
la syphilis et à la scrofule?
Et, du reste, voyons un peu ce que le chirurgien de l'An-
tiquaille met à la place de l'étiologie que j'ai proposée.
Il partage les eczémas en trois groupes d'après la cause
présumée :
Dans un premier groupe, il place les eczémas sous la dé-
6
102 SIXIÈME LEÇON.
pendance de maladies ^'générales (scrofule, syphilis, rhuma-
tisme, é(,at puerpéral, causes m.orales.^
Que dire, messieurs, des causes morales considérées
comme maladies générales, et placées sur la même ligne que
la scrofule, la syphilis, le rhumatisme? En vérité cela n'est
pas sérieux. Admettez-vous aussi, dans ces dernières, l'état
puerpéral, qui est un état physiologique? De plus, ne vous
serable-t-il pas curieux de voir M. Gailleton, après avoir an-
noncé qu'il refuse de voir dans les quatre causes de M. Bazin
le privilège de présider à la naissance de l'eczéma, admettre
des eczémas scrofuleux, des eczémas sous l'influence du rhu-
matisme, et même des eczémas syphilitiques?
Dans le deuxième groupe se rangent les eczémas sous la
dépendance. des nic^ladies internes locahsées, telles que affec-
tions des organes diges'^ifs; affections catarrhales; troubles
delà menstruation; suppre'ssion de flux habituels. M. Gail-
leton rattache à celte classe des eczémas produits par la
diarrhée des nouveau-nés, la dentition, la gastralgie et la
gaslro -entérite.
Le deuxième groupe a encore moins de raison d'être que
le premier. La suppression des flux, les désordres de la mens-
truation sont des causes banales que l'on retrouve dans tous
les anciens auteurs etqui n'ont rien de particulier àl'eczéma.
On ne doit pas les considérer comme des causes, mais bien
comme des prodromes de la maladie.
Quant à ce qui est de la gastralgie et de la gastro-entérite
considérées comme causes d'eczéma, c'est faire jouer un trop
grand rôle aux afTections du tube digestif. Il y a longtemps
que l'observation a fait justice de la doctrine de Broussais,
oij la gastro-entérite avait une part si large dans la produc-
tion de toutes les maladies. La coexislenco d'une gastralgie
avec un eczéma ne suffit pas^pour démontrer que la première
du Ce'S affections produit la seconde; ou bien alors, il faut
admettre comme cause d'eczéma les maux de tête et la
migraine et plusieurs autres aircctions dont la coïncidence
est aussi fréquente que celle des troubles de l'estomac.
OBJECTIONS FAITES A LA DARTRK 1 OM
Il m'est complètement impossible de regarder l'eczéma dû
à l'entérite des nouveau-nés comme produit par une maladie
interne localisée. Cette variété serait beaucoup mieux placée
dans le troisième groupe; car la seule cause que l'on puisse
admettre ici raisonnablement, c'est le contact des matières
irritantes, des fèces qui souillent continuellement la peau
des nouveau-nés. M. Gailleton aurait pu ajouter que cet
eczéma est d'autant plus étendu et plus grave que l'enfant
reste plus longtemps en contact avec ses langes sales.
Le travail de la dentition, rangé encore par mon honorable
confrère dans cette catégorie, doit être considéré comme une
cause prédisposante et non une cause efficiente d'eczéma.
Enfin le troisième et dernier groupe comprend les eczémas
sous la dépendance de causes locales (agents irritants divers).
C'est celui des trois qui est le plus naturel; il correspond à
ma classe des eczémas artificiels.
Vous voyez, messieurs, que les divisions proposées par
M. Gailleton dans l'étiologie del'eczéma sont peu rationnelles
et donnent même des idées fausses sur les causes de cette
affection. Du reste peut-on, comme le fait cet auteur, me
reprocher de n'avoir admis que quatre causes d'eczéma? Je
proteste énergiquement, et je vais vous montrer que M. Gail-
leton n'a qu'une idée imparfaite de mes doctrines et qu'il
confond la nature avec la cause des affections, à l'instar do
M. Devergie.
J'admets pour l'eczéma, comme pour toute affection géné-
rique, trois ordres de causes :
— Efficientes ;
— Prédisposantes ;
— Occasionnelles ;
Les premières sont les plus importantes. Chacune d'elles
imprime un cachet tout à fait spécial aux différentes affec-
tions génériques de la peau, et leur donne des caractères
particuliers qui permettent toujours d'en reconnaître la na-
ture. Aussi est-ce sur cet ordre de causes qu'on doit fonder
104 SIXIÈME LEÇOK.
toute bonne classification des affections spéciales de la peau.
Ces causes sont :
Externes (eczémas parasitaires : eczémas artificiels.)
Internes (eczémas constitutionnels : scroluleux, arthriti-
ques, herpétiques, syphilitiques).
De là les deux grandes divisions qui font la base de ma
classification des affections en voie d'évolution.
Quelle que soit la maladie constitutionnelle du sujet, il
faut toujours, pour que ce dernier soit affecté d'eczéma, une
certaine prédisposition que nous retrouvons dans l'âge, le
sexe, le tempérament, la constitution, les époques critiques,
telles que la dentition, la puberté, l'âge de retour, la fécon-
dation et l'état puerpéral.
Enfin, le troisième ordre de causes que j'admets se com-
pose des causes occasionnelles qui, comme leur nom l'in-
dique, font éclater la maladie et en provoquent les manii'es-
tations.
Ces causes peuvent être morales ou physi([ues. Les pre-
mières (frayeur, colère, émotions) sont plus particulières aux
dartres ; les secondes (action du froid) se retrouvent souvent
dans les arthritides.
Voilà, il me semble, une division simple, méthodique et
philosophique, des causes, qui vaut beaucoup mieux que celle
de M. Gailleton.
Mais reprenons son argumentation :
M. Hardy, dit-il, ne croit pas aux entérites et aux bron-
chites dartreuses. Gela peut être vrai ; mais il faut d'abord
savoir ce que l'on entend par ces mots. Si l'on veut désigner
par bronchites et entérites dartreuses l'eczéma de la mu-
queuse bronchique ou intestinale avec tous ses caractères de
■vésiculation, de ponctuation et de suintement, moi aussi je
les rejette, parce que je n'ai jamais rien vu de semblable;
mais si l'on entend par là des catarrhes bronchiques et intes-
tinaux sous la dépendance des maladies constitutionnelles,
cela est bien différent, et l'observation journalière en démon-
tre l'existence. Vous n'avez qu'à suivre attentivement les
OBJECTIONS FAITES A LA DARTRE. ! 05
malades pour voir le même sujet atteint successivement d'un
eczéma et d'une bronchite catarrhale opiniâtre : quand l'une
de ces affections guérit, l'autre reparaît pour quitter à son
tour le malade et faire place à la première, jusqu'à ce que
toutes deux deviennent permanentes et prennent définitive-
ment droit de domicile sur le sujet. Ces faits sont extrême-
ment fréquents. Ce balancement entre les affections cutanées
et les affections catarrhales se retrouve surtout dans l'her-
pétisme dont il constitue un signe pathognoraonique.
Il est également faux d'avancer avec Becquerel que les
manifestationsdartreuses de l'utérus n'existent quedans l'ima-
gination de ceux qui les ont inventées. Il ne se passe pas de
semaine que jo ne voie soit à ma consultation de la ville, soit
à celle de l'hôpital, des femmes parvenues à l'âge de retour
et venant se faire traiter pour un eczéma vulvaire. Eh bien!
je dois le dire^dans presque tous les cas l'examen, au spécu-
lum, m'a montré la propagation de l'eczéma aux parois du
vagin et au col de l'utérus. J'ai pu constater bien des fois,
sur ce dernier, les vésicules, l'état rouge et ponctué et un
suintement ■ séro-purulent. Ces femmes se plaignaient en
même temps de douleurs hypogastriques et lombaires. Voilà.
il me semble, une véritable métrite eczémateuse, qui ne peut
être niée que parles médecins qui se contentent d'un examen
superficiel et négligent l'examen des parties profondes.
Maintenant, peut on dire que cet eczéma soit une cause
de granulations du col? Je ne le crois pas, et pour moi, les
granulations sont toujours dues à une cause externe. Elles
sont l'effet du catarrhe utérin : il se produit là la même
chose que dans le catarrhe nasal postérieur lorsqu'on voit se
former la variété d'angine dite folliculaire, par suite de l'ir-
ritation que f.iit subir aux follicules du pharynx le muco-
pus qui tombe dans la gorge. Ces catarrhes ne sont pas dar-
treux, mais plutôt arthritiques. Est-ce à dire que l'arthrilis
Êoit la seule cause efficiente des granulations? Non ; il y a
deux causes principales beaucoup plus fréquentes : ce sont
la blennorhagie et l'accouchement. Mais il n'en est pas raoiria
106 SIXIÈME LEÇOiN.
vrai que le caianiie utérin, et par suite les granulations peu-
vent être aussi observés comme symptômes des maladies
constitutionnelles. A une époc[ue plus avancée de ces mala-
ladies, ce ne sont plus des granulations que l'on observe,
mais bien des dégénérescences cancéreuses, des fongus,
comme je vous l'ai fait voir dans la précédente leçon, en
vous faisant remarquer toutefois que cette dernière forme
était surtout celle que l'on observait dans l'arthritis.
Vous voyez, messieurs, d'après ces faits, qu'il ne faut pas
s'en tenir aux assertions de Becquerel^ comme le fait mon
honorable contradicteur, et que l'observation démontre que
les affections utérines sous l'influence de l'herpétisme
sont au contraire très-fréquentes. C'est, du reste, l'opi-
nion de médecins aussi expérimentés que pouvait l'être
Becquerel, et je n'ai qu'à vous citer les noms de Chomel,
MM. Gueneau de Mussy, Fontan, Durand Fardel, pour
vous prouver que Tidée de rattacher certaines affections
utérines à l'herpétisme est représentée par une foule de
bons observateurs.
Ce qui fait que l'on nie la relation des dégénérescences
organiques avec la scrofule, la syphilis, la dartre, l'arthritis,
c'est que, par suite d'une éducation médicale première vi-
cieuse, on a l'habitude de ne voir la scrofule que dans les
écroueUes, l'arthritis, que dans les arthrites rhumatismales
ou goutteuses, la syphilis que dans le virus. Rien n'est plus
absurde, car il est bien évident qu'on peut être scrofuleux,
par exemple, sans avoir eu d'adénite strumeuse. N'existe-t-il
pas, dans toutes les maladies constitutionnelles, une forme
fixe primitive (tumeur blanche, phthisie scrofuleuse) qui ne
se révèle à nos investigations que par une seule manifesta-
lion? C'est en méconnaissant ces faits qu'on se fait une fausse
idée de la symptomatologie des maladies constitutionnelles
et qu'on est porté à nier les rapports des affections entre elles.
Quand j'ai rattaché à la scrofule, à l'arthritis, à la dartre,
certaines affections cutanées ou viscérales, un cri général de
réprobation s'est élevé contre moi, Les uns, avec M. Gaille-
.OBJJiCnOAS FAITES A LA UAUJRi:. 107
ton, me reprochent d'avoir créé la dartre de toutes pièces.
D'autres, avec M. Pidoux, me reprochent de hii avoir fait une
part trop large et de l'avoir mise sur le môme pied que l'ar-
thritis et la scrofule. Pour ce dernier observateur, la dartre
n'est jamais qu'un produit métis de l'arthritis et de .la scro-
fule, servant d'intermédiaire entre ces deux maladies^ mais
ne méritant pas par elle-même le titre de maladie constitu-
tionnelle. Il n'admet que trois maladies chroniques capitales
(îcrofule, arthritis, syphilis), qu'il appelle primitives ou ini-
tiales, dont toutes les autres peuvent sortir par subslitulion
régressive ou dégénération. Entre les maladies chroniques
initiales et \es maladies chroniques finales ou organiques
(phthisie, cancer, atrophies, hypertrophies, différents tabès,
névroses graves et organiques), il place une longue série de
maladies chroniques formant des degrés intermédiaires dont
kl gradation est insensible, et qui, pour lui, constitue l'her-
pétisme. Les maladies appartenant aux degrés les plus voi-
sins des trois maladies initiales eu conservent encore cer-
tains caractères, qu'on ne retrouve plus à mesure que l'on
s'approche des maladies organiques.
Pour M. Pidoux, ma classe des dartres n'est composée que
fles affections mixtes qui ne se souviennent plus de leur ori-
gine, c'est-à-dire qui ne retiennent plus aucun des carac-
tères propres aux maladies capitales dont elles sont issues
par voie de dégénération. Elles se maintiennent plus ou
moins longtemps dans cet état intermédiaire; mais cela ne
les élève pas au rang de maladies chroniques capitales ; car,
en supposant, ce que, dit-il, il nie absolument, qu'elles puis-
sent naître d'emblée et sans avoir été amenées par l'action
altérante préalable d'une maladie capitale, cela ne change
pas leur nature, ni la place qu'elles occupent dans l'échelle
descendante des maladies constitutionnelles et héréditaires.
Cette série de maladies chroniques initiales, de transition,
et finales ne s'observe pas nécessairement chez le même indi-
vidu. Pour mon savantcollègue,c'estdans l'espace de plusieurs
générations, qu'elle se complète. Ainsi, tandis que le grand-
108 SIXIÈME LEÇON.
père aura été arthritique, !e père aura une des nombreuses
maladies chroniques que M. Pidoux range dans l'herpétisme,
et, enfin, le fils aura d'emblée une maladie organique.
M. Pidoux et moi, Messieurs, nous sommes loin de nous
entendre. Vous voyez, tout d'abord, que noi s nous faisons
l'un et l'autre une idée fort difïerente de la maladie.
M. Pidoux confond les affections et les maladies, tandis que
j'établis entre elles une ligne de démarcation bien tranchée.
Cela vous explique comment il se fait que M. Pidoux décom-
pose nos maladies constitutionnelles pour transformer les
affections qui constituent leurs diverses périodes en autant
de maladies différentes. 11 n'y a pas de maladies qu'on
puisse, à proprement parler, appeler initiales, intermé-
diaires ou finales, parce que toutes les maladies ont un com-
mencement, un milieu et une fin.
Les faits d'observation sur lesquels M. Pidoux fait reposer
son étrange doctrine sont loin d'avoir la signification qu'il
leur donne.
L'herpétisme est un état intermédiaire..., et pourquoi?
Sans doute, comme je le disais tout à l'heure, parce que l'on
voit le début de la scrofule dans l'écrouellc, le début de l'ar-
thritis dans l'arthropathie rhumatismale ou goutteuse, etc.,
mais c'est là une très-grande erreur que je combats depuis
longtemps, en démontrant par des faits que, dans la forme
commune, les maladies constitutionnelles commencent par
la peau, c'est-à-dire par les tissus les plus superficiels, et atta-
quent des tissus d'autant plus [profonds qu'elles s'éloignent
davantage de leur début.
On voit, dit-on, des malades qui n'ont que de V herpêtisme
(en donnant à ce mot la signification que lui donne M. Pi-
doux); ou envoit d'autres qui n'ontque des lésions organiques.
Peut-on raisonnablement admettre chez eux l'existence d'une
maladie constitutionnelle? Assurément oui, puisque toute
affection constitutionnelle présente des caractères spéciaux
qui font reconnaître sa nature ou son origine. N'avons-nous
OBJECTIOINS FAITES A LA DARTRE. i 09
pas admis, pour toutes les maladies constitutionnelles^ une
forme fixe primitive représentée par une seule affection ?
De ce que, dans trois générations successives, on observe
la même maladie constitutionnelle héréditaire, s'en suit-il
qu'il n'y ait là qu'une seule maladie dont la première pé-
riode s'observerait chez le grand-père, la seconde chez le
père et la troisième sur le fils? Les faits, je ne crains pas de
le dire, sont en opposition avec cette manière de voir : ce
rapport, posé a priori entre la succession des générations et
la succession des périodes de la même maladie constitution-
nelle n'existe que dans l'imagination de mon excellent col-
lègue, le docteur Pidoux.
On pourrait objecter à l'opinion qui considère la 'dartre
comme une entité morbide distincte, que sa troisième pé-
riode ne présente jamais d'altérations osseuses, comme cela
s'observe dans la scrofule, l'arthritis et la S3q3hilis : c'est
vr'cù; mais elle a un autre grand cai'actère qui la distingue
des autres maladies constitutionnelles, c'est !a mobilité et la
métastase des affections. Rien n'est plus fréquent que de,
voir des ascites, des hydropéricardes, des œdèmes succéder à
la brusque disparition des éruptions dartreuses et alterner
avec elles. Ce balancement, qui d'abord était parfait, se fait
ensuite incomplètement et enfin ne se fait plus du tout :
hydropisies et éruptions cutanées deviennent fixes et ne
quittent plus le malade dans la quatrième période.
L'alternance des affections cutanées avec les affections
catarrhales et névralgiques s'observe dans toutes les mala-
dies constitutionnelles : celle des affections cutanées avec
les hydropisies et les paralysies est exclusivement réservée à
l'herpétis (1).
J'ai répondu l'année dernière à Thypothèse des métis. Je
n'y reviendrai pas ; je vous rappellerai seulement que, pour
moi, les maladies constitutionnelles ne s'excluent pas sur le
'^i\ Je dis herpétis cl iiom herpélisine pour faire biei) eoMiprendie
qu'il s'agit ici d'une maladie et non d'an principe ou d'une cau^e
1 10 SIXIÈME LEÇON.
même sujet, mais qu'elles ne peuvent dans aucun cas par
leur combinaison donner naissance à des produits intermé-
diaires tenant à la fois des deux maladies génératrices.
Je terminerai cette leçon par l'exposition de quelques do-
' cuments statistiques qui pourront vous donner une idée de
la fréquence relative des affections cutanées scrofuleuses,
arthritiques et herpétiques.
Sur un total de 837 malades, ayant des affections cutanées,
qui sont venus réclamer mes soins du 28 août 1862 au
1" juin 1863, j'ai observé :
Arlhritides
565
Scrofulides
172
Herpélides
100
Total 837
c'est-à-dire que l'on voit un peu plus de o arlhritides pour
1 herpétide, et de 3 arthritides pour 1 scrofulide.
Sur les S6o arthritides, j'ai compté :
Eczémas
2i6
Pityriasis
92
Acnés
98
Sycosis
23
Erythèmes
21
Urticaires
21
Lichen
20
Prurigo
17
-
Prurits
13
Psoriasis
16
Furoncles
17
Eclhyma
1
Hydro-adénite
1
Herpès
9
Pemphigus
5
Hydroa
3
Aphthes
'2
Total
565
Sur
les 172 scrofulides, j'ai com
ipté :
OBJECTIONS FAITES A LA PJLRTBE.
Eczémas ; impétigo ; eczémas impétigineux 80
Acnés 66
Lichen 2
Erythèmes indurés et engelures scrofuleuses à:
Lupus; scrofulides inflammatoires et fibro-plastiques 20
ni
172
Sur 1 00 herpétides, j'ai compté :
Psoriasis ii6
Eczémas 42
Lichen 6
Pityriasis 5
Pemphigus 1
100
Si maintenant nous prenons chaque genre en particulier,
nous verrons que 3 genres seulement sont communs aux
3 maladies constitutionnelles. Ce sont : l'eczéma, le lichen et
le prurigo ;
Veezéma a été 2^6 fois arthritique
80 fois scrofuleux
42 fois herpétique
Le lichen a été 20 fois arthritique
2 fois srcofuleux
6 fois herpétique
Le prurigo a été 30 fois arthritique,
0 — scrofuleux
0 — herpétique
Deux genres sont communs aux arl.hritides et aux scro-
fulides.
Ce sont : l'érythème et l'acné :
L'acné a été trouvée 98 fois arthritique.
66 fois scrofuleuse.
Vérjthènie — 21 fois arthritique.
h fois scrofuleux.
(Juatre genres sont fonimuns aux arthritide^ et twn her-
pétides.
112 SIXIÈME LEÇON.
Ce sont le psoriasis, le pityriasis, le peraphigiis, l'urti-
caire :
Le psoriasis a été 16 fois artbriiique.
fi6 -
herpétifjne.
Le pityriasis
9=2 ~
arthritique.
5 •—
her[ étique.
Le pemphigus
5 —
arthritique.
1 -
herpétique.
Vurticaire
21 —
arthritique.
'
0 —
herpétique.
Le sycosis, Vh'jdioa, \^ furoncle sont propres à l'arthritis.
Le lupus à la scrofule.
J'ai interrogé, au point de vue des antécédents, les ma-
lades affectés de psoriasis.
Sur les IG psoriasis arthritiques, 8 seulement ont été
interrogés r-
J'ai noté chez 7 des antécédents rhumatismaux.
Sur les 46 psoriasis herpétiques, 9 seulement ont été inter-
rogés, 7 ctaiont sans antécédents arthritiques, 2 avaient eu
des rhumatismes.
Eniin, je puis vous donner quelques renseignements sur
le siège des arthritides. .
Sur 170 malades pris au hasard, l'aiîection cutanée arthri-
tique occupait :
La face Ixl fois.
L'anus cL ks parties sexuelles /i6
Le cuir chevelu 20 ,
Ongles, doigts, mains 19
Ensemble divers sièges d'élection 16
Lèvres 6
Seins 2
Membres inférieurs 6
Pieds 2
Aisselles 1
Nombril , 1
Etait dispersée indistinctement 3
SEPTIÈME LEÇON.
Messieurs,
Ali mois d'août et de septembre de l'année dernière, M. le
professeur Ciiausit a écrit et publié un long- article contre le
parasitisme et les parasitophiles (Remarques et observations
cliniques sur les maladies de peau, dites parasitaires, dans
V Union médicak, 1863, numéros 101, 103, 105, 106, 108,
110, i 11). Dans ce travail ou plutôt cette diatribe, qui se
tient sur la limite des écrits que l'on doit dédaigner, il a
accumulé les erreurs et les faits controuvés; il a donné place
à toutes les objections faites au parasitisme, quelque absurdes
qu'elles lu?' -ent, les a amplifiées et en a tiré des conclusions
erronées. Il a doctoralement résumé son travail en une
phrase et a cru pouvoir annoncer au public médical, que
M dans l'état actuel de la dermatologie, il n'y a point de
« maladie de nature essentiellement parasitaire végétale, ni
« de thérapeutique antiparasitaire »
Quelque fastidieuse que soit pour vous l'appréciation de
cette prétendue argumentation, quoiqu'il eût peut-être mieux
valu n'en point parler, et ne pas attirer ainsi sur le nom de
l'auteur le retentissement que n'a pu lui donner son travail,
j'ai résolu, néanmoins, d'y consacrer les leçons qu'il me reste
à vous faire ; je vous en dirai tout à l'heure les raisons.
Mais d'abord, permettez-moi quelques réflexions nécessaires
à l'intelligence du sujet.
114 SEPIIÈME LEÇON,
Les vérités scieiUifiqueb ne sont presque jamais acceptées
déprime abord : l'envie, la mauvaise foi, l'ignorance, sont
autant de barrières que certains soi-disant savants élèvent
pour cacher une lumièrequi blesse leur intérêt et leur amour-
propre. Les découvertes choquent comme autant de person-
nalités ceux qui ne les ont point faites. Ce que je vous dis là
peut s'appliquer au parasitisme.
Il y a douze ans que j'ai fait connaître les affections para-
sitaires, et que je les ai établies sur des bases inébranlables :
avant moi, à l'hôpital Saint-Louis, la méihode des frictions
partielles dans la gale, était exclusivement en usage; c'est
assez dire que l'on n'obtenait que des guérisons qui se fai-
saient longtemps attendre. J'ai fait voir que les acares pou-
vant siéger sur toutes les parties du corps, il fallait, pour les
détruire, que la friction fût générale. J'ai ainsi institué le
traitement rationnel de la gale dont j'ai réduit la durée à
quel([ues jours. De même, en prouvant que. les teignes étaient
produites par des champignons qui attaquent non seulement
la partie libre des poils, mais encore la partie intra-cutanée,
j'ai-démontré la nécessité de ne point se borner à des appli-
cations extérieures d'agents antiparasitaiies, mais de faire
pénétrer ces agents jusque dansle bulbe pileux. J'ai fait voir
ainsi que l'épilation devait être le préliminaire obligé des
applications parasiticides.
Eh bien ! vous le rappellerai -je ? A l'époque oii j'ai proposé
ces traitements de la gale et de la teigne, un cri général de
réprobation s'est élevé; de vives oppositions ont surgi de
toutes parts. Au nom des vieilles théories humorales,
des doctrines galéniques,mon honoré collègue, M. Devergie,
a protesté l'un des premiers et a professé que les acares de la
gale n'étaient que le produit et non la cause de la maladie.
Mais, peu à peu, le calme s'est rétabli,les beaux succès que
ces traitements ont procurés dans des cas que l'on jugeait
autrefois désespérés, ont ramené de mon côté les incrédules
de bonne foi. Le traitement de la teigne, qui depuis long-
temps était abandonné à l'empirisme des frères Mahon, leur
LE PARASITISME El LES PAilASlTOPHILES. i lîî
a été enlevé peu à peu, et aujourd'hui Jes six médecins de
riiôpital Saint-Louis, il n'y en a plus qu'un qui leur confie
des teigneux. Cet exemple a été suivi en pro\ince^ et bien des
villes se sont affranchies du tribut qu'elles payaient aux
Mahon, en établissant sur mes indications un traitement
rationnel.
Dans cet hôpital, notre vénérable doyen M. Gibert, qui
s'était d'abord tant élevé contre moi, a eu la bonne foi d'ab-
jurer avant de partir, et a écrit que la dermatologie était re-
devable à M. Bazin, du seul progrès important que puisse
revendiquer notre époque. C'est un acte de loyauté et d'hon-
nêteté scientifiques dont je ne saurais trop le remercier.
Mais hélas ! son exemple n'est malheureusement pas suivi
par tous mes confrères : M. Cazenave, depuis dix ans, ne
cesse de protester soit par lui-même, soit par M. Chausit,
son élève.
Cette obstination, et même, j'ai le regret de le dire, cette
mauvaise foi de sa part sont extraordinaires et me surpren-
nent beaucoup. A quoi peuvent-elles tenir ? Un moment j'a-
vais espéré que le silence fait autour du nom de M. Cazenave,
que l'oubli dans lequel sont tombées ses doctrines le ramène-
raient à des sentiments meilleurs. Il n'en était rien : l'année
dernière; il m'a lancé un dernier manifeste; car, bien que
l'article soit signé par M. Chausit, il est facile de voir d'où
part le coup. A l'œuvre on reconnaît l'ouvrier.
Ce manifeste ne m'a pas ému; mais il m'a attristé, pour
ne pas me servir d'une expression plus forte. Jusqu'à pré-
sent, je n'y ai pas répondu, non plus que MM. Hardy et Ro-
bin qui y sont également en cause. M'étant proposé^ dans le
cours de cette année, de réfuter avec vous toutes les attaques
contre mes doctrines, je ne puis passer sous silence celles de
M. Cazenave et de son trop fidèle disciple. Je vous en parlerai
donc pour deux raisons : la première, parce que l'argumen-
tation, développpée par M. Chausit, est la plus fidèle repro-
duction des opinions contraires aux miennes en matière de
parasitisme; la seconde, pour vous montrer que la doctrine
H 6 SEPTIÈME LEÇON.
qu'il défend, si toutefois l'on peut donner ce nom au système
qui consiste à nier sans preuve ce que tout le monde admet
pour vrai, pour vous montrer^ dis-je, que sa doctrine ne re-
pose que sur des discussions de mots, de subtiles avocasse-
ries et ne renferme aucun argument sérieux contre le parasi-
tisme. Toutefois^ je dois le dire, c'est la dernière fois que je
réponds aux parasitopliobes, n'étant pas désireux de perdre
mon temps à continuer la discussion avec des hommes sans
justice, à faire résonner la vérité à des oreilles qui se bou-
chent pour ne pas l'entendre.
Entrons donc en matière :
« Les recherches qui ont pour but d'éclairer la nature des nia-
« ladies, d'apprécier leurs véritables causes et de fournir aux
« praticiens les bases d'une thérapeutique efficace, présentent de
u nombreux problêmes à résoudre. C'est, d'elles que l'on peut dire :
« Expericntia fallax; on ne saurait trop se prémunir contre
« les chances d'erreur qui naissent du but tnème à atleindrc, mais
« surtout d'une tendance exclusive fi rattacher révolution des
« faits pathologiques oi>servés à up.e cause unique el invariable. »
Dès les premières lignes de l'article, on voit percer le bout
de l'oreille : c'est toujours la théorie du morbidisme végétal;
c'est toujours cette vieille hypothèse de M. Cazenave, que
M. Ghausit caresse. Depuis dix ans que j'ai établi une classe
d'affections parasitaires, en ai-je augmenté le cadre d'une
seule affection nouvelle? Où a-t-on vu les envahissements de
ce morbidisme végétal ? C'est se battre contre des moulins à
vent. Que MM. Cazenave et Ghausit se rassurent ! Depuis
mon Mémoire sur les teignes, ils ont pu voir dans mes autres
publications que le nombre des affections parasitaires est
resté le même pour moi. Loin d'obéir à cette tendance qui
rattache les phénomènes observés à une seule cause, n'au-
rais-je pas plutôt encouru le reproche que me l'ait M. Dever-
gie d'avoir, à force de catégoriser, fait une classification
inacceptable ?
« Que cette cause puisse être attribuée à une altération des se-
LE PARASITISME ET LES PARASITOPHILES. 117
« lides ou des liquides, ou bien à la présence anormale au sein de
« l'organisme de corps étrangers d'origine végétale ou animale,
M peu importe. »
Je trouve, au contraire, qu'il imporle beaucoup et qu'il
serait regrettable de confondre les afTections dues à une alté-
ration des solides ou des liquides et les affections parasi-
taires, car les unes et les autres diffèrent essentiellement.
« La question à résoudre est toujours la même. C'est d'assigner
a d'abord des caractères ciistinctifs à ces lésions ou à ces corps
« étrangers avant de fixer, à l'aide de la cliniqre, le rôle qui leur
« convient dans le développement des maladies. »
Pas le moins du monde. Les lésions ne sont pas des causes,
mais des produits de la maladie. Il faut suivre une marche
tout à fait opposée à celle indiquée par M. Chausit. On doit
d'abord étudier les maladies, les affections, et ensuite en
rechercher les causes. Ainsi, par exemple, dans le psoriasis,
des micrographes allemands ont découvert des parasites
végétaux; m'est-il venu un instant à l'idée d'en faire une
affection parasitaire ? Nullement, parce que la clinique m'a
montré que, si dans le psoriasis il peut y avoir production
de cryptogames, ceux-ci ne sont qu'accessoires, n'influen-
cent en rien la marche et ne présentent aucune indication
pour le traitement de celte affection, qui est toujours la pure
expression de la dartre ou de l'arthritis. Il est donc faux de
dire qu'on doit assigner les caractères des végétaux parasites
du psoriasis, avant de rechercher par la clinique, quel rôle
ils jouent dans sa production.
a Lorsque les altérations révélées par l'anatoraie pathologique
a ont paru insuffisanles pour expliquer les mystères de la patho-
« logie, on a demandé la solution du problême à des moyens d'in-
« vestigaiion empruntés aux sciences physiques et chimiques
« La chincialrie n'a pas encore envahi le domaine de la pallio'ogie
« cutanée 5 mais par compensation, et sous l'iiifluence de quelques
« recherches micrographiques, l'étude des maladies de la peau ne
« tendrait à rien moins qu'à devenir une étude du parasitisme.»
7
118 SEPTIÈME LEÇON.
« En effet, le nombre des affections cutanées dites parasitaires
« augmente incessamment et n'a d'égal que la facilité avec laquelle
« on découvre de nouvelles spores cryptogamiques. Il est donc
«r permis, il y a inlêret, au point de vue pratique, de considérer
« dans son ensemble et de juger dans ses détails ce nouveau sys-
« tème d'origineallemandequi, selon la remarque deM. HazenavCi^
« tend à rdhstïiuer, pour toutes les maladies de la peau, LE
« MORBiDiSME VÉGÉTAL, avx phénomènes pathologiques quel'expé-
« rience nous a appris à voir dans ces affections. »
« fCAZENAYE, Traité des maladies du cuir chevelu, p. 222.) »
Que vient faire ici la chimiatrie et quel rapprochement
M. Ghausit \eut-il en faire avec l'étude du parasitisme? Y
a-t~il quelque chose de comparable entre les théories al)surdes
des anciens chimistes et les observations microscopiques et
cliniques des parasites que Ton doit à tant de savan-ts éclairés
et de médecins instruits?
M. Ghausit, une fois ena^agé dans l'hypothèse de l'envahis-
sement du morbidisme végétal, n'en sort pas facilement,
comme vous le voyez. G'est toujours la même idée qu'il met
en avant pour donner le change et faire croire que chaque
j"our on découvre une nouvelle affection parasitaire. Mais il
se contente de la simple affirmation, et le lecteur attendra
longtemps qu'il nomme les affections parasitaires, nouvelle-
ment découvertes. Non, il n'est pas vrai de dire que les
parasites envahissent tout le domaine de lapathologie cutanée,
et que les parasitophiles voient des champignons partout.
Vous éviterez facilement l'erreur, si vous avez présente à
Tesprit cette phrase que j'écrivais dans mes leçons sur les
affections cutanées parasitaires (p. 9). « Peut-être quelques
« esprits rêveurs sont-ils aujourd'hui disposés à voir des
«^champignons dans toutes les affections, dignes émules de
« Raspail, qui, vous le savez, admet, dans toutes les mala-
« dies, des animaux parasites auxquels il attribue une im-
«portance capitale. Tenez-vous toujours dans une grande
« défiance, en présence de doctrines entachées d'une si évi-
te dente exagération; mais n'allez pas non plus, avec M.
« Gazenave, vous jeter dans un excès contraire, et par une
LK PARASITISME El LES PARASITOPHILES, 419
« crainte exagérée du morbidisrae végétal, nier jusqu'à l'exi-
« stence des végétaux parasites. Vous êtes entre deux écueils
« qu'il faut savoir également éviter. »
«Ce système, dit M. Chausit, repose sur l'existence de certains
champignons qui ne sont appréciables qu'au microscope et à un
« fort grossissement. »
On les voit à l'œil nu. Est-il besoin de forts grossissements
pour voir les godets si caractéristiques du favus, pour voir
ces gaines d'un blanc neigeux qui recouvrent les poils cas-
sés dans la deuxième période de la teigne tonsurante.
« En admettant pour vrai le fait de l'existence des végétaux
» parasites, toute la question est de savoir si ces champignons
« jouent le rôle qu'on voudrait leur attribuer. Sur ce point, et
« sans méconnaître l'autorité des micrographes, nous croyons
« avec M. Cazenave, que les parasites observés — en tant qu'ils
« le soient réellement — peuvent exister accidentellement et cons-
« tituer un phénomène anormal, mais qu'ils ne sauraient être
« considérés comme cause essentielle d'aucune des formes des
« maladies de la peau. »
Je ferai remarquer à M. Chausit^ que les convictions de
M. Cazenave, qu'il partage, ne paraissent pas être fondées
sur des bases bien solides, puisqu'il en a changé jusqu'à trois
fois en dix ans.
Il a d'abord nié complètement l'existence des parasites
dans le favus qu'il rangeait dans les affections pustuleuses.
Les godets n'étaient pour lui que du pus concrète.
Mais l'impossibilité de démontrer la pustule qui précède
le godet, l'a conduit à adopter une seconde opinion : il a
avancé que le godet n'était autre que de la matière sébacée
altérée.
Enfin M. Chausit nous apprend que M. Cazenave pense
aujourd'hui qu'il peut y avoir des parasites dans le favus.,
mais qu'ils ne sont qu'accessoires. Voilà déjà une petite
concession, et M. Cazenave montre qu'il se laisse déjà un
peu envahir par le morbidisme végétal dont il a une si grande
120 ^ S'SPIIÈMt; LEÇON.
peur. Espérons qu'il changera une quatrième fois d'opinion,
et qu'il voudra bien enfin admettre la nature exclusivement
parasitaire des croûtes faveuses.
« Pour i\îM. Bazin et Hardy, qui ont défendu le parasitisme
« avec plus de convictiou que de vérité, nous n'hésitons pas à le
« dire, le cryptogame joue le triple rôle de cause, de lésion, et de
« symptômo. Entraînés par une ardeur fiévreuse à constituer une
« classe de maladies parantaires caractérisées par une éliologie
« invariable et une thérapeutique nouvelle, les honorables méde-
« cins de l'hôpital Saint-Louis ne paraissent même pas supposer
« qu'on puisse mettre en doute la nature végétale des corpuscules
« observés dans le champ du microscope, x*
Que vient faire ici M. Hardy ? ïl n'a jamais défendu, ni
attaqué le parasitisme; il a simplement adopté la classe des
affections parasitaires. Le but de M. Ghausit est facile à voir,
et en associant mon nom à celui de mon honorable collègue,
il a voulu me faire endosser la responsabilité des erreurs de
ce dernier, qui admet la nature parasitaire de l'acné punc -
tacta, et de l'acné varioliforme. Il se donne ainsi beau jeu et
peut ainsi déclamer avec quelque apparence de raison contre
le parasitisme.il aurait pu tout aussi bien m'accoler à M.Mar-
tin de Marseille, qui admet que toute affection syphilitique
est parasitaire.
« L'enseignement de la clinique nous montre dans cette théorie.
« végélale non pas tant les divergences d'opinion auxquelles nous
« attachons peu d'importance, mais des, conséquences praligues
« 1res gravt^, ne serait-ce qu'au point de vue des propriétés
« contagieuses attribuées à plusieurs maladies de peau qui, heu-
« reusement, ne jouissent pas de ce triste privilège. »
Les conséquences pratiques si graves de cette théorie vé-
gétale consistant dans la guérison de la teigne qui, malgré
les dénégations de M. Ghausit, ne fait plus comme autrefois
la honte et l'opprobre de notre art, depuis qu'un traitement
rationnel,, basé sur la connaissance parfaite de l'étiologie, est
iBn vigneur.
LE PARASITISME ET LES PARASITOPHILES. 121
Quant à la négation des propriétés contagieuses des véri-
tables affections parasitaires, j'ai peine à croire que ce soit
réellement là l'opinion de M. Chausit, et je pense qu'il ne se
servirait pas volontiers du même rasoir et des mêmes pei-
gnes que les malades affectés de mentagre ou de pelade. La
contagion des affections parasitaires est un fait clinique des
mieux démontrés pourceux qui veulent observer les faits avec
attention et impartialité.
« Une classe de maladies parasitaires ne pourrait être admise
« dans le cadre de la pathologie cutanée, qu'aux trois conditions
« suivantes, démontrant ;
« 1» L'existence constante d'un cryptogame à caractères non
« douteux au début de la maladie cutanée, dont il constitiitrait
« ainsi ie phénomène initial, indispensable.
2° La propriété contagieuse de tes maladies par l«s spor*
« cryptogamiques transmises des individus malades aux indivi-
« dus sains. »
« 3" La nécessité d'un traitement nouveau, consistant dans l'em-
« ploi de moyens particuliers et donnant des résultats plu-s prompts,
« plus décisifs que les traitements précédemment usités. »
Les conditions dont parle M. Chausit ont été remplies par
moi; j'ai démontré la présence constante des cryptogames
et leurs propriétés contagieuses dans les affections parasi-
taires. Quant au traitement, je vous laisse apprécier vous-
mêmes si les résultats que j'ai obtenus ne sont pas plus
prompts et plus décisifs que ceux de mes prédécesseurs. I
me suffira de vous rappeler qu'autrefois la teigne était à peu
près incurable, que les malheureureux atteints de cette re-
doutable affection, objets de dégoût et de répulsion générale,
subissaient en vain les traitej^^ents les plus douloureux et
terminaient une misérable existence, après avoir passé par
tous les degrés du marasme, et cela, sans que le médecin eût
pu leur apporter aucun soulagement. Quelquefois le malade
après avoir gardé son affection dix, vingt ans. guérissait
spontanément^ mais au prix d'une calvitie irrémédiable. Au-
jourd'hui, je peux le dire avec orgueil, la. terminaison par .la
122 SEPTIÈME LEÇON,
mort n'est plus observée, et aucune teigne, quelque ancienne
qu'elle soit, ne résiste aux moyens de traitement que j'ai
proposés et guérit avec reproduction des cheveux, si les folli-
cules pileux ne sont pas définitivement détruits. Vous avez
pu constater vous-mêmes bien des fois ces heureux résultats
dans mon service.
Pour circonscrire le groupe des affections parasitaires, j'ai
suivi une marche beaucoup plus naturelle que celle qui est
proposée par M. Chausit : je n'ai pas tout d'abord, comme
on me le reproche, cherché du champignon dans toutes les
affections cutanées et séparé celles dans lesquelles j'en avais
trouvé. L'expérience m'avait démontré que parmi les af-
fections de cause externe, les unes guérissaient par les moyens
simples (repos, émollients), tandis que les autres étaieat re-
belles à ces moyens. J'ai donc été amené à faire deux sec-
tions dans le groupe des affections de cause externe, et c'est.
en étudiant les affections de la deuxième section que j'ai
constaté dans toutes la présence constante d'un champignon.
Si j'avais été inspiré par l'idée de M. Chausit, si j'avais
commencé par chercher quelles sont les affections dans les-
quelles on trouve des parasites, je serais arrivé à faire la
même chose que les micrographes qui m'ont précédé, c'est-
à-dire à signaler un fait curieux, la présence du cryptogame,
mais sans apprécier son rôle dans la palhogénie des affec-
tions et sans en tirer les conséquences pratiques, qui m'ont
fait établir un traitement rationnel de la teigne.
<• Les maladies de la peau que les travaux successifs des micro-
« graphes et des médecins ont rendues tributaires du parasitisme,
« dans l'état actuel de la question, sont : le favus, l'herpès ton-
« snrant, Therpès circiné, l'herpès squameux, l'herpès iris, la
« mentagre, le vitiligo, le pityriasis versicolor, les éphélides des
« femmes enceintes, l'acné punctata, l'acné moUuscum. b
Ainsi, depuis dix ans, MM. Gazenaveet Chausit, en fouil-
lant à toutes les sources, n'ont pu trouver que onze affections
parasitaires, et ils ne cessent de s'écrier : Le cercle des affec-
tions parasitaires tend à ton i riivahir! Et encore faut-il ajouter
LE PARASITISME ET LES PARASITOPHILES. 123
que dans ces onze affections, il y en a quatre : l'herpès ton-
surant^ l'herpès circiné, l'herpès squameux, l'herpès iris,
qui ne sont que des variétés insignifiantes de la même affec-
tion, et que, par conséquent, il n'y a pour les citer séparé-
ment aucutie raison. Il faut encore retrancher les éphélides
des femmes enceintes qui ne diffèrent pas du pityriasis ver-
sicolor. Enfin il faut en distraire l'acné punctata et l'acné
molluscum. Personne autre que M. Chausit n'a eu l'idée d'en
faire des affections parasitaires. M. Hardy lui-même, qui a
cru trouver un parasite dans ces deux affections, -ne les a pas
rangées dans les affections parasitaires et les a conservées
dans le genre acné.
Vous voyez, Messieurs, que le nombre des affections pa-
rasitaires n'est pas très-considérable ; aussi M. Chausit
éprouve-t-il le besoin de le grossir.
« Les parasites végétaux qui jouent, ^î'après les partisans de ce
« système, le rôle de cause pathogéniqiie inévitable, appartien-
« nent à plusieurs espèces de la tribu des Torulacès et des Oïdiés^
« et sont désignés sous les noms de : Achorton Schoenleinii, de
» Trichophyton torsurans, de J)Jicrosporo?i furfur, et de micros-
« poron Audouini, auxquels il convient d'ajouter la Pvccinia favi,
« découverte par !!ll.le docteur Ardsten, de Christiania, et dont
«< les récents travaux des parasilophiJes français ne font nullement
- mention. »
« Nous ne devons pas oublier àà joindre à celte nomenclature
« de parasites végétaux les nouvelles spores cryptogamiques dé-
« couvertes par M. Uardy dans l'acné punctata et l'acné variolj-
« forrap, que nous proposerons de désigner par le nom de leur
< inventeur, le mlçrosporon Hardii, en attendant que ce derma-
« tologue fasse connaître la tribu botanique à laquelle elles appar-
at tiennent. »
Et c'est avec de pareilles plaisanteries que l'on veut jeter
du doute sur les causes si évidentes des affections parapi-
t'd'wes'? Le microspoî'on Hardii, le mot parasitophile ne vous
semblent-ils pas charmants? Gomme M. Chausit sait noils
rendre la science agréable par son esprit! Pour moi, je pré-
i2i SEPTIÈME LEÇOK.
' fé refais un peu moins de se! attiqiie, et un peu plus de rai-
sons sérieuses. Toute îa causticité de M. Chausit n'empê-
chera pas les végétaux parasites d'avoir pour tous les obser-
vateurs de bonne foi une existence et une influence patho-
génique aussi certaines que le pou et l'acare.
Quel savant micrographe que M. Chausit! Il reproche aux
parasitophiles français d'avoir oublié dans leurs ouvrages la
puccinia favi ! Pourquoi en auraient-ils fait mention? Son
existence, si tant est qu'elle soit bien prouvée, n'est pas con-
stante dans le favus ; elle est donc accessoire. Ce parasite des
parasites n'imprime aucune modification, ne se révèle par
aucun symptôme particulier et ne change rien au traitement,
raisons que, je l'espère, M. Chausit voudra bien trouver
suffisantes pour m'excuser de n'avoir pas fait place à la puc-
cinia favi dans des ouvrages entièrement pratiques.
« On peut diviser en 2 classes les maladies dites parasitaires: la
« première ne comprend qu'une seule maladie, le favus, qui a
« d'ailleurs servi de point de départ à la théorie végétale de cer-
« taines affections de la peau, et dans laquelle on s'explique jus-
« qu'à un certain point que la présence de parasites puisse être
« sérieusement discutée et admise; dans la seconde se rangent
a toutes les autres maladies où Texistcnce du cryptogame ne peut
« être entrevue qu'avec les yeux d'une foi robuste ou la tendance
« à considérer comme des spores végétales tous les corps arrondis
« qui ne présentent pas les caractères micrographiques du céru-
« men, des globules de pus, ou des globules de la graisse. »
Cette division est essentiellement mauvaise. Est-ce que le
trichophyton et le microsporon ne sont pas aussi faciles à voir
que l'achorion? Ce n'est pas une foi robuste qu'il faut pour
les reconnaître, mais simplement de la bonne foi, et je crains
bien qu'à ce compte M, Chausit soit encore longtemps sans
les voir.
« Première classe.— Favus — Malgré l'extension donnée à la
* classe des maladies parasitaires et qui, d'après les tendances ac-
« tuelles, pourrait bien ne r^!] ivoir de limites, c'est toujours à
LE PARASITISME ET LES PARASITOPHILES. \ 15
« l'histoire du favus que micri»graph''s et médecin? empruntent
« leurs principaux arguments. »
Pas le moins du monde. Les micrographes et les médecins
connaissent tout aussi bien les autres espèces de teigne, et il
n'est pas vrai de dire qu'ils n'empruntent leurs arguments
qu'à l'histoire du favus.
Vous avez vu, Messieurs, ce qu'il fallait penser des craintes
chimériques, des appréhensions simulées de M. Chausit sur
l'extension croissante des affections parasitaires. Il montre
assez qu'il a le sentiment du peu de valeur de son opinion,
puisqu'il affecte de l'appuyer constamment sur des faits qu'il
sait parfaitement être faux.
« Examen microscopique du favus. — Si la matière faveuse est
« uniquement constituée par un végétal. Tachorionde Schoenlein,
« l'examen microscopique ne devrait laisser aucune incertitude sur
« la nature de cette production. Nous empruntons à la thèse de
« M. Tarnier le passage où l'auteur expose le résultat de ses rc-
« cherches micrographiques entreprises dans le but d'éclairer ce
" point si controversé. C'est uiie étude consciencieuse, la pluscom
« plète que nous connaissions sur la question en litige, exposant
« à la fois ce que nous croyons être la vérité, et les différences qui
« existent entre celte description et celle de plusieurs autres -mi-
« crographes. M. E. Tarnier se félicite, d'ailleurs, d'avoir reçu de
« la part de JVIM. Decaisne et Léveillé « de précieux et utiles
« renseîgnemi^nts ■pour la rédaction de la partie botaniiue de son
« travail. »
L'incertitude sur la nature du favus n'existe que pour
M. Chausit. Aussi sent-il bien son isolement, et va-t-il cher-
cher du renfort oii il peut. Remarquez un peu quelles sont
les autorités sur lesquelles il s'appuie! M. Tarnier n'est
connu en dermatologie que par les éloges que lui décerne
M. Chausit. Mais peu importe à ce dernier; il lui suffit qu'on
soit de son avis pour être à cent pieds au-dessus de MM. Ro-
bin, Lebert, Gruby, etc., dont tout le monde connaît les
consciencieux travaux micrographiques.
Quanta MM. Decaisne et L'Heillé, dont on invoque ici
126 SEPTIÈME LEÇON.
l'opinion, que viennent-ils faire dans l'histoire du favus?
J'accorde parfaitement à M. Ghausit que ce sont de savants
naturalistes, de célèbres botanistes; mais cela ne suffit pas
pour qu^ils soient compétents dans la question. Il faut être
médecin et avoir pu observer sur le malade le développement
de l'affection qui nous occupe; il faut, en un mot, pouvoir
poser soi-même le diagnostic du favus, afin d'être sûr que ce
sont bien les croûtes de celte espèce de teigne que Ton a sous
les yeux.
« L'aspect de la production sousl« microscope, dit M. Tarnier,
« a été parfaitement décrit par MM. Ch. Robin et Bazin, pour
«c ce qui a trait aux corps ovoïdes ayant de 0,003 à 0,008""° et que
« les micrographes ont cru être les spores du champignon de
« Schoenlein j mais on trouve beaucoup moins de tubes qu'ils ne
« ne 1 ont dit ; ces tubes, dont l'organisation n'est pas bien accusée,
« ne ressemblent pas aux lubes que l'on voit dans les prépara-
« lions d'un oïdium ou d'un torula, qui devrait en contenir beau-
d coup moins, d'après M. Robin, qui rauge la production favique
« dans la tribu des o'idiées, dont l'organisation est plus complète
« que celle des torulacées. »
« On ne trouve que par hasard, dans les préparations de favus
« de vrais tubes que l'on puisse rapporter à du mycélium, et même
« alors ces tubes sont peu ramifiés, quand ils le sont ; leur cavité
« n'est jamais nette, même à 600 diamètres ; en un mot, leur as-
« pect n'est pas le même que si l'on examine un vrai cryptogame.
« Cependant, il arrive quelquefois de rencontrer, dans de la matière
« laveuse vieillie sur des sujets malpropres, des tubes ressemblant
* assez à du mycélium; mais ce n'est qu'exceptionnellement, et je
«crois qu'alors il y a bien réellement un champignon développé
« sur une matière animale, la matière faveuse en décomposition ;
c( ce serait alors une moisissure ou l'analogue de ces cryptogames
« qui croissent sur les matières animales et végétales en décom-
« position. »
« Les sporidies m'ont toujours échappé dans le favus, et si quel-
" quefois on rencontre une série, une réunion de cellules ou de
« corpuscules bout à bout» on ne sait réellement à quoi rapporter
LE PARASniSME Kl LLS PARASITOPHILES. 127
« cet aspect, qui n'a rien de régulier, et ne ressemble nullement
« aux chapelets de cellules et aux sporidies qu'on trouve dans les
« préparations d'un toru'a ; en un mot, il suffît de comparer deux
« préparations, l'une de favus, l'autre d'oïdium ou de torula, pour
« se convaincre que ces productions, loin d'être identiques, sont
« complètement différentes, de sorte que le microscope me parait
« infirmer l'opinion de M. Bazin, qui prétendait tirer de l'examen
« raicrofecopique une preuve en faveur de la nature végétale du
n favus et de l'identité d'aspect et de structure de la production
« favique et des moisissures qui croissent sur les matières ani-
« rnales et végétales en décomposition.
« Cette conclusion de M. Bazin, dit M. Chausit, en faveur de la
« nature végétale du favus me paraît d'autant plus extraordinaire
« qu'il avait parfaitement vu les différences qui existent dans les
M deux cas ; car, tout en concluant à l'identité entre les deux sub-
« stances, il ajoute : Sauf la différence des sporu'es dont les parois
" sont plus noires, plus épaisses, plus accusées, dont la double en-
ce velo[>j)e s"a[icrçoit â un moindre grossissement, sauf la différence
« des tubes, qui sont plus rectilignes, M. Bazin aurait dû ajouter
« sauf l'aspect général, sauf l'ensemble. »
L'opinion de M. Tarnier est inadmissible. Comment
poLirra-t-il expliquer que MM. Robin et Bazin, qui ont par-
faitement décrit les spores, aient si mal vu les tubes, quand
les uns et les autres se pressent en si grand nombre sur la
même préparation? Vous le savez tous par expérience, Mes-
sieurs, il ne vous a pas fallu une grande habitude du micros-
cope pour reconnaître dans une parcelle de croûte faveuse^
quelque petite qu'elle soit, tous les éléments dont j'ai donné
la description, c'est-à-dire des sporules ovoïdes dont le dia-
mètre peut atteindre jusqu'à 0,008 mil. et paraissant former
deux enveloppes, des tubes vides (mycélium) ou pleins de
sporules (sporidies) flexueux, simples ou ramifiés, formant
des tiges plus ou moins larges et quelquefois articulées. Vous
avez pu voir que ces tubes ne sont pas rares, et existent non
pas seulement chez quelques sujets malpropres, coiimie veut,
bien nous rapprendre M. Tarnier, mais indistinctement chez
128 SEPTIÈME LEÇON.
tous les malades affectés d'un favus ancien ou nouveau. Que
viennent vous dire mes contradicteurs? Que les tubes de
mycélium qu'on trouve dans le favus ne sont autres que des
moisissures développées sur des matières animales ou végé-
tales en putréfaction. C'est une grande erreur. Il y a, il est
vrai, une grande analogie entre les moisissures et le champi-
gnon du favus, mais il y a aussi des nuances qui en font des
variétés distinctes. La preuve la plus évidente qu'on puisse
donner de la différence capitale qu'il y a entre ces crypto-
games, preuve qui n'exige pas le secours du microscope,
vous la trouverez dans l'inoculation. Chez le même sujet, in-
sérez sousl'épiderme, d'une part, un fragment de moisissure,
et de l'autre une parcelle de croûte faveuse : dans le premier
cas, vous n'obtiendrez jamais aucun résultat ; dans le second,
vous verrez toujours se produire, dans un espace de temps
assez court, du favus épidermique si la pointe de votre lan-
cette n'a rencontré que l'épiderme, du favus en godet si elle
a rencontré l'orifice du follicule pileux. Puisque la moisissure
ne germe jamais sur la peau, tandis que le champignon du
favus se reproduit toujours par inoculation, on est bien forcé
d'admettre logiquement que ces deux substances sont bien
différentes.
M. Ghausit s'appuie sur l'opinion de M. Léveillé :
« La croûte de la teigne, dit ce botaniste, n'est, poui- moi,
« qu'une masse composée de parcelles membraneuses, de globules
« graisseux et d'autres globules dont j'ignore la nature, et qui
« sont altérés dans leurs formes ot agglutinés les uns aux autres. '
« Ce qui semble le prouver d'une manière incontestable, c'est que
« la sérosité qui s'écoule d'une surface qu'on vient de mettre à nu
« en enlevant la croûte est formée de globules absolument sem-
K blables ; seulement, ils sont plus visibles, parce qu'ils sont dcga-
« gés de toute matière étrangère.
« Pour se convaincre du peu d'identité qui existe entre la teigne
« et des champignons microscopiques, il suffit de les comparer en
« nature aUernativempnt, au lieu de consulter .un dessin ou une
DU PARASITISME £T DIU PARASITOPHILES. 129
« description qui, pour des objets aussi petits, laissent toujours
« de l'incertitude. » {Considérations mycologiqueSy suivies d'une
nouvelle classification des champîgno7is, p. 31.)
Tl est bien évident, d'après ce que vous venez d'entendre,
que l'on a présenté àM.Léveillé des malades affectés d'eczéma
ou d'impétigo, et non de favu-^. Dans cette dernière affection
il n'y a pas de suintement, quand on a enlevé la croûte, et la
raison en est facile à comprendre. Le godet se développe
entre deux lames d'épiderme faciles à démontrer, et quand on
l'enlève, la lame profonde reste intacte, et il n'y a pas de sur-
face dénudée.
« Il est vrai que les adeptes du parasitisme n'hésitent point à
« considérer comme les spores du champignon ces corps arrondis
« dont M. Léveillé ignore la nature. S'il est permis d'établir une
>» comparaison, nous dirons qu'ils ressemblent moins à un végétal
« qu'à la matière sébacée dont Kolliker a donné la description et
« le dessin {Histologie humaine]^ et qui, d'après ce savant histo-
0 logue, provient, par métamorphose, des cellules d'épithélium
« nucléaire tapissant la face interne des conduit? glandulaires. »
Il y a dix ans que j'ai fait voir la différence fondamentale
qu'il y a entre la matière faveuse et la matière sébacée : la
première se dissout dans l'alcool, l'éther, le chloroforme, ce
que ne fait pas la seconde ; la potasse, l'acide nitrique, l'acide
sulfurique ont également une action distincte sur les deux
substances. J'ai démontré également que, si la matière fa-
vique n'était que le produit d'une hypersécrétion des glandes
sébacées, on devrait trouver ces dernières hypertrophiées
chez les faveux. Il n'en est rien cependant. Tout cela n'em-
pêche pas M. Chausit de revenir toujours à cette altération
de la matière sébacée, hypothèse que M. Cazenave, poussé
dafts ses derniers retranchements, a mise en avant en dése-
poir de cause, sans pouvoir donner aucun semblant de preuve
à l'appui. Il faut avoir une grande envie de voir les choses où
" elles ne sont pas pour trouver quelque analogie entre les
planches et la description que Kolliker a données de la matière
430 SEPTIÈME LEÇON .
sébacée et les éléments du favus. Je vous fais passer les plan-
ches de Kolliker et celles de M. Lebert, afin que vous puis-
siez les comparer et juger par vous-mêmes du peu de fonde-
ment des assertions de M. Ghausit, ce qui vous donnera en
même temps une idée de la force de ses arguments.
HUITIÈME LEÇON.
Messieurs.
Dans mon Mémoire de 1832, sur la nature et le traite-
ment des teignes, j'a^' établi que la nature végétale de ces
affections était nettement démontrée par la micrographie,
la chimie et l'anatomie pathologique. M. Ghausit a adopté
dans son argumentation le même ordre. Dans la dernière
leçon, je vous ai montré que ses objections tirées de la micro-
graphie étaient sans valeur; je consacrerai la séance d'au-
jourd'hui à vous faire voir que les arguments qu'il tire de la
chimie et de Tanatomie pathologique ne sont pas plus sérieux.
Réactifs chimiques.
« Sans doute, dit M. Ghausit, l'élher, le chloroforme, l'ammo-
a Iliaque, l'acide nitrique, la potasse caustique se comportent avec
« la matière faveuse d'une manière différente qu'avec le pus, les
«matières crasses, le cérunen, les productions épidermiques;
« sur ce point, nous sommes d*accord avec M. Bazin. Mais ce sont
« là des preuves indirectes et desquelles on ne saurait conclure à
« la nature végétale du favus. »
M. Ghausit est incomplet. Permettez-moi, Messieurs, de
rétablir les faits. Je n'ai pas seulement démontré que les
réactifs chimiques se comportent d'une manière différente
sur la matière faveuse d'une part, et sur différents produits
animaux de l'autre; j'ai encore fait voir que ces mêmes
réactifs ont absolument la même action sur la matière fa-
veuse et sur les moisissures. Est-ce là, je vous le demande,
une premo indirecte ?
Du reste, puisqu'il admet l'exactitude de mes recherches
132 HUilîÈME LEÇON.
chimiques, pourquoi M. Chausit remet-il toujours sur le
tapis l'hypothèse de l'hypersécrétion d'une matière sébacée
altérée^ sur laquelle nous nous sommes expliqué dans la
dernière leçon. Si, comme il le dit, il est d'accord avec moi,
s'il sait que la matière sébacée est dissoute par l'éther et le
chloroforme, tandis que la matière faveusene l'est pas^ pour-
quoi admet-il toujours l'identité des deux produits ?
M. Chausit croit avoir trouvé le triomphe de sa cause
dans la cellulose :
«« Si la matière faveuse est formée entièrement par un cham-
« pignon comme on l'affirme, elle doit contenir à profusion de la
« cellulose végétale, base constitutive des véritables champignons,
« et dont les réactions caractéristiques se dessinent au contact de
a l'iode. C'est là une épreuve concluante, mais qui nous a tou-
«c jours donné des résultats négatifs. »
Pourquoi en contiendraient-ils à profusion .^ Je me suis
borné à dire que le champignon des teignes et les moisis-
sures, dont personne ne conteste la nature végétale, ont les
mêmes réactions chimiques.
« En traitant préalablement la matière faveuse par l'acide sul-
«« furique, nous n'avons jamais pu obtenir, au moyen de la tein-
te ture d'iode, cette coloration bleue d'iodure d'amidon dont parle
« M. Bazin, coloration qui ne fait jamais défaut quand on agit sur
« de véritables moisissures. »
M. Chausit a raison et tort tout à la fois. Je m'explique:
Dans mon Méinoire sur la nature et le traitement des teignes,
je n'ai pas parlé de la coloration bleue des spores du favus par
l'iode; ce fait se trouve dans mes Leçons sur les Affections
parasitaires. C'est une addition de M. Pouquet, le rédacteur
de ces leçons, qui a cité inexactement une expérience de
M. Robin. Voilà, du reste, le passage de M. Robin :
« La teinture d'iode employée seule colore en brun jaunâtre
0 foncé les spores, presque au même degré qu'elle le fait lorsqu'on
« opère sur des substances purement azotées. Cela tient à ce que
« la paroi de cellulose de ces corps ne se colore pas en bleu par
LE PARASnrSME ET LES l'ARASlTOl'HlLES. 133
a l'iiction de l'iode seul; de plus, le liquide contenu est azoté, et
« l'iode le colore en bran; or, comme la paroi de cellulose est
« fort mince et ne se sépare pas du contenu, elle semble aussi tor-
« tement colorée que lui. Si avant d'ajouter l'iode, on traite d'a-
ct bord les spores par les acides chlorhydrique ou nitrique isolé-
« ment ou mélangés, ou même par l'acide sulfurique chaud, le
« contenu azoté est coagulé ; il se contracte et se détache des pa-
« rois de la spore et reste séparé vers le centre de celle-ci. Quel-
« quefois alors la teinture d'iode la colore seule en brun, et donne
« une teinte verdâtre à la môme paroi de cellulose : cette colora-
« lion verte est due à la combinaison delà couleur jaune foncé de
« la teinture d'iode, vue par transparence, avec la teinte bleuâtre
« qu'elle donne à la cellulose modifiée par les acides. » (Robin ;
Histoire naturelle des végétaux parasites qui croissent sur
l'homme et les animaux vivants, 1853, page 263).
J'ai toujours obtenu les mêmes résultats que M. Robin.
Mais, s'il est vrai de dire que l'on n'obtient pas décoloration
bleue en traitant par l'iode les champignons des teignes, il
est tout à fait inexact d'avancer que cette coloration ne fait
jamais défaut quand on agit sur des moisissures. Voici l'avis
de M.- Robin:
« Il y a des variétés de cellulose que ni l'iodo -chlorure de zinc,
« ni l'iode et l'acide sulfurique ne colorent en bleu, (cellulose des
« cellules des moisissures). » [loco citato, page 120).
<« La liqueur de Scliwveitzer et celle de M. Péligot dissolvent
« la cellulose. J'ai employé la liqueur indiquée par M. Péligot,
« qui dissout un poids de cellulose à peu près égal au poids du
« cuivre qu'elle contient. La matière faveuse, plongée dans ce
« liquide, se désagrège comme elle le ferait dans l'eau, mais con-
« serve ses caractères que l'on peut retrouver sous le microscope.
« Et tandis que l'addition d'acide chlorhydrique dans la hqueur
» où se trouve dissoute la cellulose, amène la précipitation de
« flocons blanchâtres de cellulose, dont on peut reconnaître les
« caractères, cette addition d'acide reste sans effet lorsqu'il s'agit
€ de la matière faveuse qui se trouve ainsi distinguée d'avec les
« champignons microscopiques et la cellulose. »
8
134 HUITIÈME LEÇON.
Tout cela est du roman, et M. Ghausit n'a certes pas vu
ce qu'il dit. Les moisissures ne donnent pas plus de cellu-
lose que la matière favique, quand on les traite par la liqueur
de Péligot et qu'on ajoute de l'acide chlorliydrique. J'ai répété
plusieurs fois ces expériences avec M. le docteur Lemaire,
qui s'est beaucoup occupé de cette question. Dans aucun cas
nous n'avons obtenu la dissolution des matières traitées. Ce
fait se trouve confirmé dans un passage extrait des Leçons
de chimie de Malaguti (deuxième édition, p. 356). Ce savant
chimiste dit en parlant du liquide ciqwo ammoniacal de
Péligot :
« Si l'on répète l'expérience avec la moelle de certains arbres
« et le tissu fongueux des champignons, substances considérées
« jusqu'à présent comme de la cellulose presque pure, on observe
M que le nouveau dissolvant n'a pas de prise sur eux. »
Et plus loin :
u Enfin, tandis que le tissu utriculaire des fruits et les fibres
« corticales de tous les végétaux se dissolvent dans le nouveau
« réactif, les fibres ligneuses lai résistent et restent indissoutes
M autant que le tissu médullaire et celui des champignons. »
Mais revenons aux objections ^de M. Ghausit :
« Avons-nous besoin, dit-il, d'invoquer encore les résultats des
« analyses chimiques qui démontrent dans la production faveuse
« 70 °/o d'albumine? Aussi M. Lombard a-t-il pu demander
« pourquoi le prétendu champignon de la teigne a été mis dans
« le règne végétal : «« Nulle part, dit-il, nous n'avons pu trouver
«« une seule analyse chimique d'un véritable cryptogame où l'on
H signalât une telle proportion d'albumine, 70 %• Si le rayco-
« derme est un vrai parasite, il faut avouer qu'il est d'une cons-
« titution tout animale, et qu'il n'a, quant à sa nature, rien
« d'analogue parmi les êtres du règne végétal. » (Bulletin de l'A-
cadémie royale de Belgique, p. /|71, 1853).
La cause de l'erreur de M. Lombard est facile à concevoir,
quand on songe qu'il est matériellement impossible de sépa-
rer complètement la matière champignoneuse des teignes des
LE PARASITISME ET LES PARASITOPIIILES. 135
produits animaux, tels que poils, épiderme, matière séba-
cée, etc qui l'entourent. Qu'y a-t-il d'étonnant dès-lors,
que l'on trouve de l'albumine dans une analyse qui a porté
à la fois sur le cryptogame et sur ces diverses substances
animales? Ce n'est pas là une raison suffisante pour affirmer
que le mycroderme est d'une constitution animale.
En résumé, vous voyez, Messieurs, que les arguments
tirés de l'analyse chimique et invoqués par M. Ghausit
contre la nature végétale des spores du favus, ne soutiennent
pas un examen sérieux. M. Ghausit n'a pas mieux été inspiré
pour l'anatomie pathologique. Écoutez-le :
« Les argaments empruntés à l'anatomie pathologique se ré-
« duisent, en définitive, à cette seule objection, que les favi ne
« sont pas le produit d'une inflammation simple, ni spécifique, puis-
« qu'ils ne présentent pas les caractères d'une affection pustu-
« leuse, mais l'absence de ce caractère pustuleux, que personne
« n'admet plus aujourd'hui. « (C'est bien heureux ! î) « a con-
«« duit les adeptes du parasitisme à deux conclusions également
« erronées : 1° à nier l'ensemble des phénomènes inflammatoires
« qui précèdent et accompagnent le développement de la matière
« faveusej 2" à admettre, par contre la nature végétale de cette
« production, ce qui n'a pas encore été démontré. »
M. Ghausit veut bien admettre que la matière favique
n'est pas produite par des pustules; mais alors, puisqu'il
accorde une importance capitale h l'inflammation qui pré-
cède et accompagne son développement;, peut-il nous dire
quelle forme anatomique elle revêt. Si l'on n'observe pas
de pustules, voit-on davantage des papules, des tubercules?
Qu'est-ce donc, en résumé, que cette matière favique, pour
M. Ghausit ? Est-ce du tubercule ? est-ce du cancer ? Il se-
rait bien embarrassé de le dire. Il abandonne à regret l'hy-
pothèse de la matière sébacée altérée, et essaie de prouver
que le cryptogame est l'effet et non la cause du favus. Voyez
la preuve qu'il donne :
« On peut, sans doute, à l'autorité de Muller qui trouve une
136 HUITIÈME LEÇON.
M certaine analogie d'aspect entre la matière faveuse et celui du
« torula cerevisia [Archives de physiologie),a]o\iiQr celle de Vogel
« qui trouve que les croûtes se composent en grande jmrtie de
« champignons unis par une matière amorphe... !! Cependant ce
M dernier auteur ajoute im peu plus loin : Je suis fermement per-
« suadé que, dans la teigne, V exsudation qui a lieu par les vais-
« seaux de la peau constitue le phénomène primitif, la condition
« première. »
Si tout cela suffit à M. Chausit;, il faut avouer qu'il n'est
pas très exigeant. Sont-ce des preuves directes de cette na-
ture qu'il réclamait à grands cris pour accepter la nature
végétale delà matière favique ?
M. Ghausit adopte enfin l'opinion de M. Didot de Liège,
pour lequel «la croûte du favus n'est qu'un véritable plasma,
« c'est-à-dire, le résidu sec de la sérosité du sang, sortie des
« vaisseaux et plus ou moins chargée de fibrine dissoute. Mais
« ce plasma a été liquide d'abord, et, avant de se dessécher,
i( il a subi un commencement d'organisation élémentaire,
« c'est-à-dire que, outre la fibrine fibrillaire et granuleuse,
« il renferme aussi la cellule granulée qui en dérive et qui
« n'est elle-même qu'une forme organique plus avancée de la
« fibrine sortie des vaisseaux. » (Bulletin de l'Académie
royale de Belgique, 18S3, p. 303.)
Quehe hypothèse obscure ! il ne faut pas avoir observé de
malades affectés de favus'pour avancer de tels faits. Qu'est-ce
que c'est que cette fibrine d'im nouveau genre qui, placée
sur la tète d'un individu sain, reproduira la matière favique ?
L'examen microscopique ne donne même pas une apparence
déraison à l'opinion de M. Didot, et il suffit de jeter les yeux
sur des préparations de matière favique d'une part et de.
différentes espèces de fibrine de l'autre, pour voir qu'il ne
saurait y avoir un seul instant confusion.
Nous venons de voir que M. Ghausit accusait les adeptes
du parasitisme, de nier l'ensemble des phénomènes inflam-
matoires qui précèdent et accompagnent le développement de
la matière faveuse. Je lui répondrai qu'il se trompe; aucun
LE PARASITISME ET LES PARASITOPHILES. 437
parasitophile n'a jamais nié l'inflammatiou qui accompagne
la germination du parasite; tous, au contraire, admettent par-
faitement que la présence d'un parasite animal ou végétal peut
déterminer des éruptions inflammatoires symptomatiques.
Quant à l'inflammation qui précède le développement de la
matière faveuse, c'est autre chose, et^ pour mon compte, \q
la nie complètement. Non que je veuille dire par là qu'on
n'observe jamais de phénomènes inflammatoires avant l'ap-
parition des godets, mais alors on doit admettre que ces phé-
nomènes inflammatoires sont indépendants du favus, et qu'il
s'agit d'une teigne entée sur une afl'ection préexistante,
comme par exemple, un eczéma ou un impétigo.
Ce qui vient à l'appui de cette opinion, c'est que ces phé-
nomènes inflammatoires, loin d'être observés constamment,
comme ils devraient l'être, s'ils avaient l'importance qu'on
veut leur donner, sont au contraire relativement rares.
Peut-on dire, avec M. Chausit, que c'est l'absence de pus-
tules qui m'a conduit à admettre la nature végétale du favus?
Pas le moins du monde,caf ces pustules existent quelquefois.
Mais, pour moi, vous le savez, elles ne constituent qu'une
éruption symptomatique de la présence des parasites. Ce qui
m'a démontré la nature végétale du favus, c'est l'examen
microscopique.
M. Chausit a pris dans la brochure de M. Rochard, sans
en indiquer la provenance, un argument qu'il trouve très
fort. C'est une phrase de mon propre livre sur les parasites,
que l'on tourne contre moi :
M IM. Bazin lui-même, évidemment à son insu, fournit des
« arguments qui viennent à l'appui de cette opinion et qui sont
« contraires à ses idées sur la nature végétale du fuvus. En par-
H lant de rhypersécrétion d'épiderme qui caractérise la première
« période de la teigne scutiforme, en cercles, et dont le dévelop-
0 pement précède de plusieurs septénaires l'apparition au dehors
« du godet faveux lui-même, cet auteur s'exprime ainsi ; chose
remarquable ! il semble que cette production d'épidcrme se trans-
forme insensiblement dans les éléments du parasite végétal» Les
138 HUITIÈME LEÇON.
cellules épidermiques deviennent de plus en plus allongées et ne
sont bientôt plus que des tubes de mycélium auxquels se joignent
plus tard des sporules, longtemps avajît que Vœil puisse fiistiU'
guer la couleur jaune de la matière faveuse. Le doute n'est donc
plus permis, s'écrie M. Chausit; ce sont bien des cellules épider-
miques qui se transforment en les éléments du végétal, en tubes
de mycélium. Nous reviendrons plus loin sur ce point. La seule
conclusion que nous voulions tirer pour le moment de cet exa-
men microscopique fait par M. Bazin lui-même, c'est que le cham-
pignon n'est pas le phénomène initial de la maladie teigneuse,
puisqu'il est consécutif à une hypersécrétion d'épiderme existant
déjà depuis plusieurs semaines. Sa formation serait même indé-
pendante de la matière faveuse, car elle a lieu longtemps avant
que l'œil puisse distinguer la couleur jaune de la matière fa^
veuse. »
C'est une objection plus spécieuse que solide. Une telle
interprétation d'une phrase isolée de mon livre ne peut avoir
d'action que sur des demi-savaiits, des médecins peu au
courant des questions dermatologiques; des gens du monde
enfin, auxquels, du reste, M. Rochard adresse sa brochure*
J'ai commencé la phrase qu'on me reproche par : il semble
que..,, etc; c'est assez dire que je ne suis pas sûr, que je me
défie d'une apparence trompeuse. J'ai donc avancé le fait
sus-mentionné comme une chose douteuse qui pourrait bien
n'être qu'une illusion d'optique et non comme un fait cer-
tain, définitivement acquis à la science.
Je n'ai jamais dit qu'il y avait avant- la germination du
parasite une hypersécrétion d'épiderme. Cette hypersécrétion
accompagne, rtiais ne précède pas le développement du
cryptogame.
D'ailleurs, de ce que cette hypersécrétion d'épiderme
s'observe longtemps avant que l'on puisse apercevoir la
couleur jaune de la matière favique, que veut-on en con-
clure? Que le champignon ne préexiste pas. Rien de moins
fondé qu'une pareille assertion. La couleur jaune n'apparaît
que lorsque la matière favique est en masses appréciables à
LE PARASITISME ET LES PARASITOPHILES. 139
l'œil nu; mais on ne saurait l'observer au début, alors que
les spores et les tubes sont relativement rares si on les com-
pare à ceux que Ton trouve dans une parcelle infiniment
petite, mais cependant visible à l'œil nu, de matière favique.
Tout le monde sait, du reste, que le champignon peut ger-
mer longtemps sous l'ongle, avant qu'on observe la moindre
coloration jaune. Dans le favus pityriasique que l'on voit si
souvent sur le corps des malades affectés depuis longtemps de
favus du cuir chevelu, et dont le développement est dû à une
sorte d'inoculation de l'achorion par les ongles du malade
qui se livre. à de fréquents grattages, dans le favus pityriasi-
que, dis -je, on ne voit pas de couleur jaune, et cependant il
suffît de racler légèrement les plaques farfuracées pour obte-
nir des milliers de spores cryptogamiques mêlées à des cellu-
les épidermiques.
M. Ghausit porte un intérêt tout spécial aux champignons
que je "n'admets pas. II revient sur la puccinia favi d'Ards-
ten :
« Deux motifs^ dit-il, nous obligent à en parler. Le premier,
c'est le silence immérité des dermatologues français, au sujet d'une
découverte qui devrait pourtant intéresser lesparasitophiles. Mais
le silence a ses avantages ; il dispense de toute explication. Le se-
condmotif, c'est que l'interprétation donnée par M. Robin, le seul
qui en ait tait mention, est une flagrante contradiction clinique. »
Pendant qu'il était en train de s'enthousiasmer pour des
champignons méconnus, M. Ghausit aurait dû citer le mi-
crosporon en huit de chiffre de M. Devergie.
J'avoue que ces champignons m'intéressent très peu, et
pour une bonne raison, c'est qu'ils n'expliquent aucun fait
clinique, et que leur existence, s'il est bien prouvé qu'ils exis-
tent réellement^ n'a aucune influence sur le développement,
la marche et le traitement des affections parasitaires. Ge ne
sont que des épiphénomènes, n'ayant rien de constant, et,
par conséquent, dont le rôle est fort accessoire. Rappelez-
vous, Messieurs, ce que M. Cliausit lui-même veut bien
admettre, c'est-à-dire qu'il faut, pour qu'une affection puisse
140 HUITIÈME LEÇON.
être dite parasitaire, que le champignon joue le triple rôle
de cause, de symptôme et de lésion : ainsi yous savez que
dans l'acné on trouve souvent un insecte, ledémodex; mais
comme il ne modifie en rien l'affection acnéique, cette der-
nière ne doit pas être rangée dans les affections parasitaires.
Le démodex est le parasite, non de l'acné, mais de la matière
sébacée; il est l'analogue de l'acarus du fromage. De même
la puccinia favi décrite par Arndstep doit être considérée
comme le parasite du parasite.
Est-il vrai qwe l'opinion de M. Robin sur la puccinia favi
soit une véritable contradiction clinique ?»
Pas davantage. Suivant M. Ghausit, ce champignon ne
saurait être un épiphénomène, parce que, dit-il, il siège sur-
tout dans les squames épidermiques qui précèdent le déve-
loppement de la matière faveuse et que, par conséquent il
existe avant cette dernière.
Je suis complètement de l'avis de M. Robin, et je trouve
que dans cette question le microscope est parfaitement d'ac-
cord avec la clinique. Je vous ai fait voir, en effet, qu'alors
môme que l'affection parasitaire n'est encore qu'à la période
pityriasique, le champignon est déjà très développé au mi-
lieu des squames épidermiques et appréciable au microscope,
quoiqu'il ne soit pas encore visible à l'œil nu sous fo rme de
matière favique jaune. Par conséquent, le fait de la présence
de la puccinia favi dans les squames épidermiques ne prouve
pas qu'elle préexiste à l'achorion Schaînleinii.
Nous en avons fini avec l'histoire du favus. Vous avez pu
voir. Messieurs, qu'aucune des objections de M. Ghausit n'a
de valeur réelle, et que l'examen microscopique, la chimie,
Tanatomie pathologique, loin de fournir, comme voudrait le
faire croire M. Ghausit, des preuves convaincantes contre les
opinions que j'ai énoncées dans mes leçons sur les affec-
tions parasitaires, sont au contraire d'accord pour démon-
trer d'une manière évidente la nature végétale de la matière
faveuse.
Nous arrivons maintenant à la deuxième catégorie d'af*
LE PARASITISÎME ET LES l'AliASlTOl'Il ILES. 141
fections parasitaires dans laquelle M. Ghausi!; range l'herpès
tonsnrant, l'herpès circiné, l'herpès iris, l'herpès squameux,
la mentagre, le vitiligo, le pityriasis versicolor, les éphélides
des femmes enceintes, l'acné punctata, l'acné yarioliforme
ou molluscum :
« On aurait sans doute le droit d'être surpris du nombre tou-
jours croissant des maladies dites parasitaires, si rexpérience
n'avait déjà démontré que les systèmes les plus réprouvés par la
clinique, trouvent des défenseurs convaincus et des preuves plus
pu moins solides. Le parasitisme ne pouvait se soustraire à cette
loi ; mais s'il a trouvé des défenseurs très convaincus, les preuves
sur lesquelles il s'appuie sont peu convaincantes; et la facilité
avec laquelle on découvre de nouvelles spores végétales démon-
trerait, au bes-oin, que, pour certains dermatologues, la classe des
maladies parasitaires repose sur cette maxime :
« Prend-on du champignon, on n'en saurait trop prendre. »
C'est toujours la même idée, le morbidisme végétal I
M.Chausitpense peui-être aussi qu'il n'en saurait trop pren-
dre. Je mp suis déjà expliqué avec vous sur ce point, et vous
ai montré ce qu'il en fallait penser. Je n'y reviendrai pas. Les
nouvelles spores végétales que l'on découvre si facilement
n'existent que dans l'imagination de M. Ghausit, oii nous les
laisserons, si vous voulez bien, végéter et se flétrir sans autre
discussion :
« Mais à mesure que le nombre de ces maladies augmente, on
voit diminuer et la valeur et la netteté des caractères attribués aux
cryptogames qui leur donnent naissance. Ces champignons, uni-
quement constitués par des spores, sont de moins en moins visi-
bles; ils deviennent plus rares; dans beaucoup de maladies, leur
existence est difllcile à constater; elle est souvent hypothétique,
soupçonnée plutôt que démontrée. »
Il est assurément très commode pour M. Ghausit de nier
des faits qui contrarient son opinion. Mais il n'en est pas
moins vrai, et je vous l'ai fait constater à tous, que les spores
du trichophyton sont aussi faciles à voir au microscope que
celles de l'achorion :
142 HUITIÈME LEÇON.
« Ainsi nous les avons vainement cherchés dans le vitiligo, dans
l'herpès squameux, l'herpès iris, l'herpès circiné non tonsurant.
M. Bazin prétend, il est vrai, qu'à la première période de la tei-
gne tonsuraate (herpès circiné de tous les auteurs) on trouve les
éléments àa parasite sur le bouton et la racine du cheveu. C'est
une déclaration bien vague, et l'on a le droit de demander quels
sont ces éléments, à quels caractères distinctifs on peut les recon-
naître. »
Si M. Ghausit n'a pas vu de champignons dans les affec»
lions qu'il cite, c'est qu'il n'a pas voulu les voir ouïes a mal
cherchés. Il mérite plus que moi l'accusation qu'il me lance
bien mal à propos d'obéir à des nécessités de système. Le
■ sien consiste à nier ce que tout le monde admet aujourd'hui.
U se demande ce que peuvent être les éléments d'un végé-
tal qui, parvenue son entier développement, est uniquement
composé de spores. C'est jouer sur les mots ; car il est bien
évident qu'en disant que l'on trouve les éléments du parasite
sur le bouton et la racine du cheveu dans la première pé-
riode de la teigne tonsurante, j'ai volilu parler des spores
cryptogamiques elles-mêmes. Du reste^ s'il est vrai qu'à la
période de parfait développement on n'observe dans la tei-
gne tonsurante que des spores je suis porté à croire, d'après
mes propres expériences, qu'au début ainsi qu'à une pé-
riode avancée de la maladie, on trouve aussi des tubes de
mycélium-.
J'ai donné d'ailleurs plus de détails que ne veut bien le
dire, M. Chausit sur les altérations du poil au début de la tei-
gne tonsurante. Vous pouvez lire, en effet, à la page 194 de
mes leçons sur les affections parasitaires, (deuxième édi-
tion) :
« A une période moins avancée delà teigne tonsurante, à la
période herpétique, on peut, non sans difficultés, extraire de leurs
bulbes l(?s poils malailes. On voit alors, sur la partie intra-cuta-
néc, des altérations du morne genre, mais moins avancées que
celles dont nous venons de parler. Des spores existent encore
autour du poil et dans son épaisseur, mais elles ont des diamètres
LE PARASITISME ET LES PARASITOPHILES. 143
différents, sont moins nombreuses, moins régulièrement arron-
dies; quelques-unes même sont allongées et se rapprochent ainsi
des tubes de mycélium. Une altération remarquable des poils,
plus remarquable cependant dans la pelade que dans la teigne
tonsurante, consiste en des renflements olivaires ou tubéreux qui
paraissent formés, au moins en grande partie, par une accumula-
tion de matière parasitaire et sont plus fréquents et plus prononcés
sur la racine que sur la tige »
Aussi doit-on considérer comme une grave erreur l'asser-
tion de M. Ghausit, qui prétend que :
« C'est dans l'herpès tonsurant parvenu à sa période d'état et
jamais au début que l'on constate autour da poil et dans sa partie
centrale, l'existence de ces petits corps arrondis que l'on croit
être de nature végétale. »>
Plus loin, il ajoute :
« Dans quelques cas de mentagre tuberculeuse, nous avons
rencontré aussi à la base des poils, des granulations arrondies
qui nous paraissaient présenter une grande analogie de configu-
ration avec les corpuscules de l'herpès tonsurant. Nous avons
voulu connaître l'avis d'un homme compétent sur la nature pro-
bable de ces granulations, et nous nous sommes adressé à robli-
geance bien connue du savant et modeste professeur Moquin-
ïandon. Cet éminent botaniste nous a envoyé la note suivante
constatant le résultat de son examen microscopique, le 8 septem-
bre 1858 : A la base des poils qui me^sont présentés, je ne vois
rien- qui ressemble à un végétal quelconque : mais je trouve des
granulations dont je ne comprends pas bien la nature. »
M A un autre point de vue, cette déclaration du professeur
Moquin-Tandon rappelle l'opinion de M. Léveillé sur la nature
des globules de la matière faveuse. Et nous ne pouvons nous
empêcher de faire remarquer que, dans cette étude du parasitisme
appliqué à l'étude des maladies de peau, ce sont précisément les
botanistes qui nient ou hésitent à admettre l'existence du cham-
pignon, tandis que les médecins afiirmenl sans preuves, trop dé-
cisives à l'appui, que la matière faveuse ou les autres corps arron-
dis situés autour des poils sont réellement de nature végétale. »
144 HUITIÈME LEÇON.
Que répondre à M. Chausit, sinon qu'il est resté étranger
aux progrès de la science accomplis depuis dix ans ? Il u'est
plus permis de voir, comme M. Chausit, dans l'herpès cir-
ciné, le pityriasis alba, et dans le sycosis, trois maladies dif-
férentes, alors que les externes de cet hôpital les moins expé-
rimentés saventque ce sont trois périodesdelamêmemaladie,
de la teigne tonsurante, qui reconnaissent une même cause,
le trichophyton. Ne vous ai-je pas rnontré ces trois affections
sur le même malade assez de fois pour vous faire voir qu'il
y avait là plus qu'une simple coïncidence? Je crois, du reste,
qu'il y a plus d'affectation que de conviction dans le dire de
mon contradicteur : il connaît parfaitement les rapports qui
existent entre les trois périodes. La preuve, c'est que dans
un mémoire sur le sycosis [Gazette hebdomadaire, d85G) il
a cherché à s'approprier une partie de mes idées en préten-
dant avoir signalé le premier la présence de disques érythé-
mateux dans cette affection. J'ai apprécié à sa juste valeur
cette prétention {loco citato, p. lo8) en montrant la parenté
étroite qui existe entre ces disques érythémateux et les
éruptions que j'ai décrites dans la première période de la
teigne tonsurante. Comme le plagiat était trop visible,
M. Chausit a supprimé le moyen terme, la deuxième pé-
riode, le pityriasis alba, mais cette modification de mes idées
n'est pas heureuse, et je ne crois pas qu'elle suffise pour cou-
vrir de gloire son auteur.
Ce qui fait que M. Chausit ne voit pas le parasite, c'est
qu'il le cherche mal, vous ai-je dit tout à l'heure. Et, en effet,
ne vient-il pas nous dire lui-même que c'est sur des poils de
sycosis tuberculeux qu'il a demandé l'avis de M. Moquin-
Tandon. Or, j'ai démontré depuis longtemps (p. 177) que
lorsque la teigne tonsurante arrivait à l'état de sycosis tu-
berculeux, une sécrétion purulente assez abondante avait
lieu dans le follicule pileux dont les parois étaient enflam-
mées dans toute leur étendue. Le pus sécrété joue à l'égard
du champignon qu'il baigne le rôle d'un agent parasiticide.
Le cryptogame est donc détruit du moins en grande partie,
LE PARASITISME ET LES PARASITOPHILES. 145
et il est, sinon impossible, au moins très difficile de trouver
des spores sur les poils. C'est sur les gaines blanches qui
recouvrent les poils cassés et non dans les pustules qu'il faut
chercher le trichophyton.
« Nous avons voulu les soumettre (champignons de la deuxième
catégorie) à l'épreuve des réactifs chimiques et combler ainsi une
lacune dans Thistoire de ces maladies parasitaires. Ni M. Hardy,
ni M. Bazin ne parlent de ces expériences qu'ils ont seulement
appliquées à l'étude de la matière faveuse. »
Pourquoi toujours Hardy et Bazin ?Pourquoi ne pas par-
ler aussi de MM. Gibert et Devergie? Ce dernier n'a-t il pas'
aussi son parasite, son microsporon en huit de chiffre ?
« Mais, comme pour le favus, les réactifs chimiques ne four-
nissent pas de preuves plus décisives en faveur de la nature végé-
tale des granulations que l'on rencontre sur les poils brisés de
l'herpès tonsurant ou sur ceux de la mentagre. »
Si je n'ai pas traité par les réactifs chimiques ' le tricho-
phyton, c'est qu'il ne se présente pas en masses assez consi-
dérables pour être isolées sûrement des matières qui l'en-
tourent et qu'il est impossible de ne pas comprendre ces
matières dans l'analyse chi /nique. M. Chausit ne s'est point
inquiété de ces causes d'erreur; ses nombreuses expériences
ne prouvent donc absolument rien.
Pour le môme auteur, les corps arrondis que l'on observe
sur les poils cassés de la teigne tonsurante ne sont autres
que les éléments du poil lui-même modifiés parla maladie.
Il prétend trouver dans mes leçons la preuve de ce qu'il
avance. Malheureusement pour lui, ces preuves se réduisent
à peu de chose. J'ai écrit, à la vérité, qu'il semldait à l'ob-
servateur que les cellules d'épiderme se transformassent
insensiblement dans les éléments du végétal, mais il faut
aussi ajouter que c'est une apparence, une sorte de com-
paraison que je voulais étabhr pour donner une idée de la
germination du parasite, et j-non un fait certain que je
donnais comme démontré.
146 HUITIÈME LEÇON.
M. Ghausit tire un autre argument des planches de mon
ouvrage où, dit-il, les stries transversales et les globules pig-
mentaires étoiles ressemblent à s'y méprendre aux filaments
tubuleux et aux sporules de l'achorion.
Mes planches ne sont pas irréprochables. M. Robin l'a dit
bien avant M. Ghaasit {loco citato, p. 423) et j'accepte ses
observations comme parfaitement justes. La faute en est à
mon dessinateur M. Bion,qui, comme tous les artistes étran-
gers à la science, s'est laissé un peu entraîner par sa fan-
taisie au lieu de copier rigoureusement ce qu'il voyait.
Nous arrivons à la nature et à la contagion des maladies
parasitaires.
M. Ghausit commence par dire que la contagion ne doit
être établie que par la clinique. Je suis parfaitement de son
avis, et je ne puis que répéter ce que je vous ai déjà dit, c'est
que j'avais observé que certaines affections cutanées sont
contagieuses, bien avant d'y avoir trouvé des cryptogames.
C'est même ce qui m'avait engagé aies séparer des autres
affections et à rechercher pourquoi elles sont si rebelles aux
traitements ordinaires. .
«Nous avons vu que les caractères des objets déclarés de na-
ture végétale, d'après l'inspection î^microscopique, devenaient de
moins en moins visibles à mesure que l'on s'éloigne de l'étude
de la matière faveuse ; nous avons même pu affirmer que, dans
certaines maladies, on ne rencontrait absolument aucun vestige
d'une germination cryptogamique De même, au point de vue de
la contagion, on peut dire que la classe des maladies parasitaires
a été successivement constituée par des maladies dont la propriété
contagieuse n'est pas irrévocablement établie, et enfin, par des
maladies qui, heureusement, ne jouissent pas de ce triste privi-
lège. »
Il faut renverser la proposition de M. Ghausit, et dire qu'il
est aussi facile de distinguer le cryptogame dans toutes les
espèces déteigne, quand on prend les précautions que j'ai
indiquées.
M. Ghausit veut bien admettre la contagion du favus et de
LE PARASITISME ET LES PARASITOPHILES. 147
l'herpès tonsurant ; c'est très heureux ! mais il prétend que
personne n'a jamais pu constater la contagion du pityriasis
versicolor, et il m'objecte l'opinion de M. Hardy qui la nie et
admet que dans cette affection le parasite est un épiphéno-
mène de la dartre.
La contagion du pityriasis versicolor est au contraire
aujourd'hui un fait parfaitement démontré. Longtemps avant
qu'on eut découvert un champignon dans cette affection,
j'avais observé plusieurs cas de contagion. C'est ainsi, qu'à
cette époque un jeune-commerçant, sur le point de se ma-
rier, et affecté de pityriasis versicolor, m'avait consulté pour
savoir si son affection était contagieuse. N'ayant pas alors
observé encore de faits de contagion,, je fis une réponse
négative. Trois mois après, mon malade revint me voir et
m'amena sa femme, à laquelle il avait communiqué son
pityriasis.
Un second fait semblable me donna l'éveil. Un malade
vint réclamer mes soins pour l'affection en question. J'appris
en causant que sa femme présentait des taches semblables
aux siennes; je demandai et obtins l'examen et constatai
chez elle un beau pityriasis versicolor. Depuis, ces faits se
sont multipliés, et, une fois mon attention éveillée, j'ai pu en
recueillir un grand nombre.
A côté de l'opinion de M. Hardy, que l'on m'oppose, il y
a celle de M. Gibert. Ce n'est pas d'aujourd'hui que ce der-
nier a dit :
« Le morbidisme végétal ne peut rien contre la doctrine des
teignes, pas plus que Raspail contre la gale. »
Rien, du reste, ne justifie l'opinion de M. Hardy et la
récidive fréquente du pityriasis versicolor sur laquelle on se
fonde pour admettre que le parasite n'est que secondaire et
que le terrain dartreux est tout, la récidive ne prouve rien,
sinon que l'on a cessé le traitement trop tôt. Dans cette
affection, en effet, sous l'influence des lotions parasiticides et
des bains sulfureux, la couleur café au lait des taches s'efface
rapidement et l'on peut croirele malade définitivement guéri.
(48 HUITJÈME LEÇUX,
Il n'en est rien, cependant, et Tobservation m'a démontré
qu'après cet effacement des taches on pouvait encore trouver
des spores du microsporon furfur. Si donc, se fiant sur cette
guérison apparente, on cesse le traitement, les spores ne lar-
deront pas à se multiplier et à reproduire l'affection parasi-
taire. Si au contraire, on continue les lotions parasiticides
quinze jours, trois semaines après la disparition des taches,^
on n'observera jamais de récidive.
« Ecoutons M. Bazin plaider la contagion du favus par l'air
comme véhicule des spores cryptogamiques : Est-il donc si
absurde ou si difficile d" admettre qu'une de ces nombreuses spores,
d'une ténuité extrême, qui recouvrent la tête d'un teigneux,
puisse être emportée par un léger mouvement dans Vair et dépo-
sée sur la tête d'un frère ou d'un camarade? .. Mais puisque l'on
ne croit plus aujourd'hui aux générations spontanées, et que la
teigne dépend toujours de la présence sur les poils d'un végéial
parasite, n est-il j^as évident qu'il faut de toute nécessité admet-
tre la contagion dans la production de ces affections de la peau. »
(Page 55).
« N'est-ce pas une accumulation d'hypothèses? On commence
par-admettre, ce qui n'est pas encore démontré, que la matière
faveuse est un végétal parasite, puis on conchit que la contagion
doit avoir lieu par les spores de ce prétendu végétal, qu'un léger
mouvement de l'air dépose sur la tête d'un frère ou d'un cama-
rade. »
« On pourrait croire, au moins, qu'on a eu occasion de voir ces
spores transportées par l'air. Mais on fait encore une supposition :
Est-il donc si absurde ou si difficile d'admettre... etc. Il ne s'agit
pas de savoir s'il est absurde ou difficile d'admettre ce transport ;
il s'agit de prouver qu'il a lieu. Or, nous affirmons qu'on ne l'a
point démontré et que personne n'a vu, pas même M. Bazin, ces
spores, nous ne dirons pas dans l'atmosphère en général, mais
même dans l'atmosphère limitée que respirent les teigneux dans
une salle d'iiôpitel. »
Que M. Chausii soit satisfait ! ces spores existent dans
l'air et y ont été vues. Gela ne fait plus l'objet d'un doute
LE PARASITISME ET LES PAKASlTOl'fllLES. 149
depuis l'expérience de M. le docteur Lcmairc. Je laisse la
parole à ce médecin distingué pour la grande édification de
M. Ghausit :
« Un malade âgé de 16 ans, atteint de favus depuis 7 ans, avait
tout le cuir chevelu envahi par li; mal. Il n'avait suivi aucun trai-
tement. Je plaçai ce malade à rcxucmité du casier d'un bureau,
de manière que sa tète dépassât la planche qui termine supérieu-
rement ce casier. Je plaçai à 50 centimètres de la tète deux vases
allongés remplis de glace et reposant sur une petite cuvette. Alors
un courant d'air fut établi de manière à transporter la poussière
faveuse vers ces vases. Je fis agiter les cheveux et les croûtes en
les faisant gratter par le malade, et l'air emporta à une assez
grande distance des parcelles de matière favique, visibles à l'œil
nu, dans lesquelles le microscope me permit de constater l'exis-
tence de l'achorion. Ce premier résultat avait déjà son intérêt,
mais celui que j^attendais des vases remplis de glace devait en
avoir un autre plus important, et mon attente ne fut pas trom-
pée. En eifet, le courant d'air qui passait sur la tête du malade
venait de frapper ces réfrigérants, y déposait l'eau qu'il tenait en
suspension, et cette eau, découlant le long des parois, se réunis-
sait dans la cuvette. C'est dans ce liquide que j'ai trouvé un grand
nombre de spores isoim. Il est difficile de préciser la distance à
laquelle ces spores peuvent être transportées, mais on ne saurait
douter qu'elles ne puissent l'être fort loin. »
M L'expérience a été répétée plusieurs fois devant M. le doc-
teur Deffis, et une autre fois en présence de M. Bazin, de son in-
terne et d'une douzaine d'élèves. Tous ont constaté dans une
seule goutte de liquide l'existence d'une trentaine de spores iso-
lées. Une autre expérience faite dans des conditions beaucoup
moins favorables a été aussi couronnée de succès. »
« Ainsi, nul doute, les spores de l'achorion sont charriées par
l'air atmosphérique. L'hypothèse de M. Bazin est aujourd'hui dé-
montrée.
(Note à l'Académie des sciences, séance du 18 juillet 186/t ]
M. Ghausit, comme tous les parasitophobes, glisse légè-
rement sur les inoculations. Il se contente d'affirmer
lu
iSO HUITIÈME LEÇON.
qu'elles neréussisseiitpas toujours, et que, lorsqu'elles réus-
sissent, elles ne iDroduisent qu'un demi ou un quart de faYUS
qui disparaît après quelques jours de durée.
Que veut-il dire avec son demi et son quart de favus ?
L'inoculation réussit toujours; il y a seulement des diffé-
rences qui résultent des conditions diverses de l'expérience.
Je vous ai déjà dit tout à l'heure que pour obtenir du favus
en godet, il fallait de toute nécessité que la pointe de la
lancette atteignît l'orifice du conduit pileux et y déposât les
spores dont elle étai-t chargée. Vous comprendrez aisément
que c'est le hasard et non la volonté de l'expérimentateur
qui amène ce résultat. C'est ce qui explique la rareté relative
du favus en godet, à la suite de l'inoculation. Mais, je- me
Mte d'ajouter que si, à la vérité, on n'obtient pas toujours
le favus en godet, il ne faut pas en conclure que l'inoculation
n'a pas réussi. On observe alors au bout de quinze ou vingt
jours,' sur le point piqué, une production de squames blan-
châtres striées de'jaune, que le microscope démontre être
formées de spores et de cellules d'épiderme. C'est du favus
épidermique. Le champignon inoculé n'avorte jamais; mais
il peut] sommeiller pendant un certain temps, comme l'aca-
rus de la gale, quand il ne trouve pas les conditions néces-
saires à son existence. Quoique, dans l'état actuel de la
science, nous ne connaissions pas ces conditions, le fait n'en
est pas moins établi.
« Nous avons le droit de faire remarquer qu'en cherchant à
expliquer les mystères de là contagion et de l'inoculation des ma-
ladies cutanées par le transport des spores cryptogamiques dont
l'existence n'est pas solidement étabhe, M. Bazin place la ques*
tion dans un cercle vicieux. Moc erat demonstrandum. »
Et moi, je me crois en droit de conclure que l'inoculation
favique a fait disparaître le mystère qui entourait la conta-
gion de l'affection qui nous occupe et a démontré la nature
Végétale des spores, puisqu'il n'y a qu'un animal ou un
Végétal qui, inséré sous l'épiderme, puisse reproduire un
être semblable à lui.
NEUVIÈME ET DIXIÈME LEÇONS.
Messieurs,
La leçon d'aujoiird'Iuii sera employée à terminer l'examen
critique des articles de M. Gliausit contre le, parasitisme.
Nous allons reprendre cet examen oii nous l'avons laissé :
je Yous ai fait voir dans la dernière séance, et c'est par là que
j'ai terminé, que la contagion des affections parasitaires, et
particulièrement la contagion par inoculation, étaient des ar-
guments sans réplique contre l'opinion de M. Cliausit, et
démontraient la nature végétale des teignes. J'ai examiné la
question surtout pour le favus ; il me reste donc^ en suivant
l'ordre adopté par M. Gliausit à vous montrer que les autres
affections cutanées qu'il range dans sa deuxième catégorie
sont tout aussi contagieuses que le favus.
MENT AGEE.
« C'est encore à l'aide des mêmes hypothèses, dit M. Chausit,
que l'on admet la contagion de la mentagre transmise, dit-on,
par le rasoir du barbier, mais sans que personne puisse se flatter
d'avoir vu des spores trichophyfiques sur le rasoir, le linge ou les
autres objets. On en suppose l'existence, parceque le système le
commande.
La mentagi'e n'est pas contagieuse^ la cliniquele démontre sur-
abondamment. 3)
Entendons-nous bien. Qu'appelez- vous mentagre ?
Pourmoi^ la mentagre est une inflammation des follicules
152 NEUVIÈME ET DIXlÈBlE LEÇONS.
pileux caractérisée par l'existence de pustules siégeant à la
base des poils, précédées ou suivies d'une induration qui ne
dépasse pas ordinairement les téguments, mais peut cepen-
dant occuper le tissu cellulaire sous-cutané.
Ainsi définie, la raentagre est-elle contagieuse ? Evidem-
ment non. C'est une affection générique commune àplusieurs
maladies. Elle peut être artificielle (action de substances ir-
ritantes), (action mécanique de mauvaisrasoirs); elle peut être
parasitaire, c'est-à-dire due à la présence du trichophyton ;
enfin elle peut être sous l'influence d'une cause interne (ar-
tliritis, scrofule, syphilis). Faisons abstraction des mentagi'es
scrofaleusc et syphilitique, qui n'existent jamais seules, il
nous restera trois espèces de mentagres dont deux, l'arti-
ficielle et l'arthritique, ne sont pas contagieuses. Ce n'est
pas dans l'affection elle-rpême, dans le pus de la pustule
mentagreuse qu'il faut rechercher l'explication de la conta-
gion, c'est dans la cause qui a produit le sycosis. Pour moi^la
mentagre parasitaire, que je distingue avec soin des autres
espèces, est seule contagieuse. C'est donc de cette variété que
je veux parler, et non de la mentagre artificielle que l'on peut
produire à volonté avec un mauvais rasoir, et en se rasant
à contre sens. C'est en confondant ensemble les différentes
espèces de sycosis que M. Chausit peut invoquer la clinique
à l'appui de son opinion.
« La mentagre complique quelquefois une maladie cutanée es-
sentiellement contagieuse, l'herpès tonsurant de la barbe; et ce
qui n'était qu'un accident, est devenu, dans l'opinion de M; Bazin,
une condition finale, obligatoire, la dernière période de la germi-
nation du parasite de l'herpès tonsurant Nous avons démon-
tré que la mentagre se développe très souvent d'emblée, sans être
précédée, ni accompagnée d'un herpès tonsurant. «
Quatre-vingt-dix neuf fois sur cent, la mentagre parasi-
taire est précédée d'herpès circiné et de pityriasis alba. Est-ce
làunesimplecomplication? Ces rapports de ces trois affections,
de ces trois périodes de la teigne tonsurante, sont démontrés
LE PARASITISME. 1,^3
d'une manière si évidente par la clinique, que M. Cliausit
lui jxiôme, mon contradicteur, a tenté de se les approprier,
en supprimant la période moyenne, le pityriasis alba^ et en
a::nonçant que le sycosis était souvent précédé de disques
érythémateux qu'il aurait découverts le premier. Je vous ai
fait voir que cette découverte de M. Cliausit était un véri-
table larcin, et que personne n'avait signalé avant moi la
liaison et la succession invariable des trois affections.
En 1832, à l'époque oii j'ai fait connaître ces faits, qui me
furent démontrés d'abord par la clinique, puis par l'obser-
vation microscopique, l'école de M. Cazenave se contenta de
les nier; puis M. Ghausit, se rendant à l'évidence, a inventé
un sycosis érythémateux. Aujourd'hui il vient nous dire que
la mentagre n'est contagieuse que par sa complication avec
l'herpès tonsurant. Je l'admets aussi dans un certain sens,
puisque pour moi l'herpès tonsurant précède presque tou-
jours la nieniagTO parasitaire ; mais, d'une autre part, il
m'est impossible de ne voir là qu'une compHcation. Ce qui
induit M. Chausit en erreur, c'est qu'il connaît imparfaite-
ment mes idées sur le sycosis : c'est qu'il veut absolument
que pour moi toutes les mentagres soient parasitaires. Qu'y
a-t-il d'étonnant dès lors qu'il ait pu rassembler 60 cas de
mentagre sans coïncidence de cercles herpétiques? Ses obser-
vations ont porté évidemment sur des sycosis arthritiques ou
artificiels. Ne vient-il pas lui-même nous le dire ?
« 11 n'est pas nécessaire de chercher une cause occulte, pour le
moins hypothétique, à l'évolution de phénomènes pathologiques
qu'on peut, en quelque sorte, produire à volonté. Il suffit de se
raser très près de la peau, et surtout à contre sens des poils, pour
voir se développer de la cuisson, une rougeur vive, suivie bientôt
d'une inflammation réelle, si l'on persiste dans cette manière de
se raser....
« Il importe, dit plus loin M. Chausit, de réfuter une preuve
que M. Bazin invoque toujours avec insistance et qu'il croit de
nature à démontrer irrévocablement la contagion de la mentagre
ot l'idenlité de sa]nature avoc l'herpès tonsurant: c'est^fdans quel*
154 NEUVIÈME ET DIXIÈME LEÇONS,
ques cas, la coexistence de cercles herpétiques au dos des mains
des mentagreux : Et sans aller plus loin, dit M. Bazin, voyez
nos infirmiers épileurs qui portent en permanence, sur le dos des
mains, un ou plusieurs cercles herpétiques. Cet argument, dont
MM. Bazin et Hardy font grand bruit, il faut bien le dire, ne
prouve nullement ce que pensent les honorables médecins de l'hô-
pital Saint-Louis : la contagion de la mentagre et l'identité de sa
nature avec l'herpès tonsurant. Une seule raison suffit pour ré-
duire à néant cette argumentation, c'est que les cercles herpéti-
ques du dos des mains n'existent point chez les mentagreux
dont l'affection est primitive, et s'est développée sans être précédée
d'herpès tonsurant de la barbe. »
C'est toujours la même confusion ! J'adipets parfaitement
aussi que les malades affectés de mentagre primitive, c'est-
à-dire non précédée d'herpès tonsurant, n'auront jamais de
cercles herpétiques sur les mains; mais alors je ne consi-
dère pas l'affection comme parasitaire; elle est le plus souvent
arthritique.
ïJne autre preuve que donne M. Ghausit de la non-identité
de nature entre la mentagre et l'herpès tonsurant est la sui^
vante : c'est que :
« Les épileurs du service de M.Bazin portenten permanence, sur le
dos des mains, un ou plusieurs cercles herpétiques sans qu'aucun
d'eux ait jamais été jusqu'ici atteint de mentagre. Est-ce que le
trichophyton ne peut pas être transporté du dos des mains à la
barbe de la même manière qu'il est transporté de la barbe au dos
des mains ? Donc, les épileurs ont des cercles herpétiques et non
pas des mentagres, par cette raison bien simple qu'ils ne peuvent
contracter que des maladies communicables. L'herpès tonsurant
est contagieux; il est tout naturel qu'ils puissent en être atteints.
La mentagre n'est pas cont.ngieuse; il est tout naturel qu'ils n'en
soient pas atteints. Et cependant on ne pourra pas dire qu'ils s'abs-
tiennent de tout contact immédiat avec des mentagreux. »
La réponse est bien facile, et le moins expérimenté des
élèves de cet hôpital la ferait immédiatement : ,
LE PARASITISME. !So
S'il est vrai que les malades affectés de mentagre parasi-
taire essaient de calmer leurs démangeaisons en se frottant
le menton avec le dos des mains, et s'inoculent ainsi le tri-
chophyton qui se manifeste par des cercles herpétiques, la
réciproque n'a pas lieu : qu'un malade ait sur le clos des
cercles d'herpès circiné, il est beaucoup plus probable qu'il
se servira pour se gratter des doigts de la main opposée
plutôt que du menton. Du reste, M. Ghausit s'appuie sur un
fait inexact, et j'ai observé plusieurs fois des herpès circinés
du dos des mains suivis de mentagre. Le fait est rare, mais
il existe. Son peu de fréquence s'explique très bien, si l'on
songe que les épileurs de mon service, à force de manier des
teigneux et de m'entendre parler de la teigne, savent- par-
faitement à quoi s'en tenir sur la contagion de cette affec-
tion. Aussi prennent-ils leurs précautions, et ne vont-ils pas
s'amuser, quand ils ont des cercles herpétiques sur le dos
des mains, à s'inoculer sciem-ment le champignon sur
la face.
L'herpès squameux, Therpès circiné non tonsurant, ne
sont pas des affections contagieuses pour M. Ghausit. Il
s'appuie sur quatre observations. Malheureusement pour
lui, il a bien mal choisi ses exemples. Vous n'aurez, en effet,
qu'à jeter un coup d'œil sur ces observations pour voir .qu'il
ne s'agit pas là d'affections parasitaires, affections essentiel-
lement chroniques, mais bien d'éruptions aiguës qui se sont
comportées comme de véritables pseudo-exanthèmes, c'est-à-
dire qu'après un peu de fièvre, de malaise, de courbature, on
a vu apparaître des disques érythémateux nombreux occu-
pant la plus grande partie du corps. Est-ce là la marche de '
l'herpès circiné parasitaire, dont les cercles généralement
peu nombreux, surtout au début, persistent le plus souvent
pendant des mois ? Il n'est pas jusqu'à la cause qui ne plaide
en faveur d'un pseudo-exanthème. Dans les deux cas oii cette
cause est relatée, on trouve une fois un refroidissement, et
l'autre une violente colère.
Que M. Ghausit ne s'étonne donc pas si son ami le docteur
lo6 NEUVIÈME ET DIXIÈME LEÇONS.
DufoLir n'a pas pu trouver chez ces malades les spores cry^
ptogamiques; la première condition pour voir ces spores étant
de les chercher dans une affection réellement parasitaire I
J'en dirai autant d'une observation de prétendu pityriasis
versicolor dans lequel on n'aurait pu trouver les spores du
microsporon. Il faut qu'il y ait eu une erreur de diagnostic,
et qu'on l'ait confondu avec le pityriasis riibra maculata, car
s'il est une affection où les spores cryptogamiques soient fa-
ciles à voir, c'est bien certainement le pityriasis versicolor.
Du reste, l'auteur est entré dans trop peu de détails pour que
l'on puisse mettre en ligne de compte une observation en
contradiction avec les faits si nombreux vus par tous les cli-
niciens et les micrographes compétents.
vrriLiGO.
Que doit-on entendre par vitiligo ?
Le mot est pris dans des acceptions diverses par les diffé-
rents auteurs.
Pour les anciens, il était synonyme de lèpre, leucè des
Grecs, morphée blanche, alphos, etc.... Alibert, M. Rayer,
M. "Hardy ont confondu le vitiligo avec l'achromie vraie,
M. Gazenave avec la teigne pelade achroraateuse. Quant à
moi, j'ai résert'é le nom de vitiligo à une affection dyschro-
mateuse de la peau, essentiellement constituée par des taches
qui résultent de l'inégale répartition du pigment cutané sur
les points oii elles siègent (affections cutanées, artificielles,
p. 428). C'est donc une simple difformité ^w^ l'on doit dis-
tinguer avec soin de la pelade achromateuse, affection pa-
thologique en voie dévolution.
Quand M. Chausit parle de vitiligo, il fait allusion à ma
pelade achromateuse.
Ces préliminaires établis, (et ils étaient nécessaires pour
éviter dans votre esprit la confusion), je passe aux argu-
ments de M. Chausit :
« La contagion du vitiligo» n'est pas un fait établi; on l'admet
surtout par induction, parcequ'on croit avoir trouvé sur les poils
LE PARASITISME. 157
qui n'existent plus ou sur le duvet grisâtre rampant à la surface
de l'épiderme, quelque chose qui ressemble à des spores, et l'idée
des spores a conduit naturellement à la contagion ; les fais clini-
ques invoqués à l'appui de cette opinion n'ont pas la valeur qu'on
leur suppose. »
Le vitiligo, comme l'entend l'école de M. Cazenave, n'est
pas nécessairement contagieux, et vous le comprenez aisé-
ment maintenant que je vous ai montré ce qu'elle désigne
par ce mot. Mais si l'on fait avec moi la distinction du vitiligo
difformité, et delapeladeachromateuse, on voit que, dans le
premier cas, il n'y a point contagion, tandis que, dans le
second, la clinique démontre d'une manière évidente que
l'affection peut se communiquer d'un individu malade à un
individu sain. Le fait de Gillette, malgré le dire de M. Ghau-
sit, est parfaitement probant, et, s'il est vrai que les observa-
tions ne soient pas détaillées, on ne saurait méconnaître làdes
cas de pelade achromateuse. Quelle autr^ affection, en effet,
pourrait présenter des plaques remarquables par la blan-
cheur, dégarnies complètement de cheveux, s'élargissant
peu à peu et s'observant successivement chez 8 individus
qui vivent ensemble ? M. Ghausit s'appuie, pour récuser ces
faits, sur ce que, chez deux de ces malades, il y avait une fois
des croûtes d'impétigo, et l'autre une desquamation furfu-
racée. N'est-il pas évident qu'il y avait là une complication,
et, dans tous les cas, ne reste-t-il pas six autres faits où l'on
n'a pas observé ces accidents ?
Les faits de contagion ne sont d'ailleurs pas rares. Bien
souvent j'ai eu l'occasion de voir l'affection transmise de la
mère aux enfants par l'usage du môme peigne.
Dernièrement encore j'ai donné des soins à un malade de
la ville, affecté de pelade achromateuse^, qui, ignorant le
danger, s'était servi des peignes de sa sœur. Il m'amena
bientôt cette dernière, chez laquelle je constatai la même
affection.
Quand M. Ghausit vient dire que c'est parce qu'on croit
458 NEUVIÈME ET DIXIÈME LEÇO^'S.
avoir trouvé dans le vitiligo des spores cryptogamiqiies que
l'on déclare par induction l'affection contagieuse, il ne prend
pas garde à ce qu'il a dit plus haut, à savoir que le désir
d'expliquer la contagion de certaines affections cutanées
avait fait admettre aux parasitophiles l'hypothèse du cham-
pignon.
L'observation VI, de M. Gliausit, parle d'un vitiligo du
cuir chevelu traité sans succès par l'épilation pendant cinq
années consécutives au dispensaire de l'hôpital, par M. Ba-
zin lui même. La malade a été guérie par M. Çazenave avec
des frictions ammoniacales, et des onctions avec une pom-
made probablement philocôme.
Je répondrai à M. Ghausit que la première condition pour
qu'un traitement réussisse, c'est qu'il soit parfaitement
appliqué. Or là jeune Villiot, dont il cite l'exemple, est venue,
si j'en crois mes notes, très irrégulièrement au dispensaire;
dans l'espace de cinq ans, elle a été épilée une dizaine de
fois : ce n'est certes pas suffisant pour guérir une pelade ayant
dégarni toute la tête au moment oîi elle me fut présentée,
ainsi que le constate M. Ghausit lui-même. Et d'ailleurs, le
traitement, bien que mal appliqué, n'a pas été aussi infruc-
tueux que veut bien le dire mon contradicteur, puisqu'il
ajoute plus loin que les sourcils étaient repoussés en grande
partie^ ainsi que les ongles.
De ce que le frère de la jeune Villiot n'a pas eu de pelade,
quoiqu'il ait partagé longtemps le lit de sa sœur, M. Ghausit
veut conclure que la pelade n'est pas contagieuse. Que prouve
un fait isolé, le seul qu'il puisse citer, contre les nombreuses
observations contraires que j'ai pu recueillir? M. Ghausit ne
sait-il pas que, dans toutes les affections contagieuses, cer-
tains individus jouissent d'une immunité absolue, sans qu'on
puisse en donner aucune explication ?N'ai-je pas dit, et tout
le monde n'admet-il pas que pour qu'une affection parasit
taire se développe, il faut un état particulier de l'organisme?
il faut certaines concîîtions organiques, inconnues dans leur
essence ! Si donc le frère de la jeune Villiot n'a pas contracté
LE PARASITISME. 159
la pelade, ce n'est pas parce que cette affection n'est pas
contagieuse, mais bien parce que le sujet ne présentait pas
les conditions nécessaires au développement du microsporon.
« Les symptômes de cette curieuse affection, dit M. Chausit en
parlant de la même observation, se concilient fort peu du reste
avec l'existence d'un parasite. D'abord son début n'est accompa-
gné, ni de ce prurit franc, ni de cette hypersécrétion d'épiderme
qui, d'après M. Bazin, caractérisent essentiellement la période de
germination des parasites (page /|7.) A peine peut-on signaler
l'existence de quelques démangeaisons; elles sont, en général, si
légères, si fugaces, qu'elles n'attirent pas l'attention du malade. »>
Si M. Gliausit avait lu dans mes leçons sur les affections
parasitaires, l'article pelade, il aurait vu précisément que le
prurit est ordinairement modéré dans cette affection; et que
l'hypersécrétion d'épiderme ne s'observe pas dans la pelade
achromateufe, c'est-à-dire dans la variété de teigne dont
était afTectée la malade.
i« Le phénomène le plus curieux de cette affection est, sans con-
tredit, la décoloration des surfaces envahies. Pour M. Bazin, cette
altération de la peau constitue un symptôme dont le développe-
ment est ou non lié à l'existence d'un parasite; c'est-à-dire qu'il
existe un vitiligo simple et un vitiligo parasitaire ; distinction que
M. Bazin reproche aux auteurs qui l'ont précédé, de n'avoir point
su faire. Voici les caractères à l'aide desquels on pourra doréna-
vant, et à la simple inspection, distinguer la décoloration du viti-
hgo simple delà décoloration du vitiligo parasitaire :
Autour des parties blanches dépourvues de pigmentum, dit-il,
dans le vitiligo simple, on trouve une coloration beaucoup plus
foncée de la peau, une hypersécrétion pigmentaire qui n'existe
jamais dans le vitiligo parasitaire. Il semble que,_ dans le vitiligo
simple, il n'y ait pas,, en somme, dans la peau, une moindre
quantité de matière pigmenlaire: mais cette matière, pigmentaire
se répartit inégalement sur les divers points, et de cette inégale
repartition résulte l'affection dyschromateuse. Dans l'autre cas,
au contraire, le pigment est clélruit, absorbé par le yirasite, et
non plus refoulé sur les parties environnantes. » (Page 205).
160 NEUVIÈME ET DIXIÈME LEÇONS.
" Le diagnostic est facile assurément, et nous ne demanderions
pas mieux que de le croire exact, au point de vue pathogénique,
si M. Bazin lui-même n'avait pris soin d'en atténuer la valeur, en
décrivant quelques pages avant, une variété de vitiligo parasitaire
(pelade décalvante) , caractérisée par de larges places dénudées,
sinueuses et sur lesquelles la peau a conservé sa couleur normale
et qui peut exister en même temps que l'autre variété (pelade
achromateuse) sur le môme sujet (p. 200). »
« Il est difficile de comprendre comment le même cryptogame,
existant sur deux/égions contiguës, détruit et absorbe le pigmen-
tum sur l'une et non pas sur l'autre. Est-ce un caprice de parasite?»
Je ne vois p,as en quoi les signes différentiels que j'ai don-
nés pour distinguer le vitiligo simple de la pelade peuvent
être atténués par l'admission d'une variété (pelade décal-
vante), oiî la peau conserve sa couleur normale. N'est- il pas
évident qu'il sera toujours facile de distinguer cette pelade
décalvante du vitiligo simple, puisque, dans celte dernière
affection, non seulement la coloration de la peau n'est pas
normale, mais encore les taches qui la constituent sont
caractérisées par le défaut de pigmentum sur certains points,
et ?ur d'autres par un amas de ce pigmentum en plus forte
proportion que sur la peau saine. Et du reste, n'existe-t-il
pas d'autres signes pour faire le diagnostic qui embarrasse
tant M. Ghausit ? Sans parler des caractères microscopiques,
n'avons-nous pas la chute des cheveux, qui n'existe pas dans
le vitiligo simple où ils sont seulement décolorés. N'avons-
nous pas la marche si rapidement envahissante de la pelade
décalvante à opposer à l'état presque stationnaire des taches
du vitiligo?
Pourquoi le microsporon décoloretil les plaques de pelade
achromateuse et ne décolore-t-il pas celles de la pelade dé-
calvante existant sur la même tête. C'est que dans le premier
cas, le parasite s'étend dans les couches profondes de l'épi-
derme et absorbe le pigment, tandis que dans le second il
paraît surtout s'étendre en surface, comme le démontre
l'extension rapide de l'affection. C'est là un fait qui ne pré-
LE PAIiASinSME. 161
sente d'autre intérêt que celui de la curiosité, et dont il est
impossible de donner l'explication. La coïncidence des deux
variétés de teigne pelade sur le même individu est, du reste,
rare.
« D'ailleurs la confusion augmente encore, et M. Bazin réfute
lui-même cette distinction qu'il prétendait établir entre le vitiligo
simple et le vitiligo parasitaire, en parlant d'une variété de teigne
acliromateuse consistant uniquement dans la décoloration des
poils : (t Une autre variété de teigne achromateuse qui, jusqu'à
présent, ne parait pas avoir frappé l'attention des observateurs,
est celle qui consiste uniquement dans la décoloration des poils,
sur une chevelure noire ou châtain foncé, on voit çà et là de
petits bouquets de cheveux tout à fait blancs. Déjà deux fois nous
avons eu l'occasion de donner nos soins à de jeunes personnes
offrant celle altération de la chevelure, et nous avons été
assez heureux pour la voir céder complètement au traite-
ment qui nous a si bien réussi contre les teignes. » (Considéra-
lions générales sur h. menta^^re et les teignes de la face, p. 33) »
« La contradiction est manifeste, et l'on voit qu'au point de
vuenosologique, comme au point de vue thérapeutique, M. Bazin,
évidemment à son insu, efface la lignede démarcation qu'il croyait
établir entre la teigne achromateuse, avec conservation des
poils décolorés, et la teigne achromateuse ^avec alopécie. Ce sont
deux variétés de l'affection vitiligineuse, comme nous le soute-
nons avec M. Cazenave, parfaitement curables dans certai-
nes conditions, et qui, dans d'autres circonstances indétermi-
nées, résistent à toute médication. Le symptôme alopécie n'est
pas un critérium infaillible, indiquant une différence de nature.
« Les parasitophiles l'admettent, parcequ'ils ne peuvent pas
comprendre la chute du poil sans l'intervention préalable d'un
cryptogame. »
Le fait auquel M.Ghausit fait allusion est exceptionnel.
Il est extrait d'un de mes premiers travaux sur les teignes et
remonte à une époque oîj. je n'avais pas encore l'expérience
que m'ont donnée de nombreux faits semblables. Il y a eu
erreur de diagnostip dans ce cas où il s'agit évidemment
162 NEUVIÈME ET DIXIÈME LEÇONS.
d'achromie vraie, affection qui est presque toujours congé-
niale et que caractérisent des taches blauches sur lesquelles
les'cheveux^oussent décolorés. On ne saurait donc s'appuyer
sur ce fait pour effacer la distinction du vitiligo simple et du
vitiligo parasitaire. Pour moi, la chute des poils, et surtout
Tabsence d'hyperchromie, sont les signes caractéristiques
du vitiligo parasitaire.
Si donc le vitiligo est, comme le disent MM. Gazenave et
Chausit, tantôt curable, tantôt incurable, cela, s'explique
parfaitement. Dans le premier cas, nous avons affaire à une
difformité qui ne disparait qu'exceptionnellement ; dans le
second^, il s'agit d'une affection produite par un champignon
que nous pouvons toujours attaquer et détruire.
« Enfin, s'il fallait admettre l'interprétalion de M. Bazin, il
resterait toujoars à expliquer la persistance de la décoloration,
lorsque la maladie est arrivée à la 3^ période, que le champignon
est mort faute de nourriture, et que la perte des cheveux est de-
venue irrémédiable. Il semble que le- pigméntum n'étant plus
alors absorbé par le parasite, ni refoulé sar les parties environ-
nantes, devrait être déposé dans le corps muqueux pour re-
donner à la peau sa couleur normale. >>
C'est ce qui arrive en effet; la coloration de la peau rede-
vient toujours normale quand le bulbe pileux et les cellules
pigmentaires ont été épargnés.
« Dans tous les cas, nous devons signaler le génie malfaisant
du raicrosporon Audouini. Ce champignon, le plus petit de tous
les champignons connus jusqu'à ce jour, détruit non seulement le
poil comme tous les autres champignons plus ou moins teigneux;
niais il dévore encore la matière pigmentaire en exerçant sur
elle une influence si pernicieuse, que tout retour du pigméntum
est impossible, même après la mort de ce méchant petit crypto-
game. »
Je n'ai jamais rien dit de semblable. J'ai toujours vu au
(Contraire, quand le parasite était définitivement détruit, les
cheveux repousser aussi beaux et aussi colorés que sur les
LE PARASITISME. 163
parties saines, pourvu, je le répète, que le bulbe pileux et les
cellules pigmentaires n'aient pas été détruits.
« Mais là s'arrête, selon M. Bazin, l'influence du parasite : La
pelade, dit-il, est une affection plus sérieuse que les autres espè-
ces de teignes, quoique, dans les mêmes cas où elle se généralise
sur tout le corps, elle ne détermine aucune altération de la santé
_ générale chez les sujets qui en sont affectés. Toute la gravité est
relative au système pileux (p. 207.) »
« M. Ilardy pense différemment sur la même question ; lorsque
l'affection s'étend à la totalité de l'enveloppe cutanée, on voit sur-
venir fréquemment des phénomènes généraux assez graves ; ainsi
les enfants perdent leur gaité, maigrissent, s'arrêtent dans leur
dévelo|»p»ment. Dans ces conditions, il est difficile de déterminer
quelle est la cause qui trouble si profondément l'organisme. En
effet, est-ce l'extension démesurée du parasite qui envahit une
surface trop grande et absorbe une quantité trop considérable de
sucs nutritifs aux dépens de l'individu? ou bien l'altération delà
nutrition est-elle primitive et favorise-t-elle seulement le déve-
loppement du cryptogame? Jusqu'ici, ces questions n'ont pas reçu
de solution satisfaisante. » (Leçons chniques, p. 177, 2® partie).
« Le doute exprimé par M. Hardy a déjà été exprimé par tous
les observateurs sérieux depuis que l'idée du parasitisme a envahi
le domaine de la pathologie cutanée Mais alors nous avons
le droit de faire observer à M.Hardy que cette réserve est une
contradiction manifeste avec l'idée fondamentale du système
qui attribue au cryptogame le rôle de cause des maladies pa-
rasitaires. »
M. Ghausit confond les causes prédisposantes avec les
causes occasionnelles et efficientes. Les diverses cachexies
favorisent le développement du favus, mais ne le produisent
pas. J'ai eu souvent l'occasion de faire l'autopsie de scrofu-
leux a^^ant passé par tous les degrés du marasme, et sur
lesquels je découvrais, post mortem^ un ou plusieurs godets
faviques sur le corps. Dira-t-on dans ces cas que c'est l'alté-
ration des solides et des liquides qui a produit le favus ? Nul-
lement; cette altération n'est que la cause prédisposante;
164 NEUVIÈME ET DIXIÈME LEÇONS.
c'est elle qui a préparé le terrain favorable au développement
de l'achurion; mais là s'est arrêté son rôle.
Une altération de l'organisme peut aussi bien favoriser le
développement du champignon de la pelade. Mais il importe
de ne pas confondre les états primitifs 'de l'organisme ni avec
les états consécutifs ni avec les causes efficientes des ma-
ladies parasitaires.
Quant aux faits énoncés par mon estimable collègue
M. Hardy, je dois avouer que, malgré le grand nombre de
teigneux qui ont été confiés jusqu'à ce jour à mes soins, je
n'ai jamais observé les phénomènes généraux dont il parle.
Même encpre aujourd'hui, j'ai à traiter la petite fille d'un
notaire de province pour une pelade qui depuis un an a
envahi toute la surface du corps et détruit la presque totalité
'des cheveux et des poils follets. Eh bien I malgré cette géné-
ralisation de l'affection, la santé générale est on ne peut
plus florissante.
Les phénomènes dont parle M. Hardy s'observent seule-
ment dans le favus. Hs étaient bien plus fréquents autrefois,
alors que le traitement était encore à trouver. La terminai-
son funeste n'était pas rare, et arrivait après une agonie dont
les anciens auteurs nous ont laissé le triste tableau. Aujour-
d'hui nous ne voyons plus guère que des chloroses parasi-
taires dont j'ai eu l'occasion pendant le courant' de ces le-
çons de vous montrerplusieurs exemples, et tous, vous avez
pu voir que cette affection est d'autant plus prononcée que
le favus est plus étendu. S'agissait-il là, je vous le demande,
de méchants petits cryptogames ?
« Pour légitimer la création d'une classe de maladies parasi-
taires, on affirme que le cryptogame joue le rôle de cause ; puis,
quand on interroge la clinique sans prévention, on hésite, et l'on
se demande si le cryptogame est réellement la cause productrice,
ou bien, s'il n'est pas plus conforme à l'observation de ne voir
dans l'altération des solides et des liquides qu'un milieu favorable
à son développement. »
Je réponds catégoriquement à M. Ghausit: J'inocule la
•LE PARASITISME ET LES l'ARASlTOPHlLES. l65
matière faveuse; elle me donne, suivant les conditions de
l'expérience, du favus en godet on du favus épidermique.
Oii est donc, dans ce cas, cette fameuse altération des so-
lides et des liquides ?
Il y a plus, permettez-moi de vous rappeler un fait que
j'ai déjà cité dans d'autres parties de mes ouvrages : ily a
quelques années, un habitant de Fontenay-aux-Roses vint à
Paris et s'y fit raser. Au bout de quelque temps il vit se
développer des cercles d'herpès circiné. 11 continua à se faire
raser chez le barbier de son village, et voilà que bientôt tous
les habitants de Fontenay-aux-Roses qui venaient se faire
raser chez le même barbier contractent la même affection 1
Dira-t-on qu'ils avaient une altération des solides et des li-
quides, ou bien admettra- t-on qu'une sorte de constitution
médicale avait modifié le terrain?
En supposant que cette altération des solides et des li-
quides existe chez certains sujets, elle ne joue que le rôle de
cause prédisposante: il n'en faut pas moins tenir compte de
la cause immédiate, du champignon.
De qui M. Ghausit veut-il parler quand il dit : quand on
interroge la clinique? Est-ce de M. Hardy ? Ce serait complè-
tement à tort, car la clinique a démontré à mon honorable
collègue aussi bien qu'à moi-même qu'on devait admettre
une classe de maladies parasitaires, et il a écrit quelque part,
sans hésiter^ que c'était le groupe le plus naturel. S'il est
Vrai que M. Hardy diffère d'opinion avec moi pour le pity-
riasis versicolor, le chloasma, l'acné varioliforme, la diver-
gence ne porte que sur des points tout-à-fait accessoires, et
M. Ghausit n'est pas en droit, ce me semble, d'affirmer pour
cela que mon excellent collègue fait opposition aux idées
nouvelles.
M. Ghausit croit pouvoir résumer ainsi la valeur clinique
du parasitisme :
« De loin c'est quelque chose, et de près ce n'est rien. »
Je trouve que ce vers serait beaucoup mieux placé en épi-
11
!l66 NEUVIÈME ET DIXIÈME LEÇONS.
graphe de son propre mémoire. Il caractériserait très bien
la valeur des arguments qui y sont développés.
*€< Cet examen clinique des maladies parasitaires nous dispense
« de présenter des remarques générales, au point de vue noîolo-
« giqué, sur cette classe de maladies de la peau, dans laquelle on
« trouve rangés, comme étant de même nature et reconnaissant
« la même cause, le favus à côté des éphélides des femmes en-
« ceintes, riii^r[rès tonsuiant à côlé du pityriasis versicolor. la
« raentagre à côlé du vitiligo. »
l'ont beau, M. Chausit! Vous allez un peu trop loin. Au-
cun parasitopliile n'a jamais eu l'idée de rapprocher le favus
des éphélides des femmes enceintes, etc. Cette manière de
présenter les choses donne une idée de la bonne foi avec
laquelle on me fait la guerre. Voici ma division des affections
cutanées parasitaires végétales :
J'admets deux catégories d'affections cutanées parasitaires
produites, dans la première, par des végétaux qui vivent aux
dépens des poils et des ongles; dans la seconde, par des végé-
taux qui vivent aux dépens de l'épiderme. ^
Dans la première classe, je range :
A' Favuj. \ Ur.-eolaris.
(.AcLorion Scliœnleinii)i ^''"'"'^'^•
' ( Squarrosa.
B Teigne tonsurante CCirciiiata. l Herpès cip
(Trichophylontonsurans) "^"n'fia. Trois périodes : ] l'Hyria is î
^ "^ \ Oyrata. ) Sycosis uu
e Tpigne pelade. lOphia-iiiue.
(Miciosporon Aud)uini) I Acliromalfuse.
Dans la seconde classe, il n'y a qu'un seul champignon
(microsporon furfur) et une seule affection parasitaire diver-
sement dénommée : pityriasis versicolor, pi yriasis nigra,
chloasma, taches hépatiques, éphélides lenticulaires.
Vous voyez Messieurs, que mes divisions diffèrent à tous
égards du classement que prête M. Chausit auxparasitophiies,
classement que, pour ma part, je ne puis accepter, parce
qu'il rassemble des affections dissembl ibles. Une bonne clas-
sification doit reposer sur les ressemblances et les analogies
i-iïie.
alba.
Mentagre
LL PARASITISME Kl LES PAltASlTul'lilLtS. 1 07
des espèces morbides. La base doit varier snivint qu'on
\ent établir un classement nosologique ou un classement
séméiologique. Dans le premier cas, il ne faut pas s'attacher
à un seul caractère, mais les prendre tous ; dans le deuxième,
on prend un seul symptôme et l'on indique ses modifications
dans les différentes maladies.
C'est pour ne pas avoir compris ce but des cl ssifîcntions
que M Gihert, après avoir rapproché toutes les syphiiides,
dans son Trai lé de la syphilis^ les a dispersées dans tous les
chapitres, dans son TraUé des maladies de la peau.
Au point de vue nosologique, la famille parasitaire végétale
est une des plus naturelles. Elle présente des caractères beau-
coup plus tranchés que d'autres classes d'affections cutanées
admises par tous les auteurs. Je vais vous rappeler en deux
mots ces caractères :
Les affections parasitaires végétales sont toujours sous
la dépendance d'une cause externe, qui est la présence d'une
plante parasite. Elles sont contagieuses : elles produisent
des exfoliations, dont la forme et la couleur sont caractéris-
tiques pour chacune d'elles. Tantôt elles s'accompagnent de
la chute des poils; tantôt elles produisent des taches ou
crasses parasitaires. En outre, elles donnent lieu à des symp-
tômes congestifs accessoires, comme pustules, tubercules,
furoncles. Enfin elles disparaissent par les parasiticides, dont
l'application doit être favorisée par des procédés mécaniques
variables suivant que le parasite vit aux dépens des poils
(épilation), des ongles (limage), del'épiderme (frictions).
Dans cette classe des affections parasitaires, j'ai changé
les dénominations wlllaniques toutes les fois que j'ai trouvé
confondues sous un môme nom des affections de nature
différente {Vitiligo et pelade^ etc.). J'ai élagué les formes en
apparence identiques, mais différentes de nature (distinction
des différents sycosis) en faisant voir ce qu'on devait en-
tendre par ces mots genres, espèces.
« Ainsi au nom de la nature présumée de 1 herpès circiné et
« de l'herpès tonsurant, ces variétés ne foot plus partie du groupe
ifi8 NEUVIÈME ET DIXIÈME LEÇONS.
« de l'herpès. Pour Al. Bazin, elles représentent la première et la
« deuxième périodes de la teigne fonsurante... Citons encore pour
« exemple l'étude de l'acné, rangée par Alibert dans la famille des
« dartres, et qu'î M. Flardy considère comme une maladie acci-
« dentelle, tandis que M. Bazin en fait une expression de la scro-
« fuie. »
M. Ghausit affecte de ne pas connaître mes doctrines. Oîi
a-t-il jamais vu que Therpès circiné ne faisait plus partie
pour moi du groupe des herpès? Qu'il veuille bien se reporter
à la page 104 de mes leçons sur les affections génériques, il
pourra lire ces mots :
« Nous admettons deux classes d'herpès : les herpès de
« cause externe et les herpès de cause interne.
(( Les herpès de cause externe sont les herpès circiné,
(( simple, h anneaux multiples et nummulaire, qui recon-
« naissent pour cause l'existence d'un parasite végétal, et
« les herpès prceputialis, vulvaris, labialis, qui, dans certains
« cas, sont dus à l'action de substances irritantes, telles que
« la matière sébacée qui s'accumule entre le gland et le
«prépuce....»
Pourquoi dire que je fais de l'acné l'expression de la scro-
fule, quand j'admets des acnés artificielles (action de certains
médicaments), des acnés arthritiques, des acnés syphiliti-
ques?
THÉRAPEUTIQUE.
Les principaux arguments de M. Ghausit sont empruntés
à la plaisanterie. Mais il aura beau faire, il n'empêchera pas la
statistique de parler plus haut que ses facéties; il n'effacera
pas les magnifiques résultats qu'a produits la doctrine du
parasitisme; il lui sera impossible d'en imposer à tant de
médecins éclairés qui ont vu les nouvelles idées sanctionnées
par la pratique.
Est-il besoin de vous rappeler, Messieurs, ce qui existait
avant moi? Personne de vous n'ignore qu'avant que j'eusse
démontré la nécessité des frictions générales, M. Gazenave,
LE PARASITISME ET LES PARASITOPHILES. 169
qui ne faisait que des frictions partielles, guérissait peu de
galeux. Ils sont guéris aujourd'hui en quelques heures.
Avant I80O, les teigneux n'étaient plus guère admis dans
les services de l'hôpital Saint-Louis que comme objets de
curiosité, comme sujets de clinique, et la thérapeutique était
impuissante à arrêter les progrès de cette terrible affection^
qui finissait à l'amphithéâtre, où l'on recherchait sur le ca-
davre les aliéralions des solides et des liquides. Parcourez mes
salles de teigneux, consultez les registres du dispensaire de
l'hôpital et vous verrez si le traitement rationnel fondé sur
la connaissance exacte de la nature des teignes ne cons-
titue pas un véritable progrès. Voici pourtant ce qu'écrit
M. Ghausit :
« Pour le traitement des autres affections cutanées dites para-
ce sitaires, les partisans de ce système continuent à les combattre
« par les mêmes moyens que leurs adversaires, les "Willanistes
t par exemple. Ainsi M. Hardy n"a proposé aucun traitement
<( nouveau pour la guérison de l'acné punctata et de l'acné varioli-
« forme dans lesquelles il a eu pourtant l'insigne honneur de dé-
« couvrir de nouvelles spores végétales. Grâce à cette découverte,
« nous savons que les mêmes médicaments guérissent aujourd'hui
'« l'acné punctala et l'acné varioiiforme en vertu d'une propriété
» nouvelle inconnue jusqu'alors : leur propriété antiparasitaire.
« N'est-ce pas là un véritable progrès? >»
De pareilles plaisanteries n'ont pas besoin de com-
mentaires.
« Qu'est-ce que le traitement antiparasilaire des éphélides chez
« les femmes enceintes? La thérapeutique nouvelle diffèrc-t-elle
« de la thérapeutique ancienne? Autrefois, la clinique démontrait
« que la grossesse est la condition la plus favorable au développe-
« ment des éphélides sur le visage, et l'expérience apprenait aussi
« que le meilleur moyen pour en obtenir la guérison était
« raccouchement naturel. » (Pourquoi naturel?;. «Aujourd'hui,
« ^ous l'empire du parasitisme, on nous apprend que la grossesse
« favorise la germination du microsporon iurfurqui, après l'ac-
« couchement, meurt faute de nourriture, et alors les éphélides
^70 NKDVIÈMEET DIXIÈME LEÇONS.
« disparaissent. Mais Ips pommades et les lotions parasiticides
« sont vainement emp'oyé^s durant le cours de la grossesse. 11 faut
« se résignera attendre la guérison naturelle. Tout lecteur aura
« bien compris la différence qui existe entre l'ancienne et la
« nouvelle manière d'apprécier cliniqueraent et tliéiapeuliquement
« les éphélides des femmes enceintes. »
Chez la femme enceinte, il y a deux choses : des taches
hyperchromateuses,qui disparaissent avec la grossesse, et sur
lesquelles, vous le comprenez aisément, le traitement anti-
parasitaire ne saurait avoir d'action; mais il y a aussi le
masque proprement dit, dont on obtient facilement la gué-
rison parles lotions parasiticides. M. Ghausit confond tout
cela sous le nom d'éphélides.
Favus.
«... Il nous est impossible d'accorder à M. Bazin l'honneur
« d'avoir introduit une thérapeutique nouvelle dans le traitement
«du favus. M. Bazin épile avec des pinces comme le conseillait
« Samuel Plumbe. Parmi les topiques employés avant lui, il a fait
* choix du tuibith minéralen pommade, du sublimé et de l'acé-
« tafee. dii cuivre en lotions. »
Oui; ou epiliit avant moi ; je n'ai jamais dit le contraire.
Mais on épilait mal et sans savoir ce que l'on faisait ; aussi
obteiiait-0[i aussi peu de guérisons que par les autres moyens,
ce qui avait fait oublier ce procédé thérapeutique, et considé-
rait-on le favus comme une affection trèsgrave, tandis qu'en
réalité c'est l'espèce de teigne la plus facile à guérir. Je n'en
veux d'autre preuve que la parole du maître de M. Ghausit
lui-même, de M. Gazeaave, dont mon contradicteur ne
saurait récuser l'autorité.
Je trouve dans le Traité des maladies du cuir cheve'u de
M. Gazenave (i85i)}, à l'article pronostic et traitement du
favus :
« Pronostic. — Tn résumé, 1h favus est, envisagé à tous
« les points de vue, une alloclion toujours grave par sa
« j 11 acité, qui se joue souvent, de tous les efforts de la méde-
LE PARÂSITISBIE ET LKS PARASITOPHILES. 171
i(cine; il jouit du triste privilège de ne disparaître quen
a laissant des rrmtilatiojîs irréparables La guérison
(( spontanée du favns est excessivement rare.
(( Traitement. — Il a été bien exposé par les anciens qui,
« indépendamment des moyens locaux, avaient avec raison
<( confiance dans un ^mî7^me«^,<7ener«/peut-être trop négligé
«aujourd'hui....
«Ghezlesindividusforts, vigoureux, eW«««^20?î55«w^î«*»e5,
« et notamment application de sangsues derrière les oreilles,
« purgatifs administrés de temps en temps; soins de pro-
(( prêté; bains généraux; alimentation substantielle, des
< amers, des toniques... le sirop de Portai, le sirop anti-
« scorbutique du codex, plus tard vin de quinquina, solu-
(( lion de chlorure de calcium cristallisé, iodure de potas-
« sium, huile de foie de morue... Biett ne craignait pas
(( d'employer les préparations arsenicales, et nous avons vu
(( un favus presque général guéri par la solution de Pear-
I son.
«Quelle que soit l'énergie des moyens généraux, il est
« rare qu'ils suffisent pour guérir le favus; un traitement
M local est indispensable.
«Les anciens ont conseillé une fouie de moyens : cresson,
« alcalins, cantharides, emplâtre d'arsenic, le mercure...,
«le sublimé en cataplasmes avec de la mie de pain..., la
« calotte de Roger de Parme, les bandelettes d'Héliodore.
«Lorry conseillait les caustiques^ (tineâ bene curalâ sem-
« per sequitur calvities) .
« C'est un moyen que l'on peut employer quand le favus
« s'est développé accidentellement sur un autre point du
«corps, comme dans l'exemple que j'ai rapporté plus haut
« d'un confrère qui l'avait contracté à la joue jiour l'avoir
« longtemps laissée uppuyéesur un accotoir de diligence. —
« Après avoir détaché la croûte, on cautérise avec un crayoi
« de nitrate d'argent, l'extrémité du conduit plifère; on peut
€ y revenir à diverses reprises.
« Le véritable traitement consiste à suspendre la sécrétion
I 72 NEUVIÈME ET DIXIÈME LEÇONS-
« morbide pendant un temps, assez long pour qu'elle puisse
« revenir à l'état normal, lise résume en deux faits : laisser se-
M journer les croûtes le moins possible; annihiler la sécrétion
« par l'absence du poil.
€ Une foule de moyens depuis les cataplasmes jusqu'aux
« pommades de toute espèce rendent facile la première opé- •
« ration ; quant à la deuxième, l'épilation, on a proposé pour
j( elle plusieurs moyens de valeur et de nature différentes...»
Ces moyens se réduisent, suivant M. Cazenave, au traite-
ment des Mahon, aux bandelettes agglutinatives, aux
cataplasmes de sulfhydrate de chaux. Il n'est point parlé
de V épilation par la pi?ice.
Vous voyez, messieurs, qu'il n'est guère de médication
tant interne qu'externe qui ne soitconseillée parM. Cazenave.
II y en a pour tous les 'goûts: émissions sanguines, antiscrofu-
leux, antidartreux, antisyphilitiques. Mais cette richesse thé-
rapeutique est plus apparente que réelle, puisque M. Cazenave
nous annonce que le favus déjoue souvent les efforts de la
médecine (il aurait dû dire de sa médecine).
En 18S2 j'ai inauguré mon traitement des affections para-
sitaires qui bien appliqué, m'a permis d'obtenir, chez tous
mes malades atteints de favus, des guérisons durables, sans
que j'aie été obligé de les payer de ces mutilations irrépa-
rables dont parle M. Cazenave. Je vous laisse à juger si j'ai
rendu un véritable service à la science et à l'humanité.
A l'époque ou j'ai proposé ce traitement, un grand nom-
bre de récriminations s'élevèrent sur sa valeur. iVujourd'hui
qu'on ne peut plus nier l'efficacité de ma thérapeutique, M.
Chausit vient dire que ce traitement n'est pas nouveau.
Pourquoi? Parceque Samuel Plumbeépilait avant moi; parce
qu'on se servaitde substances parasiticides avant moi. Qu'est-
ce que cela prouve ? Je répondrai à M. Chausit qu'il n'y a
rien de nouveau en médecine; que tout a été dit et est encore
à redire : Nihil sub sole novum. La véritable question est de
savoir si, avant moi, on guérissait le favus. Eh bien, non,
on ne le guérissait pas et tous les tra,ités anciens en font foi !
LE PARASITISME ET LES PARASIIOPHILES. 173
La raison en est bien simple ; c'est que tous les médecins
qui m'ont précédé n'avaient aucune notion exacte sur la na-
ture du favus qui pût les diriger dans leur traitement, au-
cune raison qui leur permît d'adopter un moyen plutôt qu'un
autre. Les uns épilaient, pensant produire une inflammation
substitutive remplaçantpeu à peul'inflammation spéciale dont
la matière laveuse est l'expression ; aussi ne faisaient-ils pas
suivre l'épilation de lotions parasiticides. D'autres (Lebert)
employaient les lotions parasiticides, mais sans épilation ;
ils ne détruisaient que les cryptogames de la partie libre du
cheveu. Dans les deux cas l'affection se reproduisait bientôt.
Je n'ai point inventé l'épilation, je n'ai pas inventé les
parasiticides, mais j'ai montré la nécessité de leur associa-
tion: j'ai don-lé l'explication de leur action, et j'ai eu le
bonheur de guérir mes malades par des moyens qui avaient
échoué dans les mains de mes prédécesseurs.
Je n'ai pas non plus inventé la pommade dont on frictionne
les galeux: M. Cazenave s'en servait avant moi; mais j'ai
fait voir que, l'acarus pouvant siéger sur toutes les parties
du corps, les frictions insecticides devaient être générales et
non partielles. J'ai ainsi guéri, en trois jours, des galeux
que M. Cazenave gardait plusieurs semaines dans son service.
Voilà ce que j'ai fait de nouveau.
Du reste, puisque, si nous en croyons M. Chausit, ces
moyens thérapeutiques étaient employés avant moi, il faut
avouer que M. Cazenave est bien coupable, connaissant leur
efficacité, d'attendre encore une pommade pour tarir la sécré-
tion vicieuse, et de conseiller la calotte et les bandelettes
aggluti natives!
« Si la maladie est produite par un cryptogame, comment se
« fait-il que les topiques dits parasiticides seuls ne suffisent pas
« pour obtenir la guérison'? Les lotions parasiticides de sublimé
«« par exemple, devraient pouvoir pénétrer dans le follicule sans
« avulsion préalable du cheveu, en suivant la même voie par-
« courue par les spores dont le voUime est certainement plus con-.
ilir NEUVIÈME ET DIXIÈME LEÇONS.
« sidérable que le volume des -noléciilos liquides. Et cependant
« rex[>éi"ipnce démontre l'impu Dsance de ces topiques. »
M. Chausit s'étonne de bien peu de chose. Co.fiment
veut il qu'un liquide puisse pénétrer dans le follicule, c'est-
à-dire dans une cavité plus que pleine de cryptogames,
puisque ceux-ci, trop à l'étroit, s'épanouissent en godet à
Textérieur de ce follicule? Pour que ce liquide pût rénétrer,
il faudrait un vide dans le follicule ; or, il n'y en a jamais, les
spores ne sortant du conduit pilifère que par le vis à tergo,
c'est-à-dire poussées par, une production de spores plus
jeunes qui prennent leur place.
HERPÈS TOINSUBANT.
M. Chausit s'attache à prouver que la durée du traitement
n'est pas abrégée par l'emploi de ma méthode. Malheurçuse-
ment les raisons sur lesquelles il s'appuie ne sont pas péremp-
toires, et se réduisent à peu près à son affirmation personnelle
et à l'opinion de M. Gazenave.
« Le pronostic de l'herpès tonsurant. dit ce dernier, n'est
jamais grave; il guérit toujoiirs ; seulement la durée est
« toujours très-longue, rarement moins de cinq à six mois ;
{( quelquefois il faut plus d'une année pour obtenir la guéri-
(( son complète. « {Annales des maladies de la peau et de la
syphilis, t. I", p. 44, 1843.)
M. Gazenaye est resté au-dessous de la vérité, en assignant
le terme d'un an pour la durée de l'herpès tonsurant. Il n'est
pas rare de voir la teigne tonsurante atteindre et dépasser
dix-huit mais, en restant à la période herpétique, et j'en ai
vu, pour ma part, un certain nombre de. cas parmi les raa-
la les n'ayant pas été traités ou ayant subi un traitement irra-
tionnel Du reste, il faudrait savoir ce que M. Gazenave
entend quand il dit que l'herpèi tofisirant guérit toujours.
Gonsidère-t-il comme guéris les malades chez lesquels l'her-
pès est remplacé par un sycosis?
Si l'épilation ne réussit pas aussi vite dans la teigne ton-
LE PARASITISME ET LES PARASITOPHILKS. i7o
surante que dans le favus, la raison est facile à comprendre :
c'est que l'altération des poils est beaucoup plus.considérable,
et qu'on ne peut les arracher sans en briser un certain
nombre; la portion intra-cutanée du poil, chargée de cham-
pifrnons, reste donc dans le follicule pileux, et reproduit
l'affection. Malgré ces conditions défavorables, la moyenne
de la durée du traitement n'est que de six mois.
M. Chausit n'accepte pas comme exact ce chiffre de six
mois que je vous donne; il invoque le témoignage de M. De-
vergie, qui prétend avoir vu, dans mon service, des enfants
qui, bien qu'entrés depu's huit ou neuf mois, n'étaient [as
plus avancés que le premier jour.
Il mest im;.ossible de répondre à une assertion dont on
ne fournit pas la preuve, M. Devergie n'ayant donné aucun
détail sur ces enfants, et n'ayant ni indiqué leur nombre,
ni publié leurs observations; et cependant la vérification du
fait était facile pour M. Chausit, puisqu'il n'avait qu'à con-
sulter la statistique de l'hôpital, pour juger sur des chiffres
certains la durée de mon t'aitcment. Mais ces procédés se en-
tifîqiies sont, sans doute, troj) rigoureux pour lui ; il préfère
s'en tenir aux explications de M. Van Gaver, qu'il nous donue
comme une autorité en matière de parasitisme*.
« Le cryptogame vit malgré tous les moyens, dit M. V^aii
« Gaver, parcourt sur placi- les phases de son évolution, et s'éteint
« ensuite, non pas sous l'influence de l'agent employé dans le but
<' de le guérir, m^is bien parceque le terme naturel de son exls-
« tence est arrivé. Ce terme, ce moment de sa guérison spontanée,
« m'a paru toujours être séparé du début par 10 mois au moins et
« un an au plus. >»
Réflexions sur l'herpès tonsurant observé chez l'enfant (thèse
de l'Rris, 1857. p. 34).
Cesquelqu s lignes de M. Van Gaver prouvent son inex-
périence en matière de parasitisme. 11 jst tout-à-fait con-
traire à l'observation de dire que le parasite vit par tous les
moyens. Dernièrement encore M. Lemaire a guéri deux
entants affectés d'herpès circiné, par de simples applications.
176 NEUVIÈME ET DIXIÈME LEÇONS.
d'acide phéniqiie. La durée du traitement n'a pas été de dix
mois; elle a été de quatre mois.
Ce sont bien les parasiticide5,et non la vieillesse du cham-
pignon, qui amènent la guérison de l'aflection cutanée. Ce
qui a pu induire M. Van Gaver en erreur, c'est ce que l'on
observe "quand l'herpès circiné siège sur des parties non
velues et seulement recouveites de duvet. Là, effectivement,
la guérison spontanée est la règle, au bout d'un certain
temps, quand le champignon ne trouve plus les éléments de
sa subsistance. Mais quand l'herpès circiné siège sur des par-
ties abondamment pourvues de poils, les choses se passent
différemment. On voit. chaque poil cassé se recouvrir d'une
gaine blanche entièrement formée de trichophyton, en même
temps que la matière champignonneuse forme, dans les
intervalles des poils, une substance floconneuse d'un blanc
éclatant. C'est le pityriasis alba. Plus tard encore, le crypto-
game, loin de mourir de vieillesse, enflamme le follicule
pileux, et produit ces sycosis rebelles qui peuvent persister
indéfiniment, si le malade ne fait aucun traitement.
'•' MENTAGRE.
« L'épilation n'a pas donné de résultats plus décisifs, au point
« de vue du traitement de la nientagre... Le traitement le plus
« efficace, le plus sûr et en même temps le plus prompt des men-
te lagres tuberculeuses, consiste dans l'usage persévérant des topi-
(1 ques êmollients,.. Dans le mémoire, où M. "Bazin formulait
» cette proposition absolue : La durée du traitement de la menta-
« gre se réduit au temps de l'épilation ; on trouve des observa-
» tions dont les résultats thérapeutiques .en sont la condamnation
« la plus flagrante, puisque, chez tous ces mentagreux, la durée
« réelle du traitement a été, en moyenne, de 42 jours environ.
«» Et, circonstance aggravante, aucun des malades n'étisit com-
« pléteraenl guéri après une période de temps aussi longue. »
M. Ghausit ne comprend pas mes doctrines. Tl confond
toutes les mentagres, et ne leur reconnaît qu'une nature ;
LE PARASITISME ET LES PARASITOPHILES. 177
ce sont des inflammations. Pour lui, la mentagre est une
modalité pathogénique ; pour moi, la mentagre est une affec-
tion générique pouvant être artificielle, parasitaire, arthri-
tique... Aussi est-il difficile que nous nous entendions.
Est-il vrai que les topiques émollients soient les moyens les
plus efficaces contre la mentagre tuberculeuse ? Gardez-vous
bien de le croire, et voyez plutôt les malades traités pendant
3 mois chez M. Gazenave et renvoyés comme guéris, venir
se faire épiler dans mon service. M. Chausit a été lui-même'
la dupe de l'illusion de système dans laquelle il me reproche
d'être tombé. Avec les topiques émoUients, on fait dispa-
raître les accidents inflammatoires, et l'on renvoie son malade
comme guéri ; mais le sycosis (je parle seulement du sycosis
parasitaire^^ ne tarde pas à se reproduire. Je pourrais vous
en citer un grand nombre de faits ; je me contenterai de
vous rappeler ceux qui ont été mentionnés par M. Deffis
dans \q, Moniteur des hôpitaux [18^7), en réponse au mé-
moire de M. Chausit sur le sycosis.
Si j'ai dit que le traitement (jie la mentagre se réduisait
au temps de répilation, il est bien évident que je n'ai pas
voulu parler de la première mentagre venue. J'ai spécifié les
vieilles mentagres, celles dans lesquelles il y a peu ou il n'y
a point de parasites, où le principal obstacle à la guérison
consiste dans la présence d'un poil malade irritant les parois
du follicule. Dans ces cas, une seule épilation fait merveille,
et l'inflammation tuberculeuse ne tarde pas à disparaître.
« Pour certains parasitophiles, l'épilalion est une véritable pa-
ie nacée thérapeutique. A ceux quipourraient en douter, nous ferons
« connaître lejugeiuent qu'en porte M, Bazin lui-même. Après avoir
« parlé de l'épilation appliquée au traitement de l:i mentagre der-
« mophytique, l'honorable médecin de l'hôpital St Louis ajoute :
« l'épilation seule peut amener la guérison de certaines mentagres
« dans lesquelles il existe peu où il n'existe point de cr\ [dogamesj
« il est toujours plus sûr de recourir, iipiès l'épilation, à la lotion
« parasitieide. »
« Ainsi M. Bazin dirige contre des mentagres dans lesquelles
178 NEUVIÈIVIE FT DlXlÈâfE LEÇONS.
« il n'exiPte point de cryptogamps le même traitement que contre
« (iesnieniagres parasitaires àson point de vue, cVst à dire ré|iila-
K tion i^t les loiioii? parasilicides. Nous dt'von.s demander ici quelle
« est l'action de l'éjtihtion, et à quel titre surtout on rtcommHriMe
« Pemidoid une lotion paiat^iicide dans des cas dementagre oùl'on
« reconnaît d'avance qu il n'existe point de cryptogames En 3et.tft
« circonï-tance, nous sommes bien autorisé à retourner contre
« M. Enzin le reproche qu'il adresse à ses prédécesseurs, à propos
« du traitement du favus parl'épilation jointeaux lotions parasiti-
•« cidt'S, c'est que cette méthode de traitement ne s'appuie sur au-
« cune raison scientifique, etqu'ildonneraitdifficilementuneexpli-
« cation satisfaisante de la supériorité de l'épilation employée dans
« deux cas de mentagrede nature essentiellement différente. »
Je viens de faire la réponse tout à l'heure, et il m'est facile
de satisfaire M. Ghausit èur ce point. Par l'épilation on en-
lève l'épine qui entretenait l'inflammation tuberculeuse, et
celle-ci disparaît bientôt. J'ai dit qu'il était toujours plus sûr
de faire suivre l'épilation d'une lotion parasiticide, parce
qu'il est impossible, dans un cas donné desycosis parasitaire,
d'être certain qu'il n'y a plus du tout de cryptogames, et que
cette lotion n'a aucun inconvénient pour le malade.
Le rôle que j'attribue au poil altéré est attesté par ce que
Ton observe dans le sycosis arthritique ancien. Dans cette
affection, où il n'existe pas de parasites, mais oii le micros-
cope tnonlre les éléments du poil dissociés et écartés par les
globules purulents, l'épilation, qui agit là également en fai-
sant disparaître une cause d'irritation, est suivie d'un prompt
succès. Le fait a été constaté par M. Devergie, et vous êtes
à même de l'observer souvent dans mes salles.
« Il ne faut pas perdre de vue que, dans cette question du trai^
« tement de la raentagre par l'épilaUnn, la plupart des parasite-
« philes n'entendent parler que de? formes lubelculeus^s. Pour
« eux, les foruie» pusiu euses du sycoss n'appariii nneni plus à la
« mentagre; elles sont décrites comme des varié. es d'impétigo,
a MU» U uom d'im^4tigo sycosiforme et ioipétigo acuiforme. *
LE PARASITISME ET LES PaRASITOPHILESo 179
C'est une erreur ; j'admets parfaitement des ment^gres
pustuleuses, furonculaires et même plilegraoneuses de na-
ture parasitai.'e. Vous pouvez vous en convaincre par ce
passage de mes leçons sur les affections parasitaires, p. 176 :
« L'inflammation est rarement limitée aux follicules pileux ;
« elle s'étend aux aréoles voisines du derme ; aussi les pus-
« tLdes sont-elles ordinairement accompagnées ou suivies
« d'indurations profondes, de norlo^ités, de véritables tuber-
(f cules cutanés ou sous-cutanés qui, tanlôt rares et isolés,
« tantôt nombreux et agglomérés sur d'étroites surfaces,
(( donnent aux parties malades un aspectinégal, mamelonné
« tout particulier. Il est rare de ne pas trouver aussi quel-
« ques furoncles au milieu des pustules et des tubercules.
« Les indurations tuberculeuses disparaissent presque tou-
« jours par résolution, sut tout sous l'influence d un traite-
« ment convenable. Il en est autrement des pustules et des
« furoncles qui s'ouvrent à l'extérieur, et sont assez souvent
« le point de départ de petites végétations fongueuses qui
« font saillie à la surface des téguments, entretenues d'ail-
« leurs parles poils malades qui les entourent. »
J'ajouterai de plus que les impétigos sycosiforme et acni-
forrae n'ont été admis que par les auteurs pour lesquels un
seul genre ne saurait appartenir à plusieurs maladies.
« Nous nous proposons d'examiner sérieusement un travail sur le
« traitement de la mentagre par l'épilation, dont la publication
« prochaine est aimoncée depuis 10 ans, et dans lequel on rap-
« porlera des observations de meniagres invétérées traitées sans
« succès pendant de longues années, et guéries à Tiostant même
a par l'application du nouveau traitement. »
Je ne publie pas les faits qu'attend M. Ghausit et que j'a-
vais annoncés en 1833. parce qu'aujourd'hui, en 1864, ils
sont devenus comfdétement inutiles et que tout le monde,
excei)té M. (Ihausit, est éditi'; sur les faits si nombreux de
ma pratique civile et hospitulière.
180 NEUVIÈME ET DIXIÈME LEÇONS.
VITILIGO.
« On a peine à comprendre que l'on ait sérieusement proposé
« l'épilation comme métiiode rationnelle de traitement du vitiligo.
« Là, les surfaces malades sont complètement dénudées, et l'on se
« demande à quel titre un tel état morbide réclame l'intervention
M épilatoiredelapince.»
Les surfaces malades ne sont jamais complètement dénu-
dées, à moins que l'affection ne soit arrivée à la troisième pé-
riode,que la calvitie ne soit irrémédiable. Il y a toujours des
poils de duvet que l'on voit très-bien, en regardant à contre
jour,, et ce sont ces poils qu'il faut épiler. Je ne vous dissi-
mulerai pas que l'épilation ne soit très-difficile ; mais elle est
cependant possible, et mes épileurs triomphent avec de la
patience et de l'habileté de ces difficultés. Du reste, à me-
sure que le traitement avance, cette opération devient de
plus en plus facile, parce que les poils repoussent plus forts
et plus résistants ; et ils finissent par ne plus présenter
aucune différence avec ceux des parties environnantes ;
c'est alors seulement qu'il faut cesser le traitement.
M. Ghausit s'étonne de ce que j'aie dit que l'avulsion des
cheveux ou des poils devait s'étendre, dans un certain rayon
autour des plaques malades. Il se demande dans quelle limite
il faut pratiquer l'épilation, et s'épouvante à Tidéede s'en
rapporter à l'appréciation de l'épileur. L'épilation est un art
qui exige une grande expérience. Un épileur habile et intel-
ligent sait toujours apprécier le degré d'adhérence des poils
qu'il arrache ; c'est un signe qui ne le trompe pas, et lui
donne la mesure de ce qu'il doit épiler.
« On pourrait croire que, dans le vitiligo, les topiques dits pa-
« rasiticides doivent agir avec énergie et promptitude, puisque le
»> poil ne s'oppose plus à leur pénétration dans le follicule où ils
« iraient détruire les derniers vestiges des parasites. Malheureu-
« sèment l'expérience clinique démontre que la guérison peut se
o faire longtemps attendre . »
LE P4RASniSME El LES PARASITOPHILES. 181
Dans le vitiligo, l'épilation ne se produit pas d'elle-même,
comme le voudrait M. Ghausit ; il reste toujours dans le fol-
licule la racine du poil qui est altérée et infiltrée de cham-
pignons. Du reste, le rapprochement des parois du conduit
pilifère fait obstacle à la pénétration des liquides dans l'in-
térieur du follicule.
« Mais alors si la perte des cheveux est devenue irrémédiable,
« la coloration ne devrait pas persister, puisque le pigmentum
« n'est plus détruit et absorbé par le cryptogame, ni refoulé dans
« les parties environnantes. »
Aussi ne persiste-t-elle pas ; c'est ce que l'observation
démontre. Aux deuxfaitsque rapporte M. Ghausit de pelades
ayant guéri par la seule application de pommades aromati-
ques, je peux en opposer 15 ou 20 par année, soit dans ma
pratique de la ville, soit dans ma pratique de l'hôpital, oii la
guérison est plus radicale.
En définiiive, vous voyez, messieurs, à quoi se réduit la
critique de M. Ghausit, quand on l'examine de près. On n'y
trouve que des sophismes plus ou moins captieux, des ar-
guties qu'il voudrait ériger en arguments sérieux, et par
dessus tout un parti pris de n'admettre aucune découverte
que n'aurait pas faite M. Gazenave. lime reste donc, après
vous avoir fait voir l'inanité des bases du mémoire de
M. Ghausit, à vous dire les conclusions que je me crois en
droit d'opposer aux siennes.
CONCLUSIONS.
'*• « L'existence de parasites végétaux trouvant à la surface du
« corps de l'homme des conditions favorables à leur germination
« est un fait possible. »
G'est un lait irrécusable, rendu évident à la fois par
l'examen microscopique, la chimie, l'anatomie pathologique
etla clinique. La germination de ces végétaux parasites est
favorisée par l'existence chez le sujet d'un terrain favorable
.12
•182 ^•EuvlÈ:uE et dixjème leçojxs.
(scrofule pour le favus ; arlhritis et dartre pour les teignes
tQngurante et pelade, etc..)
2o (( L'existence 4e parasites végétaux, comme cause essentielle
« et indispensabje çle certaines maladies de la peau, n'est pas un
« fait démontré dans l'élat actuel de la science »
C'est la condition sine quel ?ion d'existence de certaines
affections cutanées. Elle est démontrée, pour tous ceux qui
examinent les faits avec impartialité, par la contagion qui se
fait d'une manière évidente au moyen des spores cryptoga-
miques, et parla guérison de ces affections quand on a détruit
^ le champignon qui les produisait : Siiblatâ causât toUitiir
effecms.
3° «L'examen microscopique, les réactifs et analyses chimiques,
« l'anatomie pathologique ne prouvent pas la nature végétale de la
« matière faveuse, ni des autres corpuscules ovoïdes ou arrondis,
« comme des spores cryptogamiques. »
Ces moyens d'investigation ont montré, d'une part, la
différence de la matière faveuse et des produits de nature
animale, et d'une autre part, l'analogie de cette même ma-
tière avec les moisissures^ dont la nature cryptogamique est
incontestée. L'opinion qui nie la nature végétale des teignes
n'a pour défenseurs que MM. Gazenave, Decaisne, Léveillé,
Moquin -Tandon, Ghausit.
h" « Ces recherches tendent à prouver que les matériaux de la
« production faveuse sont fournis par l'organisme, et que lesau-
« très corpuscules sont peut-être des modifications anormales d'un
M des éléments constitutifs des tissus altérés. »
Elles prouvent tout le contraire, les champignons des tei-
gnes n'ayant aucune analogie, même éloignée, avec les diffé-
rents éléments anatomiques de nos tissus.
5" « Dans tous les cas, ces productions ne constituent pas le
« symptôme initial des çnaladies de peau dites parasitaires. »
Le cryptogame est toujours facile à démontrer dans les
squames abondantes d'épiderme, que M. Ghausit regarde
LE PARASITISME ET LES PAtlASiTOPHlLES. 183
lui-même comme le phénomène initial des affections parasi-
taires.
L'inoculation de ia matière faveuse montre que le cryp-
togame est indispensable pour produire le favus.
6" « On les considère, à tort, comme les agents de la contagion,
« puisqu'on les trouve avec les mêmes caractères, dans les raala-
« dies qui ne sont nullement contagieuses. »
L'achorion, le trichophyton, le microsporon Audouïni ne
se retrouvent que dans les teignes. S'il existe des cryptogames
dans d'autres affections, l'observation démontre qu'ils n'ont
rien de constant, et ne jouent aucun rôle dans la production
des symptômes. Ce sont des épiphénomènes.
L'inoculation des champignons des teignes prouve assez
qu'ils sont les agents de la contagion.
7' « Même en admettant la nature végétale de ces productions,
" les paras! tophiles ne s'accordent pas sur le rôle qu'il convient de
« leur attribuer dans la pathogénie des maladies de la peau. »
Tous les médecins qui ont étudié la question sans passion,
ont admis, comme incontestable, la classe des affections para-
sitaires. Les prétendues divergences d'opinion, dont parle
M. Chausit, ne portent que sur des points accessoires.
Ces divergences portent surtout sur l'acné varioliforme,
que M. Chausit veut, à toute force, faire entrer dans la classe
des affections parasitaires, quoique M. Hardy^ qui croit avoir
trouvé des spores végétales dans cette affection, neTait point
distraite du genre acné.
'- Conséquemment ;
« Dans l'état actuel de la dermalologic, il n'y a pas de maladie
• dénature essentiellement parasitaire végétale, ni de Ihérapeu-
« tique antiparasitaire. »
Cette conclusion erronée est le digne couronnement de
l'œuvre de M. Chausit ; elle a contre elle l'observation de
tous les médecins instruits, et la guérison aujourd'hui cer-
taine et facile de maladies réputées, en I80O, trèsp-raves,
par M. Gazenave, à cause de la ténacité avec laquelle elles
déjouaient les efforts^ de la médecine.
TABLE ANALYTIQUE DES MATIÈRES.
PRÉFACE.
PREMIÈRE LEÇON.
— Objet du cours : Héfutation des objections que
Ton a adressées aux doctrines de M. Bazin, tant pour la
pathologie générale que pour la pathologie cutanée. , 5
— Critiques de M. Devergie ; comparaison de la pa-
thologie générale de M. Devergie à celle de M. Bazinj
différence des trois éditions du traité de M. Devergie à
cet égard 8
— Réfutation des quatre propositions fondamentales
de M. Devergie . . ,
A. La généralité des maladies de peau a pour forme
morbide ordinaire l'élément inflammatoire. . . .
B. Les maladies de la peau peuvent être déterminées
par toutes les causes qui produisent les maladies des au-
tres tissus ou organes: causes physiques, causes mora-
les, hérédité
C. Les maladies de la peau suivent dans leur évolu-
tion la même marche et présentent les mêmes terminai-
sons que les maladies des autres organes
D. Si les formes morbides sont plus variées dans les
maladies cutanées, c'est que le tissu de la peau est le
plus complexe des tissus de l'économie lOàlS
— Ce qu'il faut penser du reproche adressé par
M. Devergie à M. Bazin d'être un grand réformateur de
mots — Nécessité de ces reformations 15
186 TABLE ANALYTIQUE DES MATIÈRES.
— Nécessité d'attribuer un sens précis aux mots ma*
ladie, affection, symptôme
Comment M. Devergie confond la maladie avec la
cause, le genre avec la nature •-•17
— Triple problème que soulève le diagnostic des
affections cutanées. . 21
— Les doctrines de M. Bazin sont essentiellement
différentes de celles de M. Hardy, et sont à tort confon-
dues dans l'ouvrage de M. Devergie avec ces dernières. 24
— De la prétendue homogénéité des doctrines de
W. Devergie 26
DEUXIÈME LEÇON.
' Attaques de M. Monneret relatives aux travaux de
M. Bazin sur la scrofule 27
— Différentes manières de comprendre la diathèse en
général et la diathèse scrofuleuse en particulier. Opi-
nions d'Hébra, de Lebert, de Devergie, de M. Monneret,
de M. Hardy 29 à 34
— Ce que M. Bazin entend par diathèse, par affec-
tion. Infériorité de la doctrine des éléments morbides,
de la génération des affections parles affection?, adoptée
par l\!. Monneret 35
— Il est illogique d'admettre comme M. Monneret des
dermatoses scrofuleuses, et de leur refuser en même
temps des caractères spéciaux 39
— H est inexact de dire que les leçons de M. Bazin
sur ia scrofule ne contiennent rien de nouveau. . . . /lO
— Les scrofulides bénignes ne sont pas des maladies
purement locales, ou des complications 42
— Ce ne sont pas, comme le pense M. Hardy, des
dartres modifiées par le terrain ou le tempérament. . 43
— Les scrofulides ont des caractères propres à les
faire reconnaître ^5
TABLE ANALYTIQUE DES MATIÈRES. i87
TROISIEME LEÇON.
Objections élevées contre les classifications dermato-
logiques de M. Bazin. * •
— Il n'est pas vrai de dire avec M. Hardy que M. Ba-
zin dans sa classificaiion des lésions élémentaires a tout
confondu en voulant trop simplifier 47
— La classification des lésions élémentaires proposée
par M Hardy ressemble beaucoup à celle de M. Bazin. ?i8
— Pourquoi la classe des ulcères adoptée par M. Ba-
zin et critiquée par M. Hardy doit subsister. . . . h^
— Emprunts déguisés faits par M. Hardy à M. Bazin. 50
— Objpctions dirigées contre la classification des affec-
tions spéciales de la peau proposée par M. Bazin. Ces ob-
jections s'opposent les unes aux autres 52
La classification de at. Bazin est essentiellement pra-
tique, et conduit logiquement au diagnostic et au traite-
ment; les attaques de M. Devergie à cet égard sont peu
fondées 54
— Ce qu'il faut penser de l'objection faite par i\l. De-
vergie que certaines affections peuvent naître simulta-
nément d'une cause externe et d'une cause interne. . 55
— M. Bazin n'a pas pris le principe de ses classifica-
tions dans Hippocrate, comme le dit M. (libert, ni dans
Lorry comme le prétendent MM. Hardy et Legrand du
Saulle • 55
— Les deux sections des affections déterminées par
une cause mécanique ou physique et des affections pro-
voquées ont leur raison d'être, quoi qu'en dise M. De-
vergie 56
— Le reproche que fait M. Devergie à M. Bazin d'a-
voir distrait l'éruption roséoleuse des exanthèmes et d'a-
voir rangé le pcmphigus dans les pseudo-exanthèmes,
est pôU fondé 1 . . ti8
188 TABLE ANALYTIQUE DES MATiÈRES.
— M. Devergie confond la phlegmasie véritable avec
l'état inflammatoire qui complique certaines affections. 60
— Toutes les objections adressées par M. Devergie aux
classifications de M. Bazin se résument en ce fait qu'il
considère comme entité morbide ce qui pour M. Bazin
n'est qu'un symptôme de maladie 60
Parallèle résumé des doctrines de M. Devergie, de
M. Hardy, de M. Bazin . 63
QUATRIÈME LEÇON'.
Des genres en pathologie cutanée 65
— Erreur commise par M. Ameuille qui attribue à
AI. Bazin la définition que M. Hardy donne de l'eczéma. 65
— On procède à l'étude de la pathologie cutanée par
deux méthodes: la méthode analytique et la méthode
synthétique. — Méthode analytique adoptée par Willan
— Services que cet auteur a rendus à la dermatologie. 66
— Application des données Willaniques à l'étude
de l'eczéma 68
— Xes objections faites par M. Devergie à la défini-
tion Willanique de l'eczéma sont plus spécieuses que so-
lides. Les phénomènes qu'il propose pour caractériser
l'eczéma ne sont pas constants 70
— La définitition que M. Hardy a donnée de l'eczéma
est la négation des genres en pathologie cutanée. . 72
— Les objections à la définition Willanique n'ont
plus de fondement quand on complète, comme dans la
classification de M. Bazin, la méthode analytique par la
méthode synthétique ... 73
— M. Bazin n'est pas élève exclusif d'Alibert comme
le prétend M. Hardy — Les inconvénients de la mé-
thode d'Alibert se retrouvent dans celle de M Hardy. 74
— Qu'est-ce qu'un genre? 75
— Pourquoi M. Bazin ne peut accepter les définitions
de M. Hardy 75
TABLE ANALYTIQUE DES MATIÈRES. 189
— L'étude des genres permet de poser le diagnostic
avec une précision presque mathématique 76
— La négation des genres entraine M. Uardy à des
contre sens pathologiques 77
— Gomment on arrive au diagnostic de la nature
d'une affection générique • .... 79
CINQUIÈME Leçon.
Objections contre l'arthritis et les arthritides (Hardy,
Monneret, Gérin-Roze, Lafont-Gouzy, Cornil.) Ces
objections sont contradictoires 80
— L'arthritis existe réellement comme entité morbide. 81
— M. Bazin n'a pas copié l'arthritis et les arthritides
dans Lorry, comme ledit M. Devergie 83
— Il est illogique d'admettre, comme M. Monneret et
M. Gérin-Roze, des arthritides, et de leur dénier en
môme temps tout caractère spécial 83
— Les arthritides ne sont pas des dartres modifiées
par le terrain, comme le pense M. Hardy. . ... 84
— Il n'est pas vrai de dire que l'on n'observe jamais
à la fois les arthritides et le rhumatisme ..... 85
— M. Hardy, pour renverser la classe des arthriti-
des, suit une méthode inacceptable. Au lieu de s'atta*
cher à l'ensemble des caractères assignés par M. Bazin
à ces affections, il s'attache à prouver que chacun de ces
caractères pris isolément manque quelquefois ou peut se
rencontrer dans des affections non arthritiques. C'est
ainsi qu'il passe en revue le siège, la forme, la couleur,
la sécheresse 86
— Confusion que fait M. Hardy de la couleur des ar-
thritides et des scrofulides. — Caractère phlebectdsique
des affections arthritiques 90
— On ne voit pas dans la dartre comme dans l'arthritis
la multiplicilé des lésions élémentaires 92
i9Ô TÀBtÉ ANALYTIQUE 1)ES MATIÈRES.
— La récidive sur place, l'asymélrie, le prurit se
présentant sous forme de picotements sont bien réelle-
ment des caractères spéciaux aux arlhritides, malgré
l'assertion contraire de M. Hardy. . . . . - . 93
— Il n'est pas exact de dire que le traitement alcalin
employé seul n'ait jamais fourni que des insuccès ; le
contraire a été constaté par MM. Gazenave, Devergie,
Gibert 94
— M. Lafon-Gouzy a mis l'hypclhèse à la place de
l'observation, en rattachant les eczémas, les rhumatis-
mes, et les hémorrlioïdes à Therpétisme. . ». ». 95
— Le reproche que fait M. Cornil à M. Bazin de ne
pas avoir donné de signes suffisants pour le diagnostic
■ des arthrilides est mal fondé , . * . 96
SIXIÈME LEÇON.
— Objections faites à la dartre considérée comme
maladie constitutionnelle (Gailleton, Becquerel). . . 98
— Le tableau des dilïérenteâ aiïectlons herpétiques,
que M. Gailleton prête à M. Bastin, diffère notablement
de celui que M. Bazin a donné ÎOO
— M. Gailleton est partisan de la génération des
affections par les affections; il rejette la dartre comme
entité morbide . 101
— La distinction de différentes espèces d'eczémas sui-
vant rétiologie que propose M. Gailleton est peu ration-
nelle 101
— Le reproche que fait M. Gailleton à M. Bazin de
n'admettre que quatre cailses d'eczémas n'est pas fondé.
— Des trois ordres de causes admises par M. Bazin dans
la production de toute affection générique Ii53
— Ce qu'il faut entendre par bronchite et entérite
dartreuses. 1Ô4
— L'utérus n'éSt pas exempt de manifestations dar-
treusêâ, comme le prétei^lBeocluorcl 105
TABLE ANALYTIQUE DES MATIÈRES. 49 1
— Ce qu'il faut penser de l'opinion de M. Pidoùx
pour lequel la dartre ne serait qu'un produit métis de
Farthritis et de la scrofule; les maladies constitution-
nelles, pour M. Pidoux n'accompliraient pas nécessaire-
ment leur évolution complète chez le même individu,
mais bien sur plusieurs générations 107
— La mobilité et la métastase des affections est un
caractère distincLif de la dernière période delà dartre. Î09
— Les maladies constitutionnelles ne s'excluent pas,
mais dans aucun cas ne donnent lieu à de produits métis. 110
— Documents statistiques donnant une idée de la fré-
quence relative des différentes affections cutanées scro-
fuleuses, arthritiques, herpétiques 110
SEPTIÈME LEÇON.
Le parasitisme et les parasitophiles 11 S
— Préliminaires et état de la question 11-4
— La marche indiquée par M. Chausit pour éhidier
le parasitisme végétal est mauvaise ; il faut étudier les
maladies avunt d'en rechercher les causes 117
— Ce qu'il faut penser du prétondu envahissement du
morbidiime végétal en dermatologie 118
— Différentes opinions qu'a professées M. Gazenave
sur les croûtes faveuses 119
— Tactique de M. Chausit qui accole sans cesse le
nom de M. Bazin à celui d'autres auteurs pour lui faire
endosser la responsabilité des erreurs de ces derniers. . 12Ô
— Les trois conditions posées par M. Chausit pour
admettre une classe de maladies parasitaires ont été rem-
plies par M.Bazin 121
— Comment M. Ba^in a été amené. i iéparer des au-
tres affections les affections parasitaires 122
— M. Chausit essaie à tort de grossir le nombre des
affections parasitaires en donnnnt commodes affections
différontr? do simple? variétés. .' • 122
192 TABLE ANALYTIQUE DES MATIÈRES.
— Du rôle accessoire de la puccinia favi 12^
— Les auteurs sur lesquels s'appuie M. Chausit pour
nier la nature végétale du favus ne font pas autorité
dans la science • 125
— Les descriptions que donne M. Tarnier des croûtes
faveuses ei l'interprétation de son observation sont
inexactes et infirmées par les travaux de M. Robin et de
M. Bazin. • 127
— Le champignon de la teigne faveuse n'est pas une
moisissure engendrée par la malpropreté 128
— Ce qu'il faut penser des observations de M. Léveillé. 1 2d
— La matière faveuse est très différente de la matière
sébacée. ^ . . , 129
HUITIÈME LEÇON.
Suite du parasitisme et des parasitopliiies. . . . 131
— La chimie démontre l'identité de nature du cham-
pignon du favus et des moisissures, et ses différences
avec les divers produits animaux. ....... 131
-— Action de la teinture d'iode sur les spores faviques
et sur les moisissures. Expériences de M. Robin. . 132
— Expériences de M. Malaguti avec la liqueur Pé-
ligot 134
— Ce qu'il faut penser de l'opinion de M. Lombard
qui doute de la nature végétale des croûtes faveuses à
cause de la forte proportion d'albumine qu'il y a trouvée. 134
— Les arguments que M. Chausit tire de l'anatomie
pathologique ne sont pas sérieux. L'inflammation ne
saurait être regardée comme cause de la production des
croûtes faveuses; elle n'existe jamais qu'à titre de com-
plication 135
— L'hypothèse de M. Didot (de Liège) est contraire à
l'observation microscopique 136
— Les prétendus arguments de M. Rochard se ré-
duisent à une querelle de mots 137
TABLE ANALYTIQUE DLIS MATJÈRES. 193
— Les champignons de la teigne tonsuranic, de la
teigne pelade, des crasses parasitaires sont aussi faciles
à voir que le champignon du favus 1/»1
— Le champignon de la teigne tonsurante se voit
aussi bien au début que dans la période d'élat. . . . 1Z|3
— Ce qu'il faut penser de l'avis de Moquin-Tandon. Ikk
— Pourquoi l'analyse chimique est peu applicable à
l'étude du champignon de la teigne tonsuranfe. . . Ihb
La contagion de toutes les affections parasitaires est
parfaitement démontrée ; il n'y a pas d'exception pour le
pityriasis versicolor, malgré l'opinion contraire de
M. Hardy. ihl
— Le transport des spores cryptogamiques par l'air
atmosphérique a été démontré par les expériences de
M. Lemaire. . 148
— L'inoculation de la matière favique prouve claire-
ment la contagion des affections parasitaires. . . . î50
NEUVIÈME ET DIXJÈME LEÇONS.
(Suite du parasitisme et des parasitophiles).
L'observation clinique démontre que la mentagre
parasitaire est aussi contagieuse que le favus — Ce qui
cause l'erreur de M. Chausit, c'est qu'il confond sous le
nom de rnentagres des affections différentes. . . . 151
— La mentagre parasitaire n'est pas une complication
de l'herpès circiné, mais bien une période plus avancée
de la maladie qui produit l'herpès circiné et le pityriasis
alba 152
— Le prétendu sycosis érythémateux de M Chausit
était décrit bien avant lui par M. Bazin 153
— Déductions fausses tirées par M. Chausit à l'appui
de la non-contagion de la mentagre, du fait des épileurs
de M. Bazin. Les quatre observations qu'il donne pour
prouver la non-contagion de l'herpès squameux et de
l'herpès circiné ne sont pas des faits de maladie parasi-
taire i^k
194 TABLE ANALYTIQUE DES MATIÈRE'S.
— De ce qu'on doit entendre par vitiligo. — Confu-
sion des différents auteurs à cet égard. . » . . . 156
— La pelade est contagieuse. — Les faits cités par
Gillette et par M. Bazin le démontrent 157
— Les faits sur lesquels s'appuie M. Ghausit pour
nier cette contagion sont sans valeur 158
— La distinction du vitiligo simple et du vililigo pa-
rasitaire est facile à faire 159
— M- Bazin n'a jamais dit que dans la pelade achro-
mateuse le retour du pigmentum était impossible. . 162
— Les pliénomènes cachectiques ne s'observent que
dans le favus, et non dans la pelade 164
— L'inoculation de la matière favique prouve sans
réplique que la germination des parasites n'est pas l'effet
d'une altération des solides et des liquides 164
— Cette altération, quand elle existe, ne joue que le
rôle de cause prédisposante 164
— La division des affections parasitaires de M. Bazin
ne ressemble pas à celle que lui prête M. Chausit. . . 166
— La famille des affections parasitaires est extrême-
ment naturelle. Résumé de ses caractères 167
"-Il n'est pas vrai de dire avec M. Chausit que
M. Bazin ait distrait l'herpès circiné du groupe des her-
pès, et a fait de l'acné une expression de la scrofule. . 168
— Résultats du traitement des affections parasitaires
par M. Gazenave comparés à ceux qu'on obtient aujour-
d'hui par la méthode de M Bazin. • . . . . . 169
— Traitement que M. Gazenave proposait en 1850
pour Je favus .,,.... 170
— Peu de valeur du reproche que fait M. Chausit au
traitement de M, Bazin de ne pas être nouveau. . . 172
— Pourquoi les parasiticides seuls ne peuvent ré-
ussir 174
— Pourquoi l'herpès tonsurant guérit moins vite que
le favus. ...... s . 175
— Il n'est pas vrai de dire avec M. Van-Gaver que le
parasite meurt non pas sous l'influence des parasiiicides,
mais bien parce que le terme de son évolution naturelle
est arrivé -....' 175
' TASLE ANALYTIQUE DES MATIÈRES. 195
— Les topiques émollieiits sont incapables de guérir
d'une manière durable le sycosis parafit;iire-; ils i e font
qu'enlever l'état inflammatoire qui souvent complique le
■sycosis — L'épilaiion est le seul traitement rationnel. 177
— Comment l'épilation peut réussir dans des cas de
sycosis où il n'y a point de parasites 178
~ M. Chausit affirme à tort que M. Bazin n'admet
pas de mentagres pustuleuses de nature parasitaire. . 179
— Gomment l'éiiilation est encore applicable au trai-
tement du vitiligo, quoiqu'elle soit plus difficile que dans
les autres affections parasitaires. — Pourquoi les topi-
ques parasiticides ne suffisent pas 180.
— Des conclusions opposée? par M. Bazin à celles du
mémoire de M. Chausit 181
TABLE ALPHÂBËTIOUE
DES AUTEURS CITÉS ET DES MATIÈRES CONTENUES
DANS CET OUVRAGE.
<9aoo®ooe»
Achorion Scliœnleinii. 127
Acné. Varioliforme — punctala. i23
Différentes espèces d'acné. 168
Affection. Qu'est-ce qu'une affection. 18
— Division des affections. 19
— Différence qu'il y a entre les affec-
tions provoquées el les affections
déterminées. o7
— Etiologie des affections généri-
ques. 103
— Diagnostic de l'affection générique. 21
— Nature des affections. 79
Agniis chimiques, leur action sur la
matière faveuse et sur les différents
produits animaux. 131
Aib'imine contenue dans la matière
faveuse. 134
Alcalin (traitement) dans l'arthrilis, 94
Alibert. Défauts da sa méthode. 74
Espèces de lupus. 40
Alopécie dans la pelade ICO
Altératipn des solides et des liquides
dans le favus. 16i5
Amenille. Rapport sur l'eczéma. 03, 41
Amtomie pathologique des teignes. 133
Antécédents. Fréquence des antécé ■
dents arthritiques dans les arthri-
tides. 112
Ardsten. Puccinia favi. 124, 159
Arsenic. Résultats du traitement ar-
senical des scrofulides bénignes. 43
Arthritis, Arthritides. Objections
contre l'arlliritis et les arthritides.
80 à 97
» — L'arthrilis dans Lorry. 83
— Opinions de MM. Hardy, Slonneret.
Gerin-Rozc. sur les arthritides. 83
— Objection de M, Cornil. 96
— Urticaire arthritique. 61
— Siège, multiplicité des lésions élé-
mentaires, récidive, prurit des ar-
thritides, 83 3 94
Artkropathie. Sa coïncidence avec les
arthritides. 8S
B
Balaneement. (Loi de) des affections
dartreues.
109
Batcman. Herpès iris. 46
Baumes (de Lyon). Classification des
maladies 8
Becquerel. Opinion sur les manifes-
tations dartreuses de l'utérus. 103
Bouchul. Traitfmeni arsenical des
scrofulides bénignes. 43
G
Cachexie dans les maladies pirasi-
taires. 163
Classe de maladies cachectiques.
(Tessier). 88
Calvitie . 160
Caractères.
— Caractères des scrofulides béni-
gnes. 44
— Caractères de la famille parasitaire 167
— Nécessité d'admettre des caractè-
res distinclifs dans les scrofulides. 39
— Valeur des caractères que propose
M. Devergie pour définir l'eczéma. 71
f-alarrhes.
— Bronchiques et intestinaux de na-
ture dartreuse. 104
Causes.
— Distinction de causes prédisposan-
tes,eflicienles et occasionnelles.- 103
— Part relative de la cause eflicienle
et de la cause occasionnelle dans la
production des maladies constitu-
tionnelles. 3.1
— Causes de l'eczéma (Gailleton). 101
— Causes du sycosis. (Chausit.) 133
Cazenave.
— Envahissement du morbidisme
végétai. 118
— Diverses opinions sur la nature du
favus. 119
— Pronostic du favus. 170
— Traitement du favus. 171
Cellulose.
Cellulose des cryptogames» 132
Chausit.
Critique du parasitisme. U3"al8J
Chomel. 52; SI
Classification.
— Classification de Willan. 66
— de Baumes. 8
— de Lebert. 30
— de Monneret. 31
TABLE DES MATIÈRES.
197
— Classifications de M. Bazin. 4S
— Objections de M. Hardy aux clas-
sifications de M. Bazin. 47
— Objfciions de M. Devergie a la
rlassificarion désaffections spécia-
les de M. Bazin. 52
— (classement des syphilides de M.
Hazin rapproch'i de celui de M.
Hafdy. 51
— Classement des affections parasi-
taires. 166
C/i/<'ro.'ïe parnsitaire. 163
Cklorhijdrale de baryte. 4î
Cnidoxif. 17
Col utérin. Manifestation de la dartre
SU"- le col utérin. lOrf
Comil. 96
CoiiKtitutinn. Influence de la constitu-
tion sur es manifestations de la
dartre (Hirdy.) 43
Constiluliomiftle'! ''maladies). Opi-
nion de M. Piiloux sur l'évolution
(les maladies constitutionnelles. 109
Lcpiihime. (Urticaire.) tjl
Conchi^iions de M. Bazin opposées à
celles du mémoire de M. Chausit. 181
Contagion.
— des maladies parasitaires. . 146
— du |)ityriasis versicolor. 147
Contagion par l'air ailimosphérique. 149
Couleur, des arlhritides et des scrofu-
lides. 90
Croûtes faveusps.
Action des agen'n chimiques sur les
croûtes faveuses montrant leur ana-
logie avec les moisissures et leur
difl'érenoe avec les différents pro-
duits animaux. 131
Examen microscopique de Tarnier. 12S
— de Moquin-Tandon. 143
— Hyp'iiljèse de Didot (de Liège). 136
— Opinion de Lonil'irl. 134
— Opinion de Caztiiave et Chausit sur
la proiluciion des croûtes faveuses. 119
— Quel rôle. joue l'inflammation dans
le favus. 137
Cryptogames au psoriasis. 117
D
Dartre.
— Ohjections "a la dartre. 98 à H'S
— Opinion de M. Pidoux sur la dartre 107
— OartresdeM. Hardy. 84
— Loi de balancement des affections
riartrenses. 109
— l'réqiiiMKe relative des affections
dartreii=es. 110
— Manifesiations de la dartre sur l'u-
tcrus (Becquerel.) Ifl.i
— (Catarrhes darireux. 104
— Urticaire dartreuse. 62
Decaisne. 123
Décoloration, daiis le vitiligo et la
pelade. 159
Deffis. 177
Demodei.
.Son rôle peu important. 14
Devergie.
— Caractères proposés pour définir
l'eczéma. 71
— Affections qu'il reconnaît comme
éiaiii (le nature scrofuleuse. 40
— Cf qu'il entend par dialhèse. 30
— Critique de la pathologie généi'ale
deM.lî:izin. 6 à 20
— Critique de la classification des
aiîeciiiiiis spéciales de M. Bazin. 52
Diagnostic.
— Nécessité du diagnosticdela lésion
élémentaire, de l'affection géné-
rique, de la nature de l'affection.
— Diagnostic de la lésion élémen-
taire.
— Diagnostic des diverses espèces
de vesieules.
— Diagnosticdes différentes espèces
d'urticaire,
— Diagnostic de la tache considérée
comme lésion élémentaire.
Didot (de Liège.)
Divisions.
— Divisions de Lorry dans l'étude de
la dermatologie.
— Division londamentale des scro-
fulides
Doctrines.
— Uiip|iiochement des trois doctrines
dei\l Hardy,M. Devergie, M.Bazin.
— Doctrine des éléments morbides
adoptée par M. ]\Ionneret
Dufour. Examen microscopique de
l'herpès sq'jammeux et de l'herpès
circiné.
Durée du traitement de l'herpès ton-
surant.
Ecrotielle — ne constitue pas a elle
seule la scrofule.
Eczéma.
— Définition de M. Bazin.
— de iVI. Hardy
— Caractères de la vésicule d'eczéma.
— Caractères qui doivent servir 't
définir l'eczéma pour M. Devergie.
— Espèces d'eczéma admises par M.
Bazin.
— Nature de l'eczéma (Lafon-Çouzi).
— Mémoire sur l'eczéma (Gailleton.)
— lîapport de M. AmeuiUe sur l'ec-
zéma.
Ephétidfs.
Ephelide solaire.
— des femmes enceiutes.
Ëpilaiion. 170, 177,
Epileurs (fait des ...)
Eruption du col utérin.
Erythème solaire.
— marginé
— vésiculo-pusiuleux ilelW. Hardy.
Etat in/!ammaloirc.
— Confusion «lu'tu fait M. Devergie
avec l'infiamuiaiion véritable.
21
76 .
Cl
48
13')
56
41
63
36
155
174
100
66
71
69
71
62
95
41
Cî
!Î8
169
180
151
105
58
78
S9
CO
198
rp
— Etat inflammatoire qui complique
la teigne faveuse. 137
Etiologie. Rôle respectif des causes
occasionnelles et prédisposantes. SS
— Affections qui sont sur la limite
des affections produites par une
cause externe et de celles qui sont
produites par une cause interne. 62
— Etiologie de l'eczéma (Gailleton). 101
— Etiologie des affections génériques. 103
Evolution des maladies constitution-
nelles pour M. Pidonx. 109
Exfoliation. Critique de M.Hardy. 48
Expériences de Malagati. 134
— de Lemaire. 149
— de Robin. 132
P
Famille parasitaire; ses caractères. 167
Favus. Diverses opinions sur la nature
du favus. 119, 123, 128, 134, 136
— Action des agents chimiques sur la
matière faveuse. 129
— Inoculation du favus. 128, 150
— Contagion par l'air. 149
— Cachexie survenant dans le favus. 163
— Epilation dans le favus. 170
— Traitement ancien. 171
Fièvre ortiée. 62
Fongushématode. 91
Forme des arthritides. 89
— Insuffisance des formes de lésions
élémentaires de Willan. 49
Fournier (Louis). Qu'est-ce que l'af-
fection? 33
Fréquence Tc\al]\eàes arthritides, des
scrofulides, des herpétides. 110
r- Fréquence du siège des arthritides. 112 '
— Fréquence des antécédents rhuraa-
t iiiaux dans les arthritides. 112
Fur ..des dans la mentagre. 179 j
FABLE DES MATIÈRES.
G
Gailleton.
Objections a la dartre. 98
Etiologie de l'eczéma. 101
Gale. Caractères des vésicules de la
gale. " ,. ,,.,.: 69
Gastralgie considérée comme cause
d'affections cutanées. i i 37
Génération Ati affections parles affec-
tions, (poclriije.M^jflineret^),, ..,, , 36
Générique (affection)
— Etiologie générale. 103 i
— Diagnostic. , 21
Genre.
,— Des genres en pathologie cutanée.
65 a 79
— Qu'est-ce qu'un genre? 73
Suporession de< genres par M. Hardy. 72
P^rin-Boîe. Objection aux arthritides. 83
■Grfi'ert.. _,; S5, US, 147. 167.
£^2'/«//e. Contagion delà pelade, ^.^v.^ .^7
Goutte. Doit former avee le rhuma-
tisme une seule entité morbide. 81
Granulations. Cause des granulations
du col utérin. 103
H
Hardy.
— Influence de la diathèse sur les
maladies de la peau. 31
— Erythème vésiculo-pustuleux. 39
— Opinion sur les scrofulides béni-
gnes. 45
— Influence du terrain, de la consti-
tution comme modiflcaleurs de la
dartre. 43
— Idem dans la récidive du pityria-
sis versicolor. 147
— Classement des syphilides. 51
— Objections aux classiQcatiousde
M. Bazin. 47
— Idem aux arthi itiJes. 84 a 93
— Définition de l'eczéma. 71
— Pneumonie scrofuieuse. C6
— Rapprochement de sa doctrine
avec celle de M. Bazin et celle de
M. Devergie. C.*
— Cachexie dans les maladies para-
sitaires. 163
— Acnés punctata et varioliforme. 125
Hémorrhoïdes. Opinion de Lafon-
Gouzi. 95
Hébra (de Vienne). 30
Herpès.
Objections de Chausit contre la
nature parasitaire végétale des
herpès çirciné, squammeux, tonsu-
surant, iris. 144, 132, 154
— Contagion de l'herpès circiné. 163
Traitement. 174
— Différentes espèces d'herpès ad-
mises par M. Bazin. 168
-^ Caractères de la vésicule d'herpès 69
— Herpès iris de Bateman. 16
Hermétisme. (Voyez Dartre.)
Huile de noix d'acajou. 42
Hippocrate. 53
Htjdroa.
— Caractère de la vésicule d'hydroa. 70
— Signification donnée au mot hy-
droa par M. Bazin. 13
Hypersécrétion d'épiderme dans le
favus. 138
I
Inflammation.
Son rôle accessoire dans la produc-
tion du favus. : 137
Rôle que joue l'inflammation pour
M. Devergie dans la pathogénie
des maladies de la peau. 9
hiqculaliuH du favus. 150
Impétigo. , Se .naXure. i40
Iç^e (teinture d'), sou açitipi) spla
Wipatière faveuse.. ^ .. ,,)Hi jf, ^ ^.■.
132
TABLE DES MATIÈRES.
199
Kolliker 129
Lafon-Gouzi. 9o
Léberl. Opinion sur la scrofule con- ■
sidérée comme entité morbide. 30
Legraml du Saulle, S3
Lemaire.
Expériences sur la contagion du
favus par l'air. 149
— Guérison de l'horpès circiné par
l'acide phénique. 173
Lésions élémentaires.
— Leur diagnostic. 21, 76
— Leur multiplicité dans les arlhri-
tides. 92
Léveillé.
Opinion sur la nature du favus. 128
Lichen. Prurit dans le lichen, 37
Liqueurs de Schweitzer et de Péligot 133
Lomkurd.
Opinion sur la nature du favus. 131
Lorry.
— Arthritis dans Lorry. 83
— Divisions qu'il admettait pour l'é-
tude des maladies cutanées, 56
M
Maladie.
Définitions galénique, hippocralique,
—de AL Bazin. 18
—de M. Monneret. 32
Malaguti.
Expériences sur la cellulose. 13i
Marche suivie par M. Bazin pourg ons-
tituerla classe parasitaire. 117, 122
Matière faveuse (Voy. Favus).
sébacée 129
Médication (Voy. traitement)
iHenlagre.
Objections a la contagion. l!îl
— au traitement par l'épilation. 177
— Que dnit-oii entendre par mentagre? 152
— Topiques émollienls dans la men-
tagre. ■ 177
— Complications furonculaires pus-
tuleuses, phlegmoneuses. 179
Méthode de Willan 66
'— d'Alibert, 74
Microsporon Audouini. 166
Mtkenl. 40
Mitiaire sudorale.
Caractère de la vésicule. 69
Molliiscum (acné). 123
Monneret.
Négation des caractères spéciaux des
arihrilides. 83
— Classiliiation des maladies de la
peiiu. 31
— Opinion sur la malad'e, la dia-
thése. 32
— Doctrine des éléments morbides. 36
— Prurigo des vieillards. 38
— Réponse a M. Monneret,
27 a 43 {
Moquin-Tandon. 143
Morbidisme végétal. 116, 118, i4l
— i/ou/e.ç (Urticaire des). (31
Mycosis fongoïdes. 7c;
N
Nature.
— Problème de la nature des affec-
tions cutanées. 21
— Objections à la nature végétale
des teignes. 113,183
0
Objet du cours.
Parasitaires {zSetWons)
— Objections élevées contre les af-
fections parasitaires. 113 à l83
— Caractères généraux de ces affec-
tions. 167
— leur classiflcation, IGO
— Chlorose parasitaire. \iî\
— Coalagiou des affections parasi-
taires, lie
— Traitement de ces affections. 16^
Parasiticides.
Insuflisance des parasiticides eni-.
ployés seuls. 173 a ISf
Parasitisme et parasitopkiles,
Réponsea M. Chausit. 113 a 183
Pathologie générale.
Objections sur la pathologie générale
par M. Devergic. 6 a 26
— Idem p^r M. Monneret. 29 à 45
Pelade.
Distinction avec le vitiligo. ' 156
Contagion de la pelade. 157
Alopécie dans la pelade. 157
Prurit, 159
Altération du pigment. 160
Cachexie dans la pelade. 163
Variétés de pelade, 166
Traitement, 180
Pe7iiphigus.
— Différentes espèces de pemphigus. 59
— Peuiphigus chronique arthritique. 88
Pidoux.
— Opinion sur la dartre. 107
— Evolution des maladies constitu-
tionnelles. 10)
Pigmenlum. Son altération dans le
vililiyo et la pelade. ICO
pityriasis.
— Pityriasis alba (2"^ période de la
leigne tonsurantei. 149*
— Pityriasis ver^ieolur,
— ':oiil;lgioil, . 117
— Cause (les récidives. 147
?/»<;«/'(? (Samuel). 170
Prtfuwo/o'e scr;iluleuse il(> ILirly. 96
Poil. Ses altérations diiis les teignes
tonsurauie et pelade. 143
200
Table des matières.
l'umpkolyx. Réhabilitation du mot. 17
l'réUisposanles'. (Causes.) 10Ô
Pronostic de M. Oazenave sur le favus 170
Provoquées (Affections.) .t.^-j, ^■vjç,. *,, B7
Prurigo des vieill;irds. ^ Cf^>X>- ^g
Prurit dans le lirhcn. 57
— dans les affections arthritiques. 93
Pneudo-exanlhèmes. ii8
Psoriasis. 100,117
Vuccinia favi. 124 à 139
Piinciata. Voy. Acné,
Pus. Diffennces avec la matière fa-
veuse. 151
— Action parasilicide du pus dans la
ineiitiuT.'. ^^^
Pustules dans la nientagie. 179
Q
()««//■'«//« période delà dartre. 98; 109
H
Récidiie i\n pityriasis virsicolor. 147
(les ariliritides.
■Réponse niix objections. Votcz les
iioni'i d'arjicurs.
iîé«?««é des c.lassilications. 160
— des caractères de la famille para-
sitaire. 1C7
Rhumaiisnif.
— Doit être réuni a la goutte. 81
— Âiiiècédi ms iliumalismaux dans
•les arlhritides. H^
Rooi'i. 120, 127, 132
Rochard. 13S
RospiT (Acné). 37
Roséole pseudo-exanthémalique. 58
Scrofule.
Diverses opinions sur la scrofule
considérée comme entité morliide.
(I.eber', Hebra. Monneret. Dever-
gie, Aliberl, Milcent, Hardy.)
Voyez ces mots.
Scrofalides.
— Création du irot scrofulide. RO
Divisions génériile^; dess''rofulides 41
_ Cariii'ièrcs propres aux scrofulides
bénignes. . 44
(Coïncidence des s bénignesel des
s. ni»lignes. 44
0[iinion de M. Hardy sur les scro-
fulides bénignes. 43
~ lieipience relative des scrofulides. 110
hœntein. Voyez achorion. .,^, „
— '"bacée (matière).
Ses différences avec la aitilière l'a
veuse.
Siiéye des arlhritides.
Sirop de Devergie.
Solaire. Voy. Erythème.^
Sudamina.
('aractères des vésicules.
Sycosis. Voyez Mentagre.
Sycosis érythémateux de M. Chausit.
Siimptôme. Déflnilion.
Siiphitides.
Classement de M. Bazin.
de M. Hardy.
de M. Giberi.
T
Tiiche. Diagnostic de la tache comme
lésion élémentaire.
Tarnier.
Teifiite^
— Sis;nilication donnée un mot teigne.
— Teigne laveuse. (Voy. favus.)
Instiiution d'un iraitemeni ra-
tionnel.
— Teigne pelade. (Voy. pelade).
— Teigne to«surante.
— ses irois périodes.
— Sa contagion.
— Son traitement.
Triçhnphiiltn.
Tuberculeuse (.Mentagre).
129
80
20
69
144
18
51
167
48
125
114
144
15i
174
145
143
U
Ulcère. Critique de la classe des ul-
cères par M. Hardy. 49
Urticaire.
Diverses espèces d'urticaire et leurs
caractères. 61
Van-Gaver.
Varicelle. Caractères de la vésicule.
Varioliforme. Voy. Acné.
Vésicule.
Différentes espèces de vésicules.
Vitilipo.
— Qu est-ce que le vililigo?
— Contagion du vitiligo.
— Décoloration dans le vililigo.
— l^rûiioslic.
— Traitement.
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Willan
175
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163
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FIN.
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